Nouvelle gestion du temps privé et e-Commerce | Décembre 2012


Une nouvelle façon de gérer sa vie

De plus en plus de consommateurs ont recours à la prestation de professionnels pour organiser certaines activités de leur quotidien. Phénomène de l’économie numérique, il commence à prendre de l’ampleur, et notamment en Europe. Le constat actuel est que les offres liées à ces sites de services se multiplient.

Vincent Fabre, fondateur et CEO de NetDatingAssistant.com

- Aujourd’hui, tout célibataire peut trouver sur internet une multitude de sites de rencontre. Le vôtre, unique en France, propose de mettre à disposition de ces célibataires un assistant personnel. Quelles ont été vos motivations à lancer le site NetDatingAssistant?

Le concept de NetDatingAssistant est né d’un constat simple: j’avais des amis qui appréciaient les sites de rencontre, essentiellement pour faire la connaissance de personnes d’autres horizons. Mais cette activité est très chronophage.

De façon générale, les gens passent de plus en plus de temps derrière des écrans. Ayant des responsabilités professionnelles importantes (avocats d’affaires, consultants en stratégie, créateurs d’entreprises), mes amis se sont finalement éloignés des rencontres en ligne par manque de temps. Ceux qui ont continué l’ont fait au détriment de leur vie sociale ou de leur équilibre de vie (sortir, faire du sport).

L’idée était née: proposer aux célibataires cadres supérieurs, qui ont déjà une vie professionnelle et personnelle bien remplie, une possibilité de profiter eux aussi des rencontres sur internet sans pour autant sacrifier leur rare temps libre derrière un écran.   

- La concurrence étant très présente sur ce secteur, qu'est-ce que votre site apporte de plus que les sites de rencontre ou les agences matrimoniales?

Notre service fonctionne en complément de n’importe quel site de rencontre. Il apporte une aide personnalisée. Beaucoup de personnes sont inscrites sur les sites de rencontre mais manquent de temps ou d’inspiration. NetDatingAssistant propose l’aide d’un dating assistant, expert de la séduction et des sites de rencontre. Celui-ci crée un profil attractif sur ces sites pour son client et l’aide à décrocher des rendez-vous dans la vie réelle, en interagissant, en son nom, avec des personnes qui correspondent à ses critères. Notre service n’est pas éloigné du principe des agences matrimoniales, simplement nous recherchons les célibataires où ils se trouvent désormais: sur internet.

- Internet est devenu un outil indispensable pour une grande majorité des gens. Nous pouvons donc rester connectés de façon constante et avons l’impression que nous manquons de temps. Le service proposé vous semble-t-il symptomatique de notre société?

Il s’agit davantage d’un contre-pied à la société du tout numérique. Dans les transports, dans les salles d’attentes, partout, les gens sont devant leurs écrans. Ceci n’est pas un mode de vie très sain. Le numérique est incontournable, mais je pense que beaucoup aimerait aussi pouvoir déconnecter plus souvent.

- Il y a encore quelques années, les internautes étaient sceptiques avec le commerce en ligne pour des raisons de sécurité. De ce fait, vos clients n’ont-ils pas eu des appréhensions à vous dévoiler les détails de leur intimité?

Non, les clients qui font appel à notre service savent qu’ils sont en relation avec des professionnels de la séduction. Ces derniers ne sont pas là pour les juger ou répéter leurs secrets mais bien pour les aider. Par ailleurs, les questions que posent les dating assistants pour mieux connaître leurs clients ne sont pas non plus très intimes. Il s’agit de connaître les goûts de ces derniers, leurs habitudes de sortie et quelques-unes de leurs expériences pour pouvoir tisser un peu autour des profils virtuels. Nos utilisateurs sont libres de répondre ou pas aux questions du dating assistant. On ne force personne.

- Sujet d’actualité, la confiance quant à la protection des données est essentielle sur le net, comme nous l’avons constaté avec Facebook. Quelles peuvent donc être les conséquences de votre offre de dating assistant sur la vie privée des usagers?

Cette pratique ne représente pas un danger pour la vie privée. Nos dating assistants doivent respecter une charte éthique, incluant une politique de confidentialité, qui protège les données privées de nos clients.

- Le concept de NetDatingAssistant, en France, est encore jeune. Votre site internet est en ligne depuis le second semestre 2011. Qu’en est-il de votre évolution économique en termes de progression des utilisateurs?

Nous avons enregistré notre premier client en octobre 2011 et depuis nous avons eu plus de 200 utilisateurs à ce jour.

- Le e-Commerce fait maintenant partie intégrante du web avec ses modèles d’affaires propres, comment fonctionne le vôtre?

Nous prenons des commissions sur les transactions réalisées entre les clients et les dating assistants. Mais, nous complèterons notre site par la vente de produits numériques sur le thème de la séduction.

- Avec la multitude de sites de services en ligne qui apparaissent aujourd’hui, est-il possible que vous ayez des projets en développant ce concept à d'autres activités?

Non, mais si vous avez une idée, faites-nous en part!

- La commercialisation des activités de la sphère privée est une tendance qui se développe depuis une petite dizaine d’années maintenant. En tant que fondateur de ce site, pensez-vous qu’il s’agit d’un phénomène de mode ou qu’il existe un réel potentiel de développement de votre service en ligne?

Je ne pense pas que la commercialisation des activités de la sphère privée soit un phénomène de mode. Je pense que cela répond à un besoin dans notre société. Les individus sont de plus en plus occupés par leur vie professionnelle, sociale, et personnelle. Ils n’ont plus assez de temps pour tout gérer et ils ont donc besoin de déléguer certaines tâches, même si celles-ci relèvent du domaine privé.

Si l’on y réfléchit bien, cela fait des années que l’on délègue des activités de la sphère privée par manque de temps. Deux exemples: le ménage et les enfants. Depuis combien de temps en France existe-t-il des femmes de ménages qui viennent à votre domicile, dans votre intimité, pour ranger et nettoyer? Depuis quand des nourrices gardent-elles des enfants et participent, de fait, à leur éducation alors que ceci relève du domaine strictement familial et privé? Ceci, en étant payées pour le service rendu. Le fait de commercialiser des activités de la sphère privée est un phénomène de société.

Tant que les individus ne disposeront pas d’assez de temps pour tout faire eux-mêmes, ils délégueront une partie de leurs activités privées. Notre service apporte une aide précieuse à ceux qui veulent trouver l’amour sur internet mais qui n’ont pas le temps nécessaire à y consacrer. Et à l’heure où la rencontre en ligne ne fait que s’accroître, je pense que notre service a un réel potentiel de développement.

 

Serge Roukine, Ingénieur et diplômé d'HEC Paris, fondateur de Codeur.com, et auteur de Réussir son Marketing Web.

Intervenant à l'Ecole de Management de Grenoble et en MBA à l'Université Léonard de Vinci, il contribue également à des publications comme E-Commerce Mag, 01Net Pro, le Journal du Net et l'Expansion.com.

- Est-ce que les services liés à la marchandisation du temps privé en ligne, tels que les assistants personnels, NetDatingAssistant ou l’aide aux devoirs, sont révélateurs de notre société de consommation?

Cela est surtout lié à une accélération du temps. Les gens passent de plus  de temps dans les transports, au travail et sont impliqués dans plusieurs activités hors de leur domicile. Cette dépense laisse peu de temps aux formalités.

- Aujourd’hui, et comme vous le mentionnez, un grand nombre de personnes sont en manque de temps. Ce constat n’est-il pas un avantage pour ces sites d’assistance en ligne?

Il y aussi le fait que ces activités ne soient pas non plus très intéressantes en soit. Il est donc envisageable, dans ce cas précis, que certaines personnes pensent à les sous-traiter. Le web devient donc un facilitateur dans le quotidien: il suffit de quelques clics pour trouver un assistant.

- La diversification de ces activités sur internet est en plein essor mais reste encore en développement. Quelles attentes pour un avenir à moyen terme?

Il y a un réel potentiel qui se dessine. Néanmoins, le bon business model n’est pas encore établi et reste encore à définir. Le développement de ce business model permettrait, non seulement de garantir la sécurité mais aussi, la confidentialité des données traitées. De plus, il devra assurer le professionnalisme des assistants.

- De nos jours, pour qu’un site puisse se développer et rendre son activité pérenne, l’enjeu marketing devient la fidélisation des utilisateurs. De ce point de vue, comment ces différents sites arriveront-ils à fidéliser leur clientèle?

La fidélisation est un problème pour tous les sites et les marques en règle générale. Maintenant, dans ce cas spécifique, les assistants finiront par connaitre leurs clients ainsi que leurs préférences et habitudes. Ceci leur permettra de devenir plus efficaces. Par contre, le risque sera peut-être de ne pas réussir à fidéliser les assistants qui représentent les compétences essentielles de ces sites de services.

- Concernant les assistants, nous avons constaté qu’un certain nombre de sites américains les engageaient dans des pays étrangers, comme en Inde. Cela risque-t-il de poser des problèmes juridiques ou éthiques si les sites français faisaient de même?

Les problèmes ne sont pas liés à l’offshoring. En effet, le risque ne provient pas des pays. La crainte des internautes vient surtout de l’utilisation frauduleuse des données personnelles, partagées lors de ce genre de relation commerciale.

La vraie question serait plutôt: est-ce que les gens devraient être inquiétés du fait que leurs informations personnelles transitent par ces pays? Et, à mon sens, la réponse est oui. Il s’agit là, d’une réelle difficulté.

Il sera intéressant de voir la façon dont ces entreprises du web vont pouvoir rassurer les utilisateurs sur cette problématique. Ainsi que de pouvoir montrer à leur clientèle potentielle qu’il n’y a rien à craindre et qu’elle sera protégée. A terme, il faudra donc mettre en place et promouvoir, des procédures de sécurité et de surveillance ainsi que, de manière générale, de qualité afin de rassurer les internautes susceptibles de s’inscrire sur ces sites de services en ligne.

- D’après nos recherches, ces sites n’ont pas fait de grandes campagnes publicitaires pour se faire connaître. Les médias en ont parlé sous formes de documentaires ou d’entretiens. A votre avis, ces sites peuvent-ils être viables sans une présence publicitaire sur le net?

Nous sommes, en France, dans une phase où il faut encore éduquer le marché. Il est alors compliqué de réaliser la promotion d’un service que les gens ne comprennent pas encore. Lorsque le marché sera mature, les campagnes publicitaires pourront sans doute démarrer avec plus de facilité.

- L’éducation du marché n’est-elle donc pas déjà en train de se faire par elle-même pour ces raisons de recherche de temps libre?

Dans une certaine mesure, nous pouvons considérer que le marché commence à s’éduquer. Malgré cela, la plupart des internautes ne connaissent pas ces services ou ne s’y intéressent pas. Il faudrait commencer par trouver un vocabulaire approprié au marché français. En effet, pensez-vous que la traduction littérale d’assistants personnels virtuels soit adaptée?

Il est important de préciser aux internautes que ces sites peuvent leur offrir tous ces services. Mais aussi que d’autres personnes les utilisent déjà quotidiennement. Au niveau du changement des mentalités, il apparaît que pour l’instant, il soit encore trop tôt. La deuxième étape nécessaire est la construction de la notoriété de ces sites de services grâce à la publicité et au marketing.


dossier préparé par:


Nathalie Duboux, Marjorie Dycke Vuillemin, Thomas Ganet, Laura Moreau, Sophie Paul