La curation web, remède à linfobésité | Juin 2012


La curation de contenu : un modèle novateur

La pléthore de contenu cache l’essentiel de la Toile et les moteurs de recherche ont peine à extraire de ce magma des infos pertinentes. Les réseaux sociaux semblent aussi saturés. La curation de contenu peut être une réponse à l’infobésité.

Guillaume Decugis – CEO & Co-Fondateur de Scoop.it

Comment est né le concept Scoop.it?
Du constat qu'il manquait quelque chose entre les blogs, les réseaux sociaux. Nous avons rencontré beaucoup de gens qui étaient capables de faire des commentaires très pertinents sur des sujets qu'ils connaissaient bien et de partager des contenus intéressants sans pour autant avoir le temps de s'investir dans la création d'un blog. Nous avons trouvé également que beaucoup de gens ne voyaient simplement  pas ce qu'ils pouvaient publier d'intéressant sur Twitter, LinkedIn ou d'autres réseaux sociaux et que la clé était de pouvoir regrouper les gens par centres d'intérêt en les faisant s'exprimer dans un modèle topic-centric. 
Comment définiriez-vous le terme de «curation»?
La curation c'est le fait de sélectionner et de partager des contenus en leur donnant du sens et un contexte. L'enjeu c'est donc de donner du sens au chaos du Web sur un sujet donné. En définitive, certains bloggers et certains community managers sont assez proches d’un «curateur».
Qu’est-ce que Scoop.it peut amener aux entreprises?
Etre un bon curateur est une activité exigente mais qui apporte des bénéfices tangibles en termes de notoriété, de visibilité, de «thought leadership» qui sont des axes importants de développement d'une marque à l'heure du social média. scoop.it aide les entreprises et les professionnels en rendant le travail de curation considérablement plus facile et bien plus efficace.
Quels bénéfices peut-on tirer de l’utilistion de Scoop.it d’un point de vue marketing?
Scoop.it aide ses utilisateurs à développer une audience qualifiée qui s'intéresse à un sujet donné tout en réduisant les coûts de mise en œuvre d'une stratégie de Content Marketing. 
En quoi Scoopt.it  est-il différent des autres plateformes de curation?
Nos fonctionnalités – comme le moteur de suggestion par exemple – rendent scoop.it particulièrement adapté au serious content et donc à une utilisation professionnelle. Par ailleurs notre modèle topic-centric et les fonctions sociales de la plateforme font qu'au delà d'être un outil, scoop.it est une plateforme qui aide ses utilisateurs à développer une communauté d'intérêt autour d’un domaine de prédilection.
Comment voyez-vous l’avenir da la curation?
L'enjeu est celui de la démocratisation de la curation. Ce qui veut dire à la fois simplifier mais aussi éduquer et guider les utilisateurs sur de bonnes pratiques. Notre ambition est de réaliser la promesse du Web 2.0 en incitant chacun à devenir un éditeur. 
Quel est l’intérêt de la version payante?
Les versions payantes sont complètement optionnelles: beaucoup d’utilisateurs restent en version gratuite et en tirent un bénéfice important. Mais pour les entreprises par exemple, il est assez naturel de vouloir intégrer sa page scoop.it à son site Web afin de pouvoir toucher des prospects à partir des visiteurs générés par son activité de curation. Ou également analyser son trafic avec des outils de statistique.
Qu’en est-il des droits d’auteur, du respect de la propriété intellectuelle?
Fondamentalement, le développement de communautés de curateurs est une excellente nouvelle pour les créateurs de contenu de qualité. Il a toujours existé un droit de fair use permettant aux journalistes d'être curateurs de contenu depuis des années, il faut bien voir que l'activité des curateurs permet de donner plus de visibilité aux infos. Là où les algorithmes ont montré leurs limites, l'humain est de retour à travers le curateur qui ne se laisse pas aussi facilement piéger par des «fermes de contenu».

Jérôme Bailly – Sales & Marketing Manager de l’agence digitale Cross Agency


Les réseaux de curation fleurissent sur la Toile. Que pensez-vous de ce nouveau phénomène?
Nous vivons l’ère de l’infobésité. Il y a trop d’informations produites sur les réseaux sociaux et sur le Web. Par exemple, il est impossible de suivre correctement tous les flux sur votre compteTwitter. Le modèle des réseaux sociaux est donc remis en question. Nous sommes devenus victimes du surplus de flux et pour nous en sortir, nous avons besoin de filtres. C’est précisément dans ce cadre qu’interviennent les réseaux de curation.
Assistons-nous à un phénomène de mode?
Ce n’est pas un phénomène de mode, mais bien une réponse aux besoins des internautes. Comme je le précisais avant, face à l’infobésité, une mutation des services Web s’est opérée et les réseaux de curation sont apparus pour permettre la création de filtres et de sélection de l’information. Mais, selon moi, ces réseaux sont un palliatif, mais pas une solution. Je pense que d’ici deux ans nous assisterons à l’apparition de nouveaux outils en ligne. Un slogan: «Postez-moins, postez-mieux!»
On parle de Content Marketing. Mais est-ce un réel atout pour communiquer?
Il y a une prise de conscience de la part des entreprises concernant l’importance du contenu produit et de sa valeur ajoutée. Mais le constat est sans appel: les collaborateurs n’ont souvent pas le temps de s’en occuper comme il se doit. Dans notre agence, nous avons une professionnelle qui s’occupe de produire des contenus pour les sociétés.
Le prochain challenge sera d’établir une stratégie qui permettrait de partager du contenu pertinent sur une multitude de canaux différents ; site Web, mobiles, télévision… Le futur est peut-être là.
Un autre point que nous pouvons aborder est la pertinence du contenu délivré mis en parallèle avec le temps à disposition de l’internaute. Ce que l’on peut constater, c’est que l’infographie permet de  communiquer de façon efficace et rapide. En effet, par cette technique, le contenu produit est très rapidement consommé et assimilé par l’internaute.
Est-ce que les marques commencent à communiquer sur ce type de réseaux en Suisse?
La Suisse a souvent 3 ou 4 ans de décalage avec les nouvelles tendances du Web. On ne veut pas faire les mêmes erreurs que les autres. De plus, les décisions sont longues à prendre. Mais en contrepartie, la clientèle acquise est extrêmement fidèle.

dossier préparé par:


Sergio Brotons, Cécile Guitard, Diane Zivkovic, Nathanaël Zutter