Journaliste: une profession aux abois | Mai 2012


Gérer l'immédiat en continu

A l'ère du «tout participatif» et face à l'urgence du scoop, le journaliste joue à l'équilibriste. Il est aujourd'hui confronté à un réel problème d'identité. A la fois expert et exécutant, il doit redéfinir son rôle dans ce nouvel univers «connecté» arrosé de news en continu où jamais les sources de l’info n’ont été aussi nombreuses et paradoxalement aussi incertaines.

news en continu sur internet

Internet a bouleversé le paysage de l'information. Aujourd'hui, d'un simple clic, un message peut faire le tour de la planète, être repris dans des blogs, partagé sur les médias sociaux, transféré par e-mail à des milliers d'adresses. Le rythme de fabrication et de diffusion de l’information s’est accéléré, passant d’un fonctionnement en cycles – quotidien publié le matin, journal télévisé à 20h – à un flux continu porté par l'immédiateté et la réactivité. Le public manifeste de nouvelles attentes, lui qui peut désormais accéder à l'information sur son Smartphone, son ordinateur ou sa tablette, tout au long de la journée. Autrefois seul gardien d'une information «fiable et objective», le journaliste se retrouve aujourd'hui dans une configuration nouvelle qui l'amène à se repositionner et à faire évoluer son métier.

Un flux incessant de news

En facilitant le traitement et la diffusion des contenus, les nouvelles technologies ont créé de nouvelles attentes de la part du public. Le lecteur veut en effet avoir accès à une information en direct, concise (il n'a pas le temps de lire), illustrée par des images, des sons ou des vidéos et surtout sans devoir débourser un centime. A l'ère d'Internet, l'information c'est immédiat, court, gratuit, voire même divertissant.

Dans ce contexte, tous les médias présents sur la Toile sont amenés à faire évoluer leur plateforme pour répondre à ces attentes. La version électronique d’un «journal papier» ou d’une chaîne de télé n'est plus un simple «site vitrine», mais doit permettre de fidéliser son public. Car peu importe le support: le lecteur veut suivre les «dossiers» en continu – scoops, scandales, élections, événements sportifs. Pour survivre, la Presse doit donc jongler entre la nécessité d'une présence permanente et sa rentabilisation. Les médias traditionnels, qui ont toujours vécu d'une information payante, recherchent d'ailleurs encore le meilleur modèle économique.

  lecteur producteur de l'information

 

Une palette de compétences nouvelles

Les médias doivent donc assurer une complémentarité entre les supports. Pour rationaliser la production, les journalistes sont conviés à développer de nouvelles compétences. «Le journaliste d'aujourd'hui doit être capable de traiter du texte, du son, de l'image et de publier son information aussi bien sur une version imprimée, en radio, à la télévision et sur Internet», relate Patrick Oberli, rédacteur en chef adjoint à PME Magazine et Banque Suisse. Les journalistes se voient dès lors confier des tâches dont on les libérait jusqu’ici: mise en page, montage, prise de son, etc. Ces nouvelles compétences font de plus en plus appel à d’autres cultures – économique, esthétique et numérique – que la seule culture littéraire. Le journaliste doit être capable de traiter l’information immédiate et d'adopter l'écriture Web, plus concise et plus percutante.

Au-delà de l'impératif de rationalisation et d'évolution structurelle, le journaliste est aussi confronté à une nouvelle concurrence. Auparavant, il était seul sur le terrain de la «production de l'information». Mais le développement des technologies – blogs, outils de publication Web – permet désormais à quiconque de se profiler comme «fournisseur d'information» sur le Net.

 

Les «pure players» s’essoufflent

 

Parmi les concurrents, on trouve… des journalistes professionnels qui travaillent pour une presse uniquement accessible sur le Web, sites de contenu souvent créés à l’initiative d’anciens collaborateurs de médias traditionnels. Ces nouvelles structures ne disposent pas de l’appui d’un groupe et s’organisent en de petites rédactions, avec des moyens techniques réduits et un positionnement bien défini. Owni, Rue89, Politico ou encore Mediapart représentent cette nouvelle vague.

L’existence de telles plateformes dépend souvent du dévouement de quelques personnes, avec le risque que le projet s’essouffle. Et rares sont les modèles économiques pour l'instant rentables. Néanmoins, le succès relatif de Mediapart, qui compte 30'000 abonnés, ou de Rue89, racheté fin 2011 par Le Nouvel Observateur, laissent augurer d'un futur peut-être radieux pour la presse en ligne.

 

Journalisme citoyen

Le journaliste est également concurrencé par les lecteurs eux-mêmes. Les gestionnaires de contenu (CMS) permettent en effet à chacun de publier aisément sur la Toile. Ainsi, des non professionnels – par leur expertise ou en autodidactes – peuvent développer des tribunes sur Internet et devenir influents. Le site presse-citron.net par exemple, qui traite de l'actualité du Web et des mobiles, est animé par des passionnés de nouvelles technologies – qui ne disposent pas a priori d'une formation journalistique classique. Pourtant le site enregistre 50'000 visiteurs par mois.

 A leur manière, les réseaux sociaux deviennent aussi des sources d'information concurrentes. Twitter, Facebook ou LinkedIn constituent des relais puissants et extrêmement populaires. La viralité que permettent ces outils génèrent toutefois des dérives. Il est parfois difficile de distinguer la véracité de certaines informations, et les cas de «hoax» (canulars) sont fréquents. A cet égard, les journalistes de médias traditionnels conservent une certaine crédibilité, héritée de la longue histoire de la presse.

 

journalisme citoyen

Dialoguer avec les lecteurs


Mais Internet modifie aussi la relation du journaliste avec son public en offrant une interactivité nouvelle. Jusqu'à la fin des années 90, le professionnel n'avait pas de contact direct avec les accros à l’info, si ce n'est par le biais du courrier des lecteurs. Grâce au Web, aux réseaux sociaux, le dialogue est enfin ouvert. Le rapport n'est plus linéaire: on est passé du message au dialogue, de l'audience à la participation. Le public peut même devenir source d'inspiration, fournir des renseignements complémentaires, apporter des éclairages ou des contre-arguments. Le quotidien gratuit «20 minutes» propose par exemple aux lecteurs témoins d'un événement de transmettre une photo via leur Smartphone. Le sujet peut ainsi être publié sur le site du journal,  voire faire l'objet d'un article plus abouti dans la version papier.

 

Le «participatif», qualité principale du journalisme en ligne, permet d’explorer de nouvelles pistes. L’investigation d’information, la coproduction et la créativité qui en découlent sont des moyens d’enrichissement du métier. Innover, personnaliser, aller au cœur de l’info, c’est conquérir de nouveaux lecteurs, les fidéliser.

le journaliste en contact avec son public

Vers une info labellisée

La révolution numérique est en marche. Elle affecte le secteur de la production de l’information qui poursuit encore sa mutation. Une certitude toutefois: dans ce tourbillon d’«infobésité», le public cherchera à s'accrocher à des «valeurs sûres», à des repères de confiance, pour distinguer le vrai du faux. Quitte à revenir aux médias traditionnels et à payer. Dans ce contexte, le journaliste «assermenté» possède toute la légitimité pour garantir une information fiable, vérifiée, labellisée, garante de la démocratie.

 

Sources:

http://www.telerama.fr
http://www.leblogducommunicant2-0.com

http://www.presse-citron.net
http://culture.france2.fr
http://www.rue89.com (1)
http://owni.fr
http://www.rue89.com (2)
http://www.scoop.it

Source images:
http://owni.fr
www.cafebabel.fr
http://benoitraphael.com 


dossier préparé par:


Stefania Di Cecca, Jean-Marc Frainier, Abdoul Ghoudoussy Balde, Christian Riba, Lucie Rossique