Légendes du Web


Le Web offre de nouvelles opportunités pour les activités de recherche, de veille et d’aide à la décision. Les spécificités de ce média (rapidité, interactivité, économie) conduisent à renouveler les méthodes d’enquête et de gestion des données décisionnelles.

Légendes du Web

Jacques DIGOUT, Professeur et Directeur de la chaire de Marketing Digital à Toulouse Business School

Qui aurait pu croire que Auguste, mon grand-père né à l’aube des années 1900, se retrouverait un jour dans les pages d’un livre, à côtoyer ces grands patrons qui à coup d’innovations et de millions ont fait le web ? Pourtant c’est lui, Auguste qui, du lointain où il est aujourd’hui, m’a donné l’idée de proposer cette fois des biographies commentées dans le traditionnel lexique 2.0 qui accompagne les livres de cette collection consacrée à l’internet.

Ayant dû quitter l’école au certificat d’études pour donner la main à la ferme, les premières économies de mon grand-père frustré d’éducation furent pour s’acheter un premier dictionnaire qui lui servait de bible laïque. Enfant, je l’ai souvent entendu me dire de lire ces mines de savoir qui s’alignaient sur les rayonnages de sa salle à manger. Je m’exécutais, sans enthousiasme il faut bien le dire. Me réfugiant dans la seule partie un peu plus distrayante pour mon cerveau de gamin : les pages des noms propres. Des hommes plus ou moins célèbres étalaient dans les feuillets roses du milieu du tome leur biographie. Les années confrontant le petit « h » de leur histoire personnelle au grand « H » de l’histoire du monde, certains y prenant leur place.

Voici, mais pas sur papier rose, quelques premiers grands noms du web. Visionnaires, passionnés ou chanceux, ils en ont posé les briques et façonné les modèles. Aujourd’hui qui peut affirmer que l’inventeur du protocole http, de l’iPhone ou des fenêtres Windows serait moins important qu’un César ou un Napoléon ? Plutôt que de les présenter par ordre chronologique, il est apparu préférabe de les aborder par ordre d’entrée en scène dans le monde de l’Internet. Les figures historiques en premier, les trublions récents en dernier.

En avant pour « Il était 7 fois la révolution 2.0 ». Chacune de ces figures emblématiques, faiseurs du Web, pèse des millions d’utilisateurs, parfois de dollars. Mon grand-père fait lui son poids en gratitude et en estime !

  • Tim BERNERS LEE
  • Robert METCALFE,
  • Bill GATES
  • Steve JOBS
  • Mark ZUKERBERG
  • Jack DORSEY
  • Xavier NIEL
  • Julian ASSANGE

 

Tim BERNERS LEE

(Instigateur du Web, né le 8 juin 1955 à Londres) 

« Le Web comme je l'ai envisagé, nous ne l'avons pas encore vu. L'avenir est toujours beaucoup plus grand que le passé.»

Sir (car il a été anobli par la reine d’Angleterre Élisabeth II) Timothy John BERNERS-LEE est au début des années 1990 l’un des principaux inventeurs du World Wide Web. L’histoire a commencé au CERN en Suisse où il a développé avec ses équipes, pour les chercheurs du laboratoire, trois principales technologies qui sont les fondations web : les adresses web (URL), l'Hypertext Transfer Protocol (HTTP) et l' Hypertext Markup Language (HTML). S’il n’est pas LE seul inventeur, son enthousiasme et sa vision ont largement contribués à porter le projet.

Depuis 1994, il préside le World Wide Web Consortium (W3C), organisme qu'il a fondé et dont le rôle est de proposer et de faire évoluer des standards ouverts pour garantir la pérennité du web. Pour cela, un comité de direction aide à la définition des objectifs et des stratégies. Parmi les marques représentées ou ayant été représentées dans l’organisme se trouvent Nokia, Mozilla, Microsoft, Gemalto, Junichi, NTT, Yandex, Samsung, Apple, Google, Boeing, HP, IBM, Huawei, MStar Semiconductor, … et bien d’autres dont la liste permet de comprendre la volonté d’ouverture et de diversité qui préside au sein du WC3.

Cette volonté d’ouverture aux avis différents, pour le plus grand bien de tous ; cette volonté de gratuité qui a amené à laisser accessibles tous les standards proposé ; cette nécessité comprise d’une harmonisation centralisée tout en recherchant un déploiement le plus large dans la communauté font partie intégrante des gènes du web. Dès la conception ces basiques étaient là. D’aucuns, dans les 25 ans d’histoire de ce jeune adulte planétaire qu’est le web, ont voulu aller à l’encontre de ces principes de base. Jamais cela n’a fonctionné. Le web 2.0 et la latéralité qu’il porte, les open-data accessibles et partageables par tous, ... sont de nouvelles preuves de ces principes de base qu’il est risqué d’oublier pour qui veut voir évoluer ses affaires dans le périmètre de la toile mondiale.


Robert METCALFE

(Inventeur du protocole Ethernet, né en 1946 à Brooklyn, New York) 

« Le futur est déjà là. Simplement, il n'est pas réparti de manière uniforme.»

Un pur profil ingénieur, diplômé en 1969 du MIT, parti d’un baccalauréat en génie électrique et gestion industrielle, passé par une maîtrise en mathématiques appliquées et un doctorat en informatique d’Harvard, Robert METCALFE a la formation qui convient pour mettre au point en 1972 avec David BOGGS un protocole technique pointu qui permettra de relier les ordinateurs en réseau : le protocole Ethernet. C’est-à-dire tout le codage qui se cache derrière la prise que vous branchez à la sortie de votre ordinateur pour le relier à d’autres machines, ordinateurs, imprimantes ou autres. Ethernet, référence un peu mythique à « l’Éther » qui selon les croyances de l’époque baignerait l’univers où l’on pensait que les ondes se propageaient. C’est en 1971, l’ingénieur Ray Tomlinson envoie son premier email ... à la machine située à côté de lui. Et c’est juste l’année suivante que le protocole Ethernet a été défini. Couches particulièrement techniques de la nécessaire répartition des informations entre les machines, elles ont été complétées de normes ISO, découpées en couches, ... pour garantir un fonctionnement fiable et sécurisé. Deux enjeux majeurs.

En 1979, METCALFE fonde sa société, 3Com (Computers Communication et Compatibility), sur la base de ‘son’ protocole de communication Ethernet pour promouvoir "la compatibilité de communication de l'ordinateur". De rachats en fusions, de périodes fastes en difficultés, 3com a poursuivi sa vie d’entreprise jusqu’à être rachetée en 2010 par Hewlett-Packard.

Mais METCALFE, au-delà de la technique, est aussi un acteur important du Web 2.0 pour avoir aussi su voir la valeur que le réseau pouvait apporter. Et il a produit une loi empirique, connue sous le nom de loi de METCALFE, qui indique que la valeur d’utilité d’un réseau est égale au carré du nombre d’éléments qui composent ce réseau multiplié par un coefficient qui donne la pente de la courbe. De façon plus triviale : plus il y a d’usager et plus c’est intéressant pour tous de rejoindre et d’utiliser ce réseau. Un exemple simple permet de bien le percevoir : si je suis le seul sur la planète a avoir un téléphone, aucune utilité ; si nous sommes deux je peux appeler l’autre et l’autre peut m’appeler. La valeur d’usage augmente. Si nous sommes trois je peux appeler chacun des deux autres qui, chacun, peut appeler l’un de nous, .... une croissance exponentielle de la valeur d’utilité. Une aubaine pour les Facebook, Google+, Pinterest, et autres Twitter 


Bill GATES

(Fondateur Microsoft, né le 28 octobre 1955 à Seattle, marié, 3 enfants)

« Je choisirai un homme paresseux pour faire un travail difficile parce qu’il trouvera un moyen facile de le faire » 

Le premier programme du fondateur de Microsoft a été oublié, il s’appelait Tic-Tac-Toe. Un jeu de réflexion qui se pratique à deux, au tour par tour, et dont le but est d’aligner en premier une série de trois croix ou cercles. Bill a gagné la partie professionnelle en jouant avec Paul Allen et en s’associant à Steve Ballmer rencontré à Harvard pour créer en 1975 « Microcomputeur Software » devenu aujourd'hui mondialement Microsoft. Le pied à l’étrier du succès planétaire a été mis pour la firme quand elle a signé en 1980 un accord pour développer le système d'exploitation MS DOS fourni avec chaque ordinateur personnel IBM PC. Mais avant lui, c’est un langage d’interprétation du Basic que Microsoft avait produit. Ne cédant pas aux fabricants de machine le produit, mais demandant des royalties sur chaque commercialisation. Le modèle économique qui a fait le succès de Microsoft est né, portant le fondateur Bill GATES en tête du classement Forbs des hommes les plus riche avec près de 80 Milliards de $ Aujourd'hui le fondateur n'est plus à la tête de Microsoft, il se consacre à sa fondation « Bill & Melinda Gates » créée en 2000 et qui œuvre pour réduire la misère en Afrique.

Microsoft a longtemps été habitué aux positions hégémoniques avec son système d’exploitation MS-DOS, avec Internet Explorer, avec Windows, avec la suite bureautique Office et ses emblématiques Word et Excel, ... un sens aigu des affaires et du marketing ont pu préserver cette position de nombreuses années. La firme a souvent été accusée de bafouer les lois anti-trust. Il faut dire qu’avec près de 97% des parts de marché des systèmes d'exploitation en 2002, 95% des applications bureautiques, 95% des parts de marché pour Internet Explorer à cette époque, ... il y a de quoi être suspecté. Mais est-ce totalement de sa faute ? Pourquoi ai-je acheté Word pour taper ce texte ? Afin que l’éditeur le reçoive et puisse le lire facilement car tout le monde, ou presque, utilise Word. Plus il se vend de Word, plus il se vendra de Word. C’est la loi dans cette économie en réseau, qui est celle de l’informatique. Une économie en concentration où il n’y a guère d’autre choix que de rejoindre un standard ou de devenir soi-même un standard. Ce n’est pas si différent avec Android, Google, Pdf, l’iPhone, ...

Pendant les ventes la guerre continue ! Elle s’appelle maintenant pour Microsoft Windows phone, surface pour les tablettes, Xbox pour les consoles de jeu, Lync pour la collaboration au travail, ..


Steve JOBS

(Créateur d’Apple, né 24 février 1955 à San Francisco, décédé le 5 octobre 2011) 

« L'innovation, c'est une situation qu'on choisit parce qu'on a une passion brûlante pour quelque chose.»

Fonder d’Apple et diriger Pixar sont déjà deux très beaux succès pour une vie de manager. Ils ne sont finalement que deux moments de la vie de Steve Jobs qui reste une véritable légende du monde de l’informatique sous pratiquement tous ses aspects, des ordinateurs aux réseaux en passant par l’image fixe ou animée, la téléphonie, le design, les plates-formes mobiles, les logiciels de création ou de navigation web, ... Toutes les inventions ont été des succès. Presque. Et les ratés (Next ?) ont été bien vite complaisamment oubliés tant ce que les usagers que nous sommes tous doivent à la firme à la pomme. C’est vrai que tout comme son patron qui énervait par son perfectionniste à l’extrême, son côté irascible et erratique, Apple aussi énerve par ses matériels trop chers, son manque de compatibilité, ses orientations (enlever GoogleMaps des applications de son iPhone 5, pour finalement l’y remettre, ...). Une chose est sûre : Apple ne laisse pas indifférent. Au point même d’avoir à une époque eu son site de rencontre pour utilisateurs d’Apple !

A 13 ans Steeve JOBS a déjà des rudiments d’électronique apportés par son père. Et un sacré culot pour téléphoner au patron de HP afin de se procurer les pièces qui manquent à l’appareil qu’il conçoit.

Être végétarien, adepte de LSD, passionné de calligraphie, routard qui lâche son emploi chez Atari pour partir en inde pour revenir rasé et vêtu d’orange ... c’est une partie du personnage Steve Jobs.

Vendre sa Volkswagen et faire vendre sa calculatrice HP-65 à son copain Steve Wozniak pour fonder Apple le 1er avril 1976 par Jobs, collecter 250 000 $ d’un business angel, travailler avec acharnement pour monter les premiers Apple I dans le garage ... c’est une autre partie du personnage de Steve Jobs.

Les Mac de bureau ou portables, l'iPod, l'iPhone et l'iPad, iTunes, la suite bureautique iWork, la suite multimédia iLife, les Apple Stores, ... autant de produits qui ont fait de la marque à la pomme l’une des entreprises les plus prospères de la planète. Pour le premier trimestre de son exercice fiscal 2014 le chiffre d’affaires trimestriel a battu les records avec 57,6 milliards de dollars, la marge brute est de  37,9 %, les ventes à l’international représentent 63 % du ca, ... c’est aussi pour ce trimestre 51 millions d’iPhone vendus, record historique, 26 millions d’iPad, record historique, 4,8 millions de Mac, ...

Deux réflexions émergent de cette belle histoire qui a fait aujourd’hui d’Apple plus qu’une marque, c’est aussi un mode de vie...

  • Apple est le contre-exemple de bien de pratiquement toutes règles de l’économie en réseau et souvent de l’économie tout court. Anticipez les basses de prix n’est pas ici une règle qui est de mise. Pas plus que rejoignez les standards. L’exception qui confirme la règle ! ... et devrait renvoyer à plus d’humilité les donneurs de leçons.
  • Quel est l’avenir de cette firme tant centrée sur la capacité à innover et à orienter d’un seul homme, son boss aux légendaires cols roulés noirs, Steve JOBS. Qui n’est maintenant plus aux commandes. Comment franchir le cap pour aller chercher 2.0 cette capacité à innover à l’extérieur de l’entreprise ? L’avenir le dira ...


Mark ZUKERBERG

(Créateur de Facebook, né le 14 mai 1984 à White Plains, New York) 

« Facebook n’a pas été à l’origine pensé pour être une entreprise. Il a été construit pour accompli une mission sociale – rendre le monde plus ouvert et plus connecté. »

Bon sang ne saurait mentir : à 12 ans le petit Mark Elliot programmait ZuckNet  pour mettre en réseau les appareils de la maison avec ceux du cabinet dentaire attenant de son père. Bricoleur, il continue en 2002 avec un lecteur de musique qui s’adapte aux goûts de ses utilisateurs. Plusieurs firmes dont Microsoft et AOL lui firent une offre d’emploi, mais il préfère rejoindre Harvard pour étudier. Développeur reconnu, en parallèle de ses études, il développe CourseMatch pour aider ses camarades à choisir leurs options en fonction de choix d’autres étudiants. Il consacre aussi du temps à Facemash qui permet propose les photos de deux étudiants du campus et permet aux autres étudiants d’évaluer le plus ‘sexy’. Succès assuré : 22 000 connectés en moins de 2h, et une surcharge qui bloque internet au campus ... Le site est fermé par l’administration qui, suite à des plaintes d’étudiants, demande à ZUKERBERG de s’excuser publiquement.

Plus prudent, mais toujours motivé par les réseaux sociaux, il travaille alors avec des amis (Dustin MOSKOVITZ, Eduardo SAVERIN, Andrew Mc COLLUM et Chris HUGHES) sur «Thefacebook », site initialement dédié aux universités. Il a quitté Harvard pour se consacrer au développement de son réseau qui, ouvert au public en 2006, commence son ascension vers la popularité mondiale et le cap du milliard de comptes ouverts. En parallèle divers procès pour vol d’idées se règlent à coup de versements de millions de dollars et de cession de paquets d’actions de Facebook.

En 2010, l’année des 500 millions d’utilisateurs,  le magazine Time désigne Mark ZUKERBERG personnalité la plus influente du monde. Ce qui n’est pas faux : 48% des internautes de 18-34 se connectent à Facebook au réveil. Obligation morale oblige, il crée Education Foundation qui a versé 100 millions de dollars aux écoles publiques.

En mai 2012 Facebook est introduit en bourse et lève près de 16 milliards de dollars. Dans un contexte assez controversée sur l’attitude de son fondateur, qui a entre-autres acheté Instagram pour plus d’un milliard sans rien demander à personne et ça n’a pas plu ! Et en 2014, alors qu’il vient de fêter ses trente ans et les 10 ans de Facebook, Mark ZUKERBERG est à la tête d’un réseau de plus de 1,23 milliard d'utilisateurs actifs par mois et sa fortune est estimée à 28,5 milliards de dollars.

Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Pas si sûr car depuis plusieurs mois la chute de quelques indicateurs sont préoccupants pour le réseau. En particulier l’engagement des membres. C’est-à-dire leur capacité à contribuer en cliquant pour signaler qu’ils ont vu une publication et qui l’ont aimée ou partagée, qui ont ajouté un commentaire, ... c’est la clé pour attirer marques et annonceurs et générer du chiffre d’affaires publicitaire. Mais gageons que son créateur saura rebondir vers d’autres projets si les choses devaient évoluer dans le mauvais sens pour la plate-forme Facebook.

Autre sujet de forte préoccupation assez nouveau dans le monde des réseaux sociaux et des communautés : peu de nouveaux membres rejoignent le réseau, en particulier dans les tranches d’âge des 10 – 16 ans. Ils préfèrent s’orienter vers de nouvelles plates-formes. Quelle peut en être la raison, alors que les règles de l’économie en réseau plaideraient pour la poursuite de la croissance de Facebook en prônant le fait que l’endroit où se concentre le plus de membres devrait attirer plus de membres ? Il semblerait que les adolescents n’aient pas envie de se retrouver au milieu de leurs parents ou de ‘vieux’ (la tranche d’âge la plus représentée dans Facebook est celle des 35 ans, l’âge de son créateur). Ils vont alors rejoindre des plates-formes comme Snapchat ou Vine.  Comme es dinosaures Facebook s’effondrera-t-il sous son propre poids ?


Jack DORSEY

(Fondateur Twitter, né le 19 novembre 1976 à Saint-Louis dans le Missouri) 

« Mon but est de simplifier la complexité. Je veux juste construire des trucs qui simplifient réellement notre interaction humaine de base »

Gazouilleur en chef, Jack DORSEY a fondé Twitter (gazouiller en anglais) en collaboration avec Evan WILLIAMS, Noah GLASS et Biz STONE. Il a gazouillé précoce en créant des logiciels open-source pour aider aux déplacements en taxi et en arrive en 2000 à créer son entreprise qui donne accès à des livreurs, des taxis, ou des services d'urgence via le web. C’est dans ce contexte que naît pour la première fois l'idée d’un service de communication de statut en temps réel. Les prémices de Twitter, plate-forme proche de l’idée déjà existante des SMS. Ce qui logiquement conduit à se rapprocher d’acteurs de la messagerie instantanée. C’est là, chez Odeo, que Dorsey va tester son idée d’un dispositif qui dirait simplement à vos contacts ce que vous faites. Convaincus, Biz Stone et Evan WILLIAMS (un ancien de chez Google) souhaitent investir dessus et créent « Obvious » qui deviendra Twitter en 2006. Il n’a fallu que deux semaines (dit l’histoire) pour que Jack DORSEY développe la première plate-forme à base de messages courts postés de 140 caractères au maximum. Les Twittos (utilisateurs de Twitter) ont fait le reste pour dépasser en 2013 les 400 millions de comptes qui sont enregistrés, dont plus de 45% actifs. T rester dans ce statut paradoxal de média incontournable mais pas (encore) financièrement rentable avec 511 millions de dollars de perte sur le dernier trimestre 2013.

Jack DORSEY a investi dernièrement dans Square, un dispositif qui, ajouté à votre smartphone, permet de payer facilement et de façon sûre ses achats. La simplicité comme ligne de conduite est une des clés du succès de la créativité. Elle a fait les beaux jours d’Apple. Elle est la ligne de conduite du fondateur de Twitter (même si parfois dans Twitter il est difficile de percevoir cette simplicité).

« Simple is Beautiful » ou « KISS = Keep it Simple for Stupids ». Quand altruisme et cynisme se rejoignent pour guider les concepteurs d’applications 2.0


Xavier NIEL

(Inventeur du protocole Ethernet, né 25 août 1967 à Maisons-Alfort) 

« Investir dans une start-up c’est plus rentable que de jouer à la loterie et beaucoup plus amusant.»

Entrepreneur français, c’est à 15 ans qu’il a croisé le chemin de l’informatique avec un Sinclair ZX81 que son père lui a offert. Et c’est en 1983 que la fibre créatrice s’affirme en l’amenant à proposer des services pour le Minitel (ce terminal web français avant l’heure). Sur ce réseau, à l’époque, si l’argent n’a pas de couleur, il a une couleur et c’est le rose ! Sur sa lancée il rachète la moitié de Fermic Multimedia, éditeur de services de Minitel rose, qui sera rebaptisé Iliad et qui porte aujourd’hui des produits comme ceux de société.com. C’est en 1999 qu’arrive sur le marché l’offre d'accès à Internet baptisée Free qui deviendra le quatrième opérateur de téléphonie français en changeant radicalement les règles du marché avec des forfaits à 2€ ! Comme quoi il est possible de s’enrichir de peu, car le copropriétaire du journal et du Groupe Le Monde qu’est Xavier NIEL a été classé en 2014 127ème fortune mondiale avec un patrimoine estimé par Bloomberg à 9,9 milliards de dollars. ()

Patron inspiré, Xavier Niel sait jouer ses pions à la loterie du web 2.0 :

  • Il joue la baisse des prix en l’anticipant. Dans la téléphonie comme ailleurs, pour ce qui est des forfaits d’accès au fixe et au mobile, les prix bisseront. C’est une des règles de l’économie en réseau maintes fois repérées. Plutôt que de subir cette baisse, il faut chercher à l’anticiper et à en tirer profit. Misant sur le fait maintes fois constaté de l’élasticité qui fait que la demande augmentera en proportion des prix qui baissent.
  • Il donne pour recevoir : l’École 42, spécialisée dans l’informatique, dont il a porté la mise en place est entièrement gratuite pour les formés et dotée très bonnes infrastructures, elle forme des professionnels de la programmation. Peut-être s’y trouveront les génies de demain capable de créer la prochaine plate-forme mondiale. Et être instigateur et porteur du projet ne peut être qu’un plus pour repérer la ou les bonnes idées où diversifier ses avoirs.


Julian ASSANGE

(Cyber activiste, né le 3 juillet 1971 à Townsville en Australie) 

« Wikileaks est conçu pour rendre le capitalisme plus libre et plus éthique.»

« Wiki » désigne sur le web un système participatif et « leaks » est le mot anglais pour fuites. Et quand on ajoute l’article 19 de la déclaration des droits de l’Homme : « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression ce qui implique le droit de ne pas être inquiété par ses opinions et celui de le chercher, recevoir et reprendre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen que ce soit », tout est dit : la plate-forme WikiLeaks.org, créée le 4 octobre 2006, est une association à but non lucratif qui a pour objectif de rendre toute information, si possible confidentielle voir secrète, accessible. Très ouvert au début, le système l’est aujourd’hui un peu moins mais il est beaucoup plus sécurisé en y limitant à des membres autorises la diffusion de contenus.

Julian Assange est depuis 2006 l’un des membres emblématiques de l’Advisory Board de Wikileaks.

Adolescent, il a découvert son intérêt de l’informatique grâce à un ordinateur offert par sa mère. Il a développé un talent pour le piratage  au point de craquer en 1991 le site de l’opérateur de télécommunications Nortel et d’écoper de plus de 30 chefs d'accusation pour piratage en Australie. Histoire qui s’est bien terminée avec uniquement une amende pour dommages et intérêts.

Le site qui se positionne comme une source majeure et objective d’informations a bâti sa notoriété sur la diffusion de nombreux documents confidentiels : une vidéo de l’armée américaine en 2010 montrant le meurtre par un hélicoptère de deux photographes à Bagdad ; plus de 500 000 documents sur les guerres en Afghanistan et en Irak, sujets sensibles s’il en est ; des rapports sur la catastrophe de Fukushima, la guerre en Syrie ou le G8 de Tokyo ; un manuel militaire US sur la prison de Guantanamo, ... preuve de son succès, Wikiliks est suivi par de nombreux journalistes pour s’informer !

Au point que le site a été distingué en 2011 du prix australien Walkley pour la meilleure contribution de l’année au journalisme.

Wikiliks amène souvent la question de savoir s’il s’agit réellement de journalisme ou pas. Mais, plus important,  il place le monde de l’internet devant l’une de ses difficultés majeures : jusqu’où peut-on et faut-il aller en matière de transparence. Peut-on tout dire, quitte à mettre en danger des intérêts, des personnes ou des sources ? Il n’y aura pas de réponse ici, mais l’espoir que chacun s’interroge ...