e-Consommacteur: vers une économie du partage | Novembre 2013


SNCF: un train d’avance avec le covoiturage

L'arrivée d'internet a considérablement contribué au développement du covoiturage, en facilitant les contacts entre conducteurs et passagers. Le site Blablacar a vu son activité augmenter de 135% depuis 2009. Cette évolution n'a pas échappé à la SNCF. La consommation collaborative s'insère progressivement au cœur des business models traditionnels.

Sur la voie du changement

«Ne monte pas en voiture avec des inconnus!». Cette phrase, nous l'avons tous entendue au moins une fois durant notre enfance.
Aujourd'hui, pour les adeptes de la consommation collaborative, partager une voiture avec des inconnus devient une pratique courante. La valeur d'usage prime sur la valeur de possession. Le covoiturage est un mode de transport convivial mais surtout économique, qui transforme notre mobilité. Il s'agit également d'un mode de déplacement éco-responsable, car il réduit le nombre de voitures sur les routes et par conséquent les émissions de CO2. Cette alternative au véhicule propre, au train, ou même à l'avion, a déjà séduit plus de 3 millions d'utilisateurs. Ce chiffre ne cesse d'augmenter. Tout comme le nombre de plateformes web qui proposent ce service, telles que Blablacar (anciennement covoiturage.fr) ou encore l'association à but non lucratif e-covoiturage.ch, active en Suisse.

Les entreprises de transports sont confrontées à de nouveaux concurrents de taille: 600 000 passagers par mois utilisent les services du site Blablacar, leader français du covoiturage, soit l'équivalent de 1.500 TGV complets. Depuis 4 ans, ce chiffre croît de 100% par année. Pour y faire face, la SNCF a racheté Ecolutis en avril 2013. Une société qui met en place un service de covoiturage pour des entreprises et collectivités locales et qui possède le site grand public easycovoiturage.com. Depuis 2009, l'entreprise ferroviaire possédait également 20% de Green Cove, la société éditrice du site 123envoiture. Elle en a pris le contrôle total début septembre 2013.
De quoi servir la cause de la consommation collaborative qui gagne ainsi en crédibilité, tant auprès des consommateurs que des autres entreprises de transports. «Le véhicule devient un actif optimisable, les sites collaboratifs offrent un accès à des services compétitifs et génèrent une nouvelle source de revenus personnels», explique Jean-Louis Jourdan, directeur du développement durable du groupe SNCF.

La SNCF acteur global de mobilité

Ces récents investissements prouvent que la SNCF a un train d'avance sur d'autres compagnies de transports. En prenant position sur ce nouveau marché, elle accepte une éventuelle baisse d'utilisation de ses trains au profit d'autres services qu'elle offre. En effet, la compagnie avait déjà lancé l'année dernière le concept d'iDBUS, pour rivaliser avec Eurolines dans le secteur du transport par autocar. Cinq allers retours par jour en bus entre Paris et Lyon et onze entre Paris et Lille sont désormais proposés. Aujourd'hui, la SCNF compte bien redynamiser le site 123envoiture.com, qui compte pour le moment 400 000 membres. Nous sommes encore loin des 3 millions d'inscrits de Blablacar mais le site devrait connaître une montée en puissance dans les mois à venir grâce aux investissements de son nouvel acquéreur.

Vers de nouveaux business models

Les conséquences de ce rachat se répercutent directement sur la structuration du business model de l'entreprise ferroviaire. A présent, trois modèles économiques se distinguent: Les différents types de trains (TGV, TER..), la délégation de transports du service public, tels que les bus et autocars via leur service iDBUS et enfin celui qui touche à l'économie sociale et solidaire, avec le covoiturage. Ces trois modèles doivent cohabiter et dans certains cas se compléter. Alors que nous pourrions nous interroger sur une possible cannibalisation entre les différentes offres, le directeur général d'Ecolutis assure que l'important est «d'avoir une offre globale et que les clients choisiront selon leurs contraintes». Ce mode de partage est donc avant tout une opportunité pour la SNCF, qu'elle définit comme un des nouveaux facteurs de la mobilité de notre décennie.

L'importance des nouvelles technologies

Le manque de flux en régions rurales ne rendait pas rentable la construction de lignes ferroviaires. Aujourd'hui, le covoiturage permet aux voyageurs de se rendre plus facilement et à moindre coût dans ces zones encore mal desservies. Ce mode de transport représente non seulement un gain d'argent mais également un gain de temps. Grâce aux nouvelles technologies, les échanges entre voyageurs sont facilités et accélérés. De nouvelles applications voient le jour. «Djump», par exemple, propose du covoiturage en temps réel. La plateforme mobile utilise un service de géolocalisation. Elle permet de voir tous les «drivers», comme ses fondateurs les appellent, qui entourent les utilisateurs. Le site internet mobile de la SNCF covoiturage.sncf.mobi, lancé en 2009, permettait déjà d'être mis en relation avec des covoituriers en temps réel. Mais ce service n'a pas eu le succès attendu avec seulement 1022 inscrits. Grâce au rachat de 123envoiture.com, la SNCF touche un public beaucoup plus large, soit 400 000 membres. En relançant l'activité du site internet, elle espère développer ainsi ce service et augmenter le nombre d'utilisateurs rapidement. «Il y aura forcément une accélération sur le digital», a affirmé le président de SNCF Guillaume Pepy, annonçant la «bascule numérique de l'entreprise».

Une mobilité à la carte

Les consommateurs pourront réserver un trajet non pas d'une gare à une autre mais d'une porte de départ à une porte d'arrivée, en combinant, par exemple, train et covoiturage afin d'arriver à une destination non desservie par les grandes lignes. Jean-Louis Jourdan explique que dans un futur proche la mobilité s'achètera comme un forfait de téléphone. Déchargés du support de billetterie, les consommateurs auront un «menu de mobilité», accessible depuis la plateforme internet de la SNCF ou depuis une application mobile. Ils pourront choisir leur mode de déplacement et y ajouter des offres. Nous basculons progressivement vers une mobilité que le consommateur adapte en fonction de ses besoins.

Une opportunité abordable pour les entreprises

Grâce aux plateformes web, les entreprises peuvent aisément jouer le rôle d'intermédiaire entre les consommateurs. Placés au cœur des échanges, les individus sont devenus des acteurs de leur consommation. Un moyen pour les entreprises de limiter leurs dépenses tout en proposant de nouveaux services. La SNCF n'a, par exemple, pas eu besoin d'investir dans des infrastructures pour offrir ce nouveau service. Après l'entreprise ferroviaire, il est fort probable que cette tendance intéresse les entreprises de transports aériens telles qu'Easyjet. Nous pourrions ainsi imaginer qu'après avoir réservé un billet d'avion et une chambre d'hôtel, la compagnie aérienne propose sur son site, un service de covoiturage. Le trajet de l'aéroport jusqu'à l'hôtel serait moins onéreux qu'en taxi et plus confortable qu'en transport en commun. La compagnie aérienne, quant à elle, percevrait une commission sur un service qui ne lui aura pas coûté beaucoup d'argent. Les plateformes web sont au service de notre mobilité, en offrant des solutions instantanées et sécurisées. Pouvoir se déplacer toujours plus vite, en dépensant moins, voilà une idée qui séduit le consommateur contemporain.

Pour en prolonger la réflexion - nos sources :

LE BLOG de la consommation collaborative, http://consocollaborative.com [consulté le 8.11.2013]
LE BLOG le Monde, http://alternatives.blog.lemonde.fr [consulté le 7.11.2013]
LE BLOG de la consommation collaborative, http://consocollaborative.com [consulté le 7.11.2013]
FrenchWeb, http://frenchweb.fr [consulté le 12.11.2013]
Hebdo.ch, http://www.hebdo.ch [consulté le 12.11.2013]
La Tribune.fr, http://www.latribune.fr [consulté le 8.11.2013]

Sources images

Page Facebook 123envoiturage [en ligne], [consulté le 14.11.2013]
Page Facebook SNCF [en ligne], [consulté le 14.11.2013]


dossier préparé par:


Dominique Ardito, Alba Caraballo, Lauren Gernigon, Gaëlle Hennet, Haruna Ruegg