Une nébuleuse qui séduit les entreprises | Avril 2012


Cloud: un ciel presque sans nuage

La sécurité constitue la principale préoccupation des entreprises lorsqu’il est question de sauvegarder des données sur des serveurs distants.

Chris Lloyd, est ingénieur système sénior chez Kontiki, une entreprise spécialisée dans la diffusion de vidéos institutionnelles.

Il semble que le cloud computing contribue à réduire les coûts informatiques. Qu’en pensez-vous?

Il appartient à chaque entreprise d’évaluer si le gain réalisé est suffisant par rapport à une perte du contrôle de l’information – réelle ou perçue comme telle. De plus, lors d’une migration d'un service, ce sont les conditions du fournisseur qui font foi. Enfin, la possibilité de personnaliser et d'étendre le service peut être restreinte. Par exemple, dans l’environnement Microsoft SharePoint, il n’est pas possible d’installer des options personnalisées car celles-ci risqueraient de déstabiliser le service pour d’autres utilisateurs.

Le cloud computing est-il adapté à n'importe quelle entreprise quelle que soit sa taille?

Toute entreprise peut externaliser certaines fonctions. Cela dit, une société ne devrait probablement pas viser le cloud pour une fonction de gestion de base.

Le risque de perdre des données existe-t-il réellement ?

Vous pouvez perdre des données à cause de hackers, d’une erreur humaine ou d’une catastrophe. Il n'y a aucun moyen de s’en prémunir complètement. Toutefois, une entreprise doit examiner ses propres exigences sécuritaires et les comparer à celles du fournisseur. Par exemple, si la société ne dispose pas d’un système de sauvegarde, est-il nécessaire d’insister pour que le fournisseur en ait un?

Considérant que le temps c’est de l’argent, combien de temps faut-il pour implémenter le cloud en entreprise?

C’est totalement dépendant de la fonctionnalité que vous allez déporter, de la taille de l’entreprise et de la mise en place de l’équipe projet qui gérera la transition. Mais il est possible d'effectuer la migration pour tous les utilisateurs en un seul week-end.

Quel genre de problème rencontrez-vous en général lors d’une migration ?

Les deux domaines de préoccupation résident dans la fiabilité de la connexion Internet de l'entreprise et la sécurisation des données. Une fois que le responsable de l’entreprise a opté pour le cloud, il peut y avoir des mois de discussion avec les responsables informatiques avant d’amorcer le processus de mise en œuvre. D'un point de vue strictement technique, la migration vers le cloud est relativement simple.

Nous savons que le coût d’une telle installation varie en fonction de la consommation réelle. Existe-t-il d’autres frais «cachés»?

Normalement, tous les services (comme le courrier électronique et la hotline) font partie des prestations de base. Comme le fournisseur vise à fournir une offre standard pour un maximum de clients au prix le plus concurrentiel, il y aura toujours des frais additionnels pour toute demande personnalisée.

Le cloud donne une indépendance de travail majeure. Avez-vous besoin d’Internet pour avoir accès à l'information?

Si l'application est basée sur le Web (comme SalesForce.com) alors la réponse est normalement oui. A l’instar d’autres applications, Exchange utilise encore Outlook localement.

Tal Schibler est avocat expert en droit des sociétés

shibler

Quel type de problème juridique est lié à la mise en œuvre du cloud computing ?

Le problème principal du point de vue juridique est lié à la généralisation des situations transnationales, soit à la multiplicité de droits nationaux applicables, et par conséquent aux réponses légales différentes apportées selon le droit national applicable.

L'information est un bien immatériel fondamental pour chaque entreprise. Comment doit-elle s’y prendre pour protéger de manière optimale ses données ?

Chaque entreprise utilisant une solution cloud – mais c’est valable de manière générale en matière de solutions informatiques – doit absolument:

•    s’assurer de la mise en place de mesures concrètes de protection contre les attaques et les atteintes
•    s’assurer d’avoir une sauvegarde complète et régulière de ses données, probablement stockée dans un lieu séparé
•    s’assurer des délais de remise en service en cas d’attaque de son système

La propriété intellectuelle est une question importante dans ce nouveau scénario technologique. De quelle manière le cloud computing affectera-t-il ce domaine ?

Le risque est l’utilisation indue de ses droits. Il est donc indispensable d’identifier quels sont les droits nationaux applicables, quand les données sont stockées sur des serveurs distants. Les principes et les niveaux de protection peuvent en effet être assez différents d’un pays à l’autre.

Le cloud computing donne davantage de moyens à l'employé pour accéder à l'information. Cela va t-il impliquer la nécessité d’intégrer dans les contrats de travail des clauses plus spécifiques ?


Oui assurément, mais il faut également limiter l’accès par des droits différenciés selon les fonctions de chacun au sein de l’entreprise.

Quelles précautions légales doit prendre l'entreprise avec le fournisseur du service au moment de signer un contrat ?

Il faut absolument identifier le cocontractant, soit le prestataire responsable du traitement de la relation, des données etc. et s’assurer que le fournisseur n’est pas seulement un intermédiaire. Faire réviser les contrats avant de les signer. Le coût d’une telle consultation est assurément moins élevé que ce que coûterait un litige, notamment à l’étranger.

Aujourd'hui les hackers prennent la parole. Quelles sont les sanctions légales prévues par la loi ?

Ceci est un vaste débat qui s’ouvre sur des considérations philosophiques. Disons que le législateur, qui a pour rôle de mettre en place les normes, réagit sur la base de l’observation de ce qui se passe dans la réalité. Il est donc toujours en retard d’une guerre. La législation applicable actuellement et les outils juridiques datent de bien avant l’avènement du cloud, voire de Internet ou de l’ordinateur. Il faut certainement repenser certains principes, notamment en matière de propriété intellectuelle dont la protection est largement internationale. Mais il faut au préalable savoir quels biens protéger et comment, et là les opinions divergent encore largement.


dossier préparé par:


Juliana De Beni, Gabriella Piergentili, Pascal Rocha da Silva, Nathalie Valembois