Les applications mobiles au chevet des hôpitaux | Janvier 2015


Application mobile : l’assistant virtuel

VitalPAC aide pour le monitoring des patients. Stop-cannabis assiste les usagers dans l’arrêt de leur consommation de cannabis. Ces deux applications font gagner du temps aux professionnels de santé et diminuent les risques des patients, permettant ainsi à l’hôpital d’optimiser ses ressources financières et humaines.

Monitorer : une question de vie ou de mort

La surveillance des paramètres vitaux des patients hospitalisés permet de réagir rapidement face à une éventuelle détérioration de leur l’état physiologique. Ce monitorage de paramètres s’avère indispensable en cas de pathologies aigües graves et participe à prévenir les  décès. Cette surveillance stricte permet au système de soins d’améliorer la qualité et de diminuer les coûts des prises en charge.Depuis longtemps, les hôpitaux ont mis en place des systèmes d’alerte afin de détecter ces signes et ont prévu des réponses pour les gérer. Mais ces systèmes présentent les failles suivantes :

  • Un nombre d’erreurs importantes, du fait des observations multiples faites par les personnels soignants qui remplissent ensuite des documents papiers. 
  • De multiples fausses alertes du fait d’un seuil d’alerte trop bas. Ces alertes inutiles ont un coût financier et exigent l’utilisation intensive des professionnels de santé, qui peuvent voir leur vigilance diminuer. 

D’après Hogan (2012), plus de 11 859 morts par an qui pourraient être évités dans les hôpitaux Anglais, dont 31% correspondent à un mauvais monitoring.

VitalPAC : l’application gagnante

Une nouvelle application développée en Angleterre permettrait de diminuer le nombre de  problèmes liés au monitoring et d’en tirer un plus grand bénéfice. Cette application, VitalPAC, est développée par la société « The learning Clinic ». Elle est basée sur des algorithmes de protocoles utilisant le Early Warning Score.L’application présente sur iPod et iPad permet au personnel soignant d’entrer les données de façon rapide (rythme cardiaque, pression artérielle, fièvre, fréquence respiratoire, niveau de conscience). Le calcul du score est automatisé. L’application génère deux types d’informations : 

  • Des alertes en cas de détérioration de l’état du patient. Ces alertes sont alors disponibles à l’ensemble du personnel médical où qu’il soit, ce qui représente un avantage majeur par rapport au papier. Les médecins peuvent alors décider des prochaines actions suivant la gravité de l’alerte.
  • Des calculs du temps optimal de réalisation des prochaines observations du patient. Cela permet au personnel soignant de mieux planifier leurs tâches quotidiennes et pour l’hôpital, d’optimiser ses ressources. 

VitalPAC est utilisé dans 500 services hospitaliers en Angleterre 

D’après Roger Killen, directeur général de The Learning Clinic, le personnel soignant apprend en 15 minutes l’utilisation de l’outil et gagne 40% de temps en termes de saisie des données. Les hôpitaux ayant mis en place ce système ont un retour sur investissement dès la première année d’utilisation. Ces retours se situeraient entre 4 et 6 fois l’investissement initial.Une étude réalisée auprès de deux hôpitaux utilisant VitalPAC évoque 372 morts évités pendant l’année qui a suivi l’introduction de VitalPAC.

L’exemple de VitalPAC démontre qu’une application peut contribuer à diminuer les coûts tout en augmentant l’efficacité et la qualité des soins, en libérant le personnel soignant de taches répétitives, leur permettant ainsi de se concentrer à des taches de plus forte valeur ajoutée.

Le cannabis, une addiction banalisée qui coûte chère

Le cannabis est la drogue la plus consommée en Suisse. En 2007, un cinquième des jeunes suisses de plus de 15 ans a consommé au moins une fois du cannabis au cours de sa vie. Parmi les utilisateurs de cannabis, environ 10% des jeunes de moins de 18 ans en font usage quotidiennement. Une telle fréquence de consommation est le signe d’une probable dépendance à cette drogue. 

Selon Yasser Khazaal, médecin adjoint du Service d’addictologie des Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), le pourcentage des jeunes qui consultent en raison d’une dépendance est encore très faible. Malgré ce faible taux de consultations, les coûts annuels imputables à la consommation de cannabis pour les seuls frais médicaux engendrés seraient d’environ cinq millions de francs. Cette somme est la résultante de l’addition des différents actes médicaux telles que les consultations, les ordonnances et les journées d’hospitalisation.

STOP-Cannabis.ch, l’application développée par des médecin

Afin de permettre aux consommateurs de cannabis de se renseigner, d’évaluer leur consommation et d’être aidé par un coach mobile dans le processus d’arrêt de cette substance, l’Institut de Santé globale de la Faculté de médecine de l’Université de Genève, en collaboration avec le Service d’addictologie des HUG et Addiction Suisse, ont développé une série d’applications qui délivrent des conseils personnalisés et du soutien dans l’arrêt de différentes addictions (tabac, alcool, cannabis et jeu).

Une de ces applications, STOP-Cannabis.ch, est spécialement intéressante en termes d’amélioration de l’accessibilité aux soins des jeunes consommateurs. Elle possède également un fort potentiel au niveau de la diminution des coûts de la santé.

Grâce à cette application, la prévention et le traitement en ligne de la dépendance au cannabis dévient un vrai succès. En effet, la plateforme comptabilise plus de 700 connexions de patients par semaine, ce qui est bien plus important que le nombre de personnes qui consultent par voie ordinaire. De plus, l’universalité des applications mobiles permet l’accès à des personnes qui n’ont pas de soins spécialisés à proximité. Cette accessibilité représente un potentiel économique important : l’accès aisé aux soins ainsi que la prévention diminuent le risque de pathologies graves, donc couteuses.

Pour prolonger la réflexion – nos sources

Livres, articles :
Hogan H. et al. (2012), Preventable deaths due to problems in care in English acute hospitals: a retrospective case record review study, BMJ Quality and Safety, 21:9, PP 737-745.
Schmidt PE et al. (2014), Impact of introducing an electronic physiological surveillance system on hospital mortality, BMJ Quality and Safety, September 2014. 

Rapports:
Enquête suisse sur la santé: Année 2009, Office fédéral de statistique (OFS), Suisse.
Jeanrenaud C, Widmer G, Pellegrini S (2005), Le coût social de la consommation de drogues illégales en Suisse: Rapport final, IRER, Université de Neuchâtel
National Patient Safety Agency (2007), Recognising and responding appropriately to early signs of deterioration in hospitalised patients, NPSA, London.

Sites web :
http://www.thelearningclinic.co.uk (consulté le 30.11.2014)
http://www.thelearningclinic.co.uk (consulté le 30.11.2014)
http://www.stop-cannabis.ch (consulté le 02.12.2014)

Sources images : 
http://www.thelearningclinic.co.uk
http://www.istockphoto.com 
http://www.stop-canabis.ch
 


dossier préparé par:


Véronique Bedel, Gerard Calzada, Miguel Sanchez, Simon Schmitt