La réalité augmentée est entrée dans nos vies | Juin 2013


Annonce d’une nouvelle ère communicationnelle

La superposition des mondes réel et virtuel permet des expériences inédites. Les entreprises réalisent progressivement les nombreuses perspectives de développement qu’offre la réalité augmentée. Les applications se multiplient à tel point que, cette technologie est en passe de conquérir notre quotidien.

Dejan MUNJIN doctorant à l'Université de Genève dans le  domaine de l'internet des objets et titulaire du Master en Systèmes d'information et de communication, orientation technologie.

Selon Wikipédia, l'Internet des objets représente l'extension d'Internet à des choses et à des lieux dans le monde physique. Grâce à la lecture de marqueurs/tag via nos  appareils connectés, cela favorise le développement de la réalité augmentée (RA)

En quoi l'Internet des objets  favorise-t-il le développement d’applications de RA?

Ces technologies nous permettent de créer une passerelle entre les mondes physique et virtuel.

Selon moi, la contribution principale de l'Ido au développement des applications de RA réside dans la disponibilité et la précision des données numériques décrivant les lieux et les objets. Cet apport permet de créer des applications de RA capables d'enrichir virtuellement notre environnement physique mais également de disposer de l'information en temps réel. La deuxième contribution de l’Ido permet aux applications de la RA d’être créées et utilisées à l’échelle mondiale.

Ces dernières années, les applications de la RA se multiplient et concernent de plus en plus de secteurs d’activités : selon vous, qu’est-ce qu’une application RA réussie ?

Selon moi, une application RA réussie nous aide à améliorer nos tâches sans nous distraire dans leur exécution. Par exemple, une application de RA réussie peut renforcer l'immersion lors des visites de musées. Un contre-exemple serait la projection d’informations numériques inadaptées sur le pare-brise d’un véhicule afin de nous assister dans la conduite.

La difficulté d’une application de RA réussie réside dans la définition du contexte, dans le contrôle et dans la présentation de l’information dans monde réel. L'Ido permet de collecter plus de données mais impose aussi l'utilisation des nouvelles techniques pour traiter, agréger, contextualiser et présenter ces données.  

Les connaissances en RA des consommateurs et des entreprises sont encore assez limitées. A votre avis, où se situe la principale valeur ajoutée de cette technologie ?

Je dirais que la valeur ajoutée de cette technologie pour l'annonceur et pour le consommateur se situe dans la qualité et la disponibilité instantanée d'informations dans le monde réel. Pour l’annonceur, la RA permet d’optimiser la chaine logistique, de suivre l'utilisation de leurs produits, de fournir de nouveaux services à valeur ajouté, de fidéliser les consommateurs etc. Pour le consommateur, la RA améliore les expériences d'utilisation des produits et services, personnalise l’offre, optimise le temps et facilite les tâches quotidiennes etc.

Si l’on peut qualifier la RA d’évolution technologique, de nombreuses applications semblent pourtant être de simples gadgets. Qu’en pensez-vous?

A ce stade de la commercialisation de la RA, il s'agit souvent de tests. Par conséquent, les primo-utilisateurs sont les passionnés de nouvelles technologies, les geek. A titre d’exemple, l’IPhone, avant de conquérir le monde, semblait n’être qu’un gadget, mais s’est finalement imposé comme un outil technologique fort utile.

Je pense que les gadgets sont annonceurs de changement. Il faut encore un peu de temps pour identifier les meilleurs usages de la RA.

Avez-vous connaissance d’une application de RA qui a significativement impacté les retombées commerciales d’une entreprise?

La RA n’apporte pas encore un "killer business model" aux entreprises. Les retombées commerciales  sont difficiles à mesurer. Néanmoins, nous savons que cette technologie améliore les processus de travail et les pratiques commerciales. Dès qu'elle sera suffisamment répandue, je crois fortement qu’elle ouvrira de nouvelles opportunités commerciales.

Aujourd’hui, grâce aux Smartphones, la distance qui nous sépare d’internet est longue comme le bras. Demain, grâce à la commercialisation des Google Glass, cette distance va encore diminuer. Notre société est-elle prête à mêler monde numérique et monde réel sans interruption ?

Notre société est prête à mêler monde numérique et monde réel en continu. Cependant, un accent particulier doit être porté sur la personnalisation de l'information numérique. Les applications de l'Ido et de RA doivent obéir à des critères personnalisables de sélection de flux d'information pertinente.

La superposition de ces deux mondes peut générer une surcharge d’information numérique. Actuellement, nous assistons à la prolifération des objets personnels connectés (par ex. Smartphone ou Google Glass). 

Selon vous, quelles sont les limites de l'Ido? Et de la RA?

Ces technologies, étudiées depuis plus de deux décennies, sont suffisamment avancées pour être commercialisées. Les limites sont plutôt sociétales. La première limite est la disparité des standards imposés par les acteurs commerciaux. La deuxième limite relève de la notion de vie privée, de l'appartenance et de la rétention des données personnelles collectées par ces technologies. Par conséquent la RA et l’Ido souffrent des mêmes limitations.

La RA suscite un réel engouement des entreprises. Pensez-vous que ces technologies auront le succès escompté? Pour quelles raisons?

Je pense que oui. Ces technologies nous permettent d'avoir une meilleure vision et une meilleure compréhension de notre environnement. Par-là, elles nous permettent de planifier un développement durable de notre société. Malgré cela, je pense que leur implantation prendra plus de temps que prévu à cause de facteurs socio-économiques.

La limite entre monde réel et monde numérique est de plus en plus réduite. Selon vous, quels sont les risques liés à la superposition du réel et du virtuel ?

Le risque principal lié à la superposition du réel et du virtuel est notre préservation et surtout nos pratiques d'utilisation de l'information concernant la vie. Le monde virtuel réduit les distances entre les gens mais il ne doit pas dégénérer dans un moyen de contrôle de la société comme imaginé par G. Orwell et décrit dans Big Brother.

Quel serait votre mot de la fin ?

Je pense qu'à présent les inconvénients de l'Ido sont relativement faciles à identifier. Ce qui est difficile c'est d'imaginer toutes les applications possibles permises par ces technologies. Je reste enthousiaste et je pense que le potentiel de l'Ido est plus grand qu'on puisse l'imaginer. 

Interview de Serge Ayer, fondateur de Vidinoti, entreprise spécialisée dans la réalité augmentée via les téléphones mobiles qui permet aux entreprises de créer leur propre application RA pour leur marque.

Quelles sont les activités de Vidinoti et quelles sont les fonctions que vous  occupez ?

Je suis le directeur de l’entreprise. Vidinoti travaille depuis plusieurs années sur le développement d'une solution de RA, qui comprend une plateforme de création de contenu et des algorithmes embarqués sur Smartphones capables d'identifier très rapidement une image. Cette technologie de réalité augmentée, protégée par plusieurs familles de brevets, ne nécessite pas l’incrustation de QR codes.

Les vitrines ou certains produits de consommation sont marqués de pictogrammes pixélisés donnant accès à des informations supplémentaires.

En tant que fournisseur de technologie RA comment définiriez-vous une application RA pertinente?

Une application RA réussie est utilisée au-delà de l’effet de surprise, au-delà de l’effet Wow. C’est une application qui amène de l’information utile à son utilisateur, qui l’amuse ou lui permet d’échanger des informations sur la durée.

Par exemple, en matière de publicité, grâce à la réalité augmentée, les régies publicitaires rendent plus attractifs leurs messages grâce aux contenus supplémentaires: jeu, bons de réduction, vidéo, musique ou achat en ligne. La technologie de Vidinoti est capable de reconnaître un panneau publicitaire et le relier aux applications de e-commerce de l’annonceur. Pour les personnes intéressées, notre application Pixlive permettant de créer sa propre réalité augmentée est disponible gratuitement sur l’Apple Store.

Quelles nouvelles applications de RA pouvons-nous nous attendre chez Vidinoti en 2013 ?

Nous intervenons en amont des applications RA, nous fournissons des technologies et des solutions pour les développeurs d’applications RA. En 2013, nous essayons de nous concentrer, avec nos partenaires, sur les outils qui permettent la création de contenu RA de qualité, création qui doit être aisée et à un coût abordable.

Nous essayons également de nous projeter sur ce que sera la RA dans quelques années, sur les appareils qui seront utilisés à ce moment et qui permettront de réaliser la RA de manière encore plus convaincante. En 1997, nous avions déposé un brevet à l’EPFL qui décrivait le principe de la réalité augmentée réalisée sur ce que l’on appelle aujourd’hui un Smartphone. Nous essayons de faire de même pour ce qui se passera en 2025.

A l’heure actuelle, savons-nous évaluer l’impact commercial de la RA ?

J’aimerais vous dire oui, mais il est encore tôt pour se prononcer. Le temps d’utilisation, la convivialité de l’application, l’adhésion des utilisateurs, de nombreux critères doivent être pris en considération.

Qu’apporte la RA aux entreprises et aux consommateurs?

Pour le partenaire commercial en général : mieux comprendre l’impact d’une campagne ou d’un contenu, récolter des informations pertinentes sur les lecteurs ou spectateurs, ajouter de la valeur à son contenu. Pour le consommateur : bénéficier d’informations utiles à portée de main, apprendre de manière ludique et interactive.

Certaines technologies n’ont pas récolté le succès escompté. Selon vous, la RA sera-t-elle une réussite ? De quoi cela dépend ?

Les limites sont les mêmes que celles des autres technologies. A un moment donné, l’industrie trouve une solution technologique à un problème et seules les applications adoptées par les utilisateurs survivent. Les problèmes technologiques posés par la RA ne sont de loin pas tous résolus à ce jour et la pertinence de l’utilité de certaines applications reste également une question.

Nous savons que la technologique RA est prête mais notre société l’est-elle suffisamment?

Notre société est prête à recevoir l’information pertinente au moment opportun. Dans certains cas, cela veut dire recevoir cette information à l’aide de Smartphone mais dans d’autres cas, cette information sera sans doute encore amenée avec d’autres moyens, comme des lunettes. Une partie de cette information sera amenée par la réalité augmentée, qui consiste à mêler monde numérique et monde réel.

Quelles sont les perspectives de développement de la RA?

Il me semble qu’il faut distinguer deux axes de développement : d’un côté ce que l’on peut dénommer la recherche visuelle qui consiste à obtenir des informations sur la base de ce que l’on voit, et d’un autre côté la RA au sens propre qui consiste à augmenter la réalité avec un contenu numérique. La recherche visuelle sera de plus en plus intégrée dans les outils mis à disposition du grand public et ceci sera peut-être fait par les grands fabricants. La réalité augmentée restera un domaine plus fragmenté avec des spécificités propres à chaque domaine d’application.

Quel serait votre mot de la fin pour nos lecteurs?

Laissez-vous surprendre par ce que la réalité augmentée peut vous amener. Lorsque le contenu augmenté est pertinent, adéquat, utile ou ludique, il est apprécié par le consommateur. Ainsi vos applications de RA seront justifiées et adoptées.

Pour en prolonger la réflexion – les sources citées par nos interviewés:

« Big Brother », Wikipédia, [en ligne], 2013, http://fr.wikipedia.org/wiki/Big_Brother [consulté le 1er  juin 2013]

Pierre-Jean Benghozi, Sylvain Bureau, Françoise Massit-Folléa, « L’internet des objets », [livre], 2013, http://www.amazon.fr/Linternet-objets-lEurope-bilingue-fran%C3%A7ais-anglais/dp/2735112586/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1369844221&sr=8-1&keywords=l%27internet+des+objets+pierre-jean+benghozi [consulté le 1er juin2013]


dossier préparé par:


Hanane Aïb, Thierry Boudol, Romano Hotz