Web sémantique: quand l'info devient connaissance | Juin 2011


Les grandes entreprises misent sur le Web 3.0

Arrivés à maturité, les outils informatiques rendent possible la mise en œuvre de la recherche sémantique dans les entreprises.

Interview de David Kohler, Senior Channel Marketing Strategist chez Dell,

responsable de la stratégie online pour la division de vente indirecte B2B.


Que représente le Web sémantique pour Dell?

Pour nous, le Web sémantique est avant tout une manière de fournir une meilleure expérience à nos clients et à nos partenaires. Il s’agit de les aider à trouver des informations, des outils ou des solutions plus aisément.

Dans votre travail, comment valorisez-vous le Web sémantique?

Dans ma fonction, je me focalise sur l’utilisation du Web dans le «trade marketing», c’est-à-dire le marketing indirect. Il s’agit d’améliorer l’expérience et de comprendre les besoins de nos utilisateurs. Un revendeur qui cherche une image d’un produit spécifique pour son catalogue refuse de passer par trois ou quatre étapes logiques pour retrouver une information. Il va simplement saisirle nom du produit et «image» et s’attendra à recevoir directement des propositions pertinentes. Les moteurs de recherche ont formé notre comportement.

Comment faites-vous pour connaître exactement les besoins vos interlocuteurs?

Au travers de notre site dédié aux revendeurs: ils doivent créer un profil. Cette authentification est nécessaire, parce que nous fournissons des outils commerciaux et des informations privilégiées sur nos produits, et parce que nous proposons des programmes personnalisés.

Dans un futur proche, je vois une convergence entre l’identité professionnelle (par exemple LinkedIn) et l’activité commerciale quel’on exerce. Nous voyons déjà cette tendance côté grand public à travers le «social connect» où l’on se sert de son profil existant sur des sites comme Facebook pour s’authentifier sur un forum, un blog.

Est-ce que vos interlocuteurs sont prêts à vivre cette convergence?

Pour la nouvelle génération d’internautes qui a grandi avec les blogs, oui. Nous essayons notamment de comprendre les attentes d’une génération qui ne connaît pas le monde sans Google ou Wikipedia.

Cela vous permet-il de cibler votre offre plus précisément?

Oui, absolument. L’utilisation de «tags» et le référencement des profils de nos partenaires permettent une gestion plus efficace de la relation commerciale. Ce n’est pas nouveau comme technique mais ça nous permet de mieux cibler nos communications et nos campagnes promotionnelles en fonction de l’orientation stratégique de nos partenaires.

Donc, pour Dell, la «sémantique» fait partie de sa politique de développement…

Oui, clairement. Internet constitue l’un de nos piliers stratégiques dont le Web sémantique reste une dimension très importante.

Le «search» a toujours existé de manière plus ou moins intuitive, mais la sophistication croissante des moteurs de recherche change la donne. Ils proposent des algorithmes de plus en plus performants, capables de comprendre le contexte d’une recherche et de proposer des résultats intelligents et actuels – et tout cela en temps réel. Et nous devenons beaucoup moins tolérants lorsque le résultat de notre recherche n’est pas satisfaisant.

Est ce qu’il est possible de calculer le «retour sur investissement» du Web sémantique?

Les médias sociaux vont plus loin. Il ne s’agit pas de se contenter de mesurer le nombre de fois que le contenu a été visionné (passif), mais d’essayer de créer de l’engagement autour du contenu (actif). Non seulement j’ai vu votre information, je souhaite la partager avec mes amis, mais j’aimerais éventuellement la commenter. Après l’engagement, c’est l’action, qui doit elle aussi être mesurable.

Comment le Web sémantique est-il intégré au sein d’une entreprise comme Dell?

Il y a ceux qui pensent le «quoi» et d'autres le «comment». Dans le «quoi», il faut imaginer la stratégie au plus haut niveau: à quoi ressemble la réussite. Ce «quoi» est souvent motivé directement par le feed-back reçu de nos revendeurs, les utilisateurs de notre site. C’est une sorte de «crowdsourcing» dans un contexte B2B.

Pour trouver le chemin vers la réussite – le «comment» –, on décompose les éléments stratégiques en de nombreux flux de travail gérés par des équipes de spécialistes (marketing, CRM, Web, IT). Il faut une approche transdisciplinaire entre science et art.

 

Antidot propose des solutions de recherche pour le e-commerce. Pierre Col, son directeur Marketing, nous éclaire sur la technologie du Web sémantique.

Antidot est une société qui fournit des solutions d’accès à Internet. Comment décrivez-vous vos services et votre société?

Au départ, em 1999 déjà, nous voulions développer un moteur de recherche destiné à être embarqué dans des sites Web diffusant beaucoup de contenus, afin d’en faciliter l’accès. C’est ainsi qu’est née notre solution Antidot Finder Suite qui a connu un beau succès commercial dès 2004. Plus récemment, l’offre s’est étoffée de solutions venant en amont et en aval du moteur de recherche:

  • Antidot Information Factory permet de collecter l’information, de la normaliser, de la «mailler» et de l’enrichir pour «nourrir» le moteur de recherche avec une information de meilleure qualité, mieux contextualisée et qui répond aux requêtes des utilisateurs.
  • Antidot Collaboration Services permet la recherche collaborative, en apportant des fonctions de veille, de réorganisation, de partage et de diffusion des informations.

Quelle est la différence majeure entre les  moteurs de recherche «classiques»  et les  moteurs de recherche sémantique?

L’idée est de proposer moins de résultats, comparativement à une «page de réponses Google de N pages avec 20 résultats par page», mais d’obtenir des réponses plus pertinentes. Le moteur de recherche analyse le contenu pour proposer à l’utilisateur de rebondir vers des documents ou ressources «de sens voisin» même si les mots clés n’y figurent pas tels quels. L’utilisation de référentiels de sujets, les technologies d’extraction d’entités nommées, d’extraction de concepts sont autant de techniques qui permettent à un moteur de recherche d’être plus ou moins «sémantique».

On entend parler du Web sémantique depuis plusieurs années. Pourquoi cette urgence à vouloir «ranger» l’information dispersée sur le Web?

Le volume d’informations disponibles, aussi bien sur les sites Web que dans les entreprises, croît de façon exponentielle, et ces informations sont stockées dans des entrepôts de données cloisonnées.

Pour être en mesure de «mailler» ces informations, et cela de façon automatisée, il est indispensable que les logiciels puissent travailler sur des données brutes directement accessibles (sans passer par les API spécifiques de tel ou tel logiciel) en interprétant la sémantique de ces données. C’est tout l’enjeu de l’adoption par les entreprises et  les organisations des technologies du «Web sémantique» ou, pour parler plus proprement, du «Web des données».

Est-ce qu’il y a des secteurs d’activité qui sont plus concernés que d’autres?

Le secteur de la recherche scientifique est en tête, car les chercheurs publient des documents qui doivent être partagés avec la communauté scientifique pour favoriser les échanges: c’est pour cela que l’exploitation avec les technologies du Web sémantique des métadonnées des publications scientifiques, comme le fait le CNRS avec le projet ISIDORE, favorise la visibilité des recherches au niveau international.

Les administrations et gouvernements sont également concernés, du fait de l’émergence du mouvement «Open Data» qui consiste à mettre toutes les données publiques produites et/ou collectées par les administrations et services publics à destination des citoyens. 

Au-delà de publier des documents PDF, Word, Excel, les technologies du Web sémantique permettent d’interconnecter des documents, des publications, des tableaux statistiques pour créer de façon automatisée, sous forme de «mashups», une nouvelle information, plus riche, capable de mieux représenter et faire comprendre «le sens caché des données».

Tout le secteur de la documentation et de la presse est aussi concerné, car ces technologies apportent des solutions pour mieux valoriser les fonds documentaires et éditoriaux et facilitent la production de contenus à valeur ajoutée exploitant tout ou partie des contenus existants.

Les entreprises, plutôt grandes, ont aussi tout à gagner en adoptant le Web sémantique, notamment pour «décloisonner leurs entrepôts de données» et les mettre à disposition des utilisateurs le plus souplement possible. Mais cela prendra du temps…

Avez-vous des solutions adaptées à chaque secteur pertinent ?

Les attentes des utilisateurs d’un site de e-commerce ou d’un site d’informations généraliste sont différentes: ces spécificités peuvent être prises en compte par des déclinaisons de produit avec des configurations différentes et des modules optionnels spécifiques.

Est-ce qu’il vous semble envisageable de changer les habitudes des utilisateurs du Web qui sont habitués aux moteurs de recherche actuels? Prenez-vous ces critères en compte lorsque vous proposez vos solutions?

La prédominance de Google tend à «formater» les habitudes des utilisateurs, qui saisissent quelques mots-clés, lancent la recherche, scannent rapidement la première page de résultats pour aller très vite cliquer sur l’un des premiers résultats présentés: très peu d’utilisateurs parcourent la deuxième page d’une recherche Google et a fortiori les suivantes…

Sur un site comme www.rechercheisidore.fr, qui propose un accès organisé à plus d’un million de publications scientifiques, on utilise toutes les possibilités de «sémantisation» pour permettre à l’utilisateur d’affiner ou élargir sa recherche par sujet, période historique, type de publication, auteurs, etc. L’objectif est de trouver quelques documents, les plus pertinents sur un sujet donné, parmi plus d’un million, en quelques clics et quelques minutes seulement.

Pouvez-vous nous donner un exemple de succès d’entreprise qui utilise vos services?

Le CNRS avec le projet ISIDORE est un vrai succès, salué par la communauté scientifique française qui dispose désormais d’un outil très puissant qui donne accès à toute la recherche dans le domaine des sciences humaines et sociales.

 


dossier préparé par:


Eléonore Arnaud, Simon Barbone, Corinne Isaia, Sandra Rodrigues, Pedro Miguel Rodrigues de Almeida