Les applications mobiles au chevet des hôpitaux | Janvier 2015


Hôpital 2.0 : les TIC au service de la santé

Ludiques, sociales ou productives, les applications mobiles font partie de notre quotidien. La simplicité d’utilisation ainsi que leur fonctionnement intuitif amènent de plus en plus d’acteurs à les intégrer dans leur vie professionnelle. Décryptage des bénéfices liés à l’utilisation d’applications de santé (m-Santé) à l’hôpital.


L’hôpital est régulièrement impacté par des restrictions budgétaires imposées par l’Etat. L’établissement doit par conséquent contraindre ses collaborateurs à fournir davantage de résultats pour le même temps de travail.

Le système de soins actuel atteignant ses limites, les gouvernements se penchent de plus en plus sur des modèles de santé incluant davantage les technologies de l’information et de la communication (TIC). Mais, est-ce pour autant que les hôpitaux peuvent en tirer de réels bénéfices ? et si oui, dans quelle mesure ?

La santé en suisse : combien ça coûte

Le coût du système de santé suisse en 2012 s’élevait à près de 68 milliards de francs contre 37.5 milliards en 1996, ce qui représente une augmentation de 81.3% en 17 ans. Selon une étude de la Radio Télévision Suisse (RTS), en 20 ans, les primes moyennes de l’assurance maladie ont plus que doublées. En effet, elles sont passées de 173 francs en 1996 à 412 francs en 2015. Ces chiffres ont de quoi inquiéter la population. 

Nous nous intéresserons ci-après plus particulièrement à la catégorie des prestations de soins en milieu hospitalier. Cette dernière, représentant 46% des dépenses en 2012, est la plus substantielle. 

Smartphones et tablettes ouvrent de nouvelles perspectives

En 2007, Steve Jobs lance le premier iPhone. Cet objet a non seulement révolutionné notre manière de communiquer mais a également modifié notre façon de faire des affaires dans tous les secteurs d’activités, y compris dans le monde médical. Les smartphones et tablettes ont notamment permis une plus grande flexibilité professionnelle grâce à la mobilité. Simple d’utilisation, ils font partie des nouveaux outils de travail. En Suisse, en 2013, pas moins de 69% de la population dispose d’un smartphone et 4 personnes sur 10 détiennent une tablette. Au niveau de l’Europe de l’Ouest, il est estimé, qu’à ce jour, 1 personne sur deux possède un smartphone et 22% des 18-24 ans dispose d’une tablette. 

m-Santé : levier de réduction des coûts

Selon une étude de PricewaterhouseCoopers (PwC), la santé mobile (m-Santé) peut contribuer à faire baisser les coûts de la santé grâce à une plus grande efficience de l’utilisation des ressources et en favorisant la prévention. En premier lieu, la m-Santé permet de monitorer des données d’un patient de façon efficace, précise et, surtout, à distance. Par conséquent, les diagnostics sont plus précis et les traitements peuvent être prescrits à distance. Ceux-ci sont adaptés suivant la réception du flux de données sur les patients. En second lieu, la m-Santé est un moyen abordable et très approprié pour réaliser des programmes de prévention. Dans les faits, les améliorations au niveau de la prévention portées par la m-Santé rendent évitable certaines maladies et problèmes de santé. Les TIC permettent par exemple, des recommandations pour améliorer le bien-être, le contrôle et le suivi individuel des personnes âgées, etc.

m-Santé : les types d’applications réductrices de coûts

Selon une étude publiée sur healthcareitnews.com, 4 types d’applications mobiles permettraient de faire baisser les coûts.

Le premier type concerne le dossier médical informatisé. Citons l’exemple de MonDossierMedical.ch, premier outil d’information médical lancé par l’Etat de Genève en mai 2013. La plateforme est accessible par tous les appareils mobiles. Par rapport au système papier, la plateforme autorise, d’une part, un gain de temps lié à une communication plus rapide et efficace entre médecins. D’autre part, elle permet la diminution du risque d’erreur médicale et l’amélioration du suivi. Elle supprime également le risque de perte de dossier. VitalPAC appartient à ce premier type d’applications. Cette dernière permettant de réaliser des économies tout en améliorant l’efficacité des soins et in fine l’état de santé des patients. 

Le deuxième type englobe les applications d’imagerie médicale qui permettent de visualiser des images et de réaliser des diagnostics médicaux basés sur des techniques comme le rayon X ou l’imagerie par résonance magnétique (IRM). En février 2011, le FDA (Agence américaine des produits alimentaires et médicaux) a approuvé la première application d’accès à l’imagerie médicale. Les aspects positifs de cette technologie sont : l’accès instantané aux images et la possibilité d’établir un diagnostic sans avoir recours à un radiologue sur place.

Le troisième type concerne les applications qui convertissent un smartphone en appareil médical tel que l’ECG (électrocardiographie). Selon l’Université de Calgary, un iPhone serait en mesure d’établir avec précision un diagnostic précédant un AVC. Cette avancée est spécialement utile en milieu rural. Il permettrait aux patients d’avoir accès en temps réel à des spécialistes de la santé. Dans un cas d’urgence tel qu’un AVC, chaque minute compte. « Une autre force de la plateforme est la possibilité de manipuler un nombre massif de set d’images, de plus de 700 et sans heurt ».

Le dernier type concerne les applications qui simplifient et rendent plus rapide et efficace la gestion administrative. Hospital Rounds est un exemple d’aide administrative lors de consultations, de transmission de factures ou bien du renouvellement d’ordonnances. Cette application autorise également la classification des dossiers.

Ces quatre types d’applications montrent que le service rendu peut prendre différentes formes. Ils permettent d’obtenir des résultats en termes d’amélioration du processus médical et en termes financiers.

m-Santé : les barrières à sa généralisation

Bien que les applications mobiles soient en plein essor, elles sont confrontées à de nombreuses barrières. A ce jour, le paiement des soins à distance n’est pas prévu dans la pratique. Le dispositif de rémunération étant inexistant, il est difficile de convaincre un professionnel de l’utiliser. En outre, la prise en charge de la m-Santé n’est pas non plus prévue par les assurances maladies, ce qui limite l’utilisation par le patient et la recommandation par les professionnels de la santé. En d’autres termes, un patient qui téléchargerait une application payante ne serait pas remboursé par son assureur.

D’un point de vue légal, il n’existe pas encore de législation concrète sur le sujet et la protection des données personnelles pose problème en vue d’une généralisation de la m-Santé. Celle-ci est également freinée par un manque de compatibilité entre les différents systèmes qui entrent en contact. A cela s’ajoute, l’absence d’un organe reconnu d’accréditation pour ces applications mobiles. Cependant, il n’existe pour l’heure aucun critère d’évaluation.

Pour terminer, les professionnels de la santé ne se sentent pas assez impliqués dans la conceptualisation de ces applications. Il semblerait plus juste de les consulter en amont. C’est également une des clés du succès expliqué par Roger Killen, Directeur général de The Learning Clinic. De plus, la sensibilisation à l’utilisation de ces nouvelles technologies n’est pas encore assez appuyée et il existe un manque de coordination des différents systèmes de santé, tant au niveau national qu’européen.

Le label de qualité : un besoin réel

Le secteur des applications m-Santé doit faire l’objet d’une régulation sérieuse et pressante. En effet, il serait judicieux pour un professionnel de la santé d’avoir de la part d’un organe de régulation, une différentiation entre une application « gadget » et une application médicale certifiée. En outre, un médecin voulant recommander une certaine application à un patient, pour un besoin particulier, voudrait avoir en amont une certification de la part d’un organisme. La santé des patients étant en jeu, il est nécessaire de leur garantir la confidentialité et le professionnalisme d’un traitement ordinaire.

La situation actuelle du label de qualité est à un stade embryonnaire. Il existe aujourd’hui très peu de régulation, uniquement quelques initiatives isolées dans l’évaluation d’application mobile de santé. Dans le but de simplifier la tâche du médecin, il est important que les dizaines de milliers d’applications soient évaluées par un organe compétent.  Fort de ce constat, le site Dmd Santé a développé la plateforme Dmdpost afin de permettre à des utilisateurs d’évaluer des applications de santé.

Le déploiement de nouvelles technologies

L’innovation est l’un des facteurs clé de la pérennité d’une société. Le déploiement de la m-Santé en milieu hospitalier est aujourd’hui un avantage qui améliore les usages courants. Bien qu’il faille parfois prévoir un investissement important pour l’implémentation d’un outil de flux d’information à l’hôpital, le retour sur investissement peut être substantiel comme le montre le cas VitalPAC.

Face à l’inexorable augmentation des coûts de la santé, la m-Santé peut être une solution intéressante  pour tout hôpital souhaitant diminuer ses charges et optimiser ses services. Bien que la m-Santé se prête parfaitement à l’hôpital, la technologie ne va bien évidemment pas se substituer aux soins traditionnels. Néanmoins, les patients, le personnel hospitalier et le système de santé peuvent utiliser les applications mobiles et bénéficier de leurs valeurs ajoutée, que ce soit dans l’augmentation de l’efficience ou de davantage de suivi des patients.
Afin de rester compétitif et d’offrir des services innovants dans l’ère du digital, les hôpitaux se doivent de prendre le tournant de la m-Santé tout en s’assurant de la fiabilité et la qualité des applications qu’ils intègrent.


Pour prolonger la lecture: nos sources

https://www.santesuisse.ch (consulté le 18.11.2014)
http://www.rts.ch (consulté le 26.11.2014)
http://www.bfs.admin.ch (consulté le 23.11.2014)
http://communities-dominate.blogs.com (consulté le 08.12.2014)
http://www.pwc.fr (consulté le 22.12.2014)
http://www.healthcareitnews.com (consulté le 04.12.2014)
http://www.rts.ch (consulté le 04.12.2014)
http://www.healthcareitnews.com (consulté le 03.12.2014)
http://marketing-webmobile.fr (consulté le 20.11.2014)

Sources images
http://www.dreamstime.com
http://www.mondossiermedical.ch 
http://www.glasbergen.com
http://www.transparense.eu
http://www.fergdigital.com


dossier préparé par:


Véronique Bedel, Gerard Calzada, Miguel Sanchez, Simon Schmitt