Changer le monde en un clic | Mars 2011


Facebook parfumé au jasmin

En Tunise, en Egypte, la partie s’est d’abord jouée sur Facebook. Diffuser de l’information à la vitesse de l’éclair, fédérer des milliers de personnes autour d’une cause commune: les réseaux sociaux ont montré de manière spectaculaire leur impact politique et sociétal. Les technologies de l’information ont donné naissance à un nouveau pouvoir: celui de la rue.

Deux dictatures du monde arabe qui bâillonnaient depuis plusieurs décennies leurs administrés viennent de tomber. La révolte populaire s’est manifestée dans la rue mais, fait nouveau, s’est organisée sur le Net. Ben Ali et Moubarak ont appris, à leur dépens, que 80% de l’information transite par les médias sociaux et non plus par les médias classiques.

Les jeunes ont accès au Web

Certains parlent de la fin du système capitaliste, d’autres maintiennent que les extrémistes islamistes tirent les ficelles. Pourtant, nous ne sommes plus dans les années 80. Nos acteurs ont un point commun: leur ras le bol est né dans la rue et ils ont une arme commune, l’Internet.
Les jeunes Arabes ont aujourd’hui accès, grâce au Web, à une large palette d’information non censurée.  Ces peuples étouffés et torturés ont aujourd’hui la possibilité de communiquer et d’agir en temps réel sur la Toile. 
Les réseaux sociaux et les nouveaux systèmes d’information et de communication sont en train tirer nos sociétés vers un bouleversement profond des repères sociétaux. 
 
«Nous sommes tous des Khaled Saïd» : ainsi s’appelle le groupe Facebook fondé par Wael Ghoneim, cyberactiviste égyptien et responsable marketing chez Google. Comme la Révolution du jasmin en Tunisie, le mouvement de contestation égyptien a d’abord été organisé sur le site de réseautage. L’information y a transité avec une rapidité indéniable, le peuple opprimé y a trouvé la solidarité et le sentiment d’appartenance collective. Les Tunisiens, les Egyptiens, les Libyens et bien d’autres encore y ont puisé la force de descendre dans des rues et où les mots d’ordre sont d’habitude la censure et la répression.

L’arroseur arrosé

Grâce aux subventions de l’état égyptien pour accroître le développement du pays, plus de 20% de la population était connectée. Parmi eux, principalement des jeunes,  près de 5 millions, sont  membres de Facebook.  Bien entendu, le gouvernement  exerçait un contrôle assidu sur les moyens de communication virtuels.  La censure allait parfois jusqu’aux mauvais traitements – voire la torture pour certains acteurs influents de la Toile. Malgré tout, le pouvoir exponentiel et surtout l’effet boomerang du Web 2.0 n’a pas été mesuré par le dictateur.
Deux jours après l’appel de Wael Ghoneim, le clan Moubarak avait bloqué l’accès au réseau social et emprisonné le cadre de Google durant 12 jours. Mais le «mal» était fait. 
Aujourd’hui le groupe compte plus de 600.000 membres et rapporte les faits instantanément.

Twitter et Google prennent le maquis

«Bonjour, je voulais juste dire au monde entier qu'on a été déconnectés de notre dernier point d'accès à Internet, et le bruit court qu'on va encore être déconnectés du réseau téléphonique mobile […] Ne vous inquiétez pas pour nous. La première fois que c'est arrivé, j'ai totalement paniqué, j'ai cru qu'ils allaient nous tirer dessus sans que personne ne soit au courant à l'extérieur. Mais cette fois, je n'ai pas peur. Qu'ils viennent. On est excités, on est joyeux, et on sera sur la place Tahrir demain, on sera nombreux et on va manifester et Moubarak va s'en aller. Soyez avec nous. Bye bye». (www.20minutes.fr)
Voilà l’un des messages enregistrés via la ligne téléphonique mise en place par Twitter et Google qui se sont alliés en quelques heures  pour offrir une solution de soutien au peuple égyptien privé d’Internet. Speack2tweet donnait la possibilité aux activistes de laisser un message vocal sur une hotline qui était ensuite traduit puis posté sur Twitter.
Cette image illustre pleinement le rôle puissant que jouent ces réseaux dans nos sociétés aujourd’hui. Les  «tweets» ne sont plus un flux de banalités quotidiennes mais peuvent être utilisés comme de véritables armes de guerre et changer le destin de toute une nation.

*****


Avaaz: des pétitions à l’échelle planétaire

Une organisation à but non lucratif, active depuis 2007, se donne pour mission de changer le monde et les opinions via des pétitions online. Avaaz.org médiatise les causes et les besoins mondiaux les plus urgents et mobilise la planète.
Avaaz.org, est une organisation mondiale à but non lucratif et indépendante, fondée par Ricken Patel, «qui donne aux citoyens les moyens d’influencer des décisions politiques mondiales»  en menant des campagnes planétaires. Le site, qui soutient une communauté de plus de 7 millions d’adhérents, répartis dans 193 pays, est disponible en 14 langues. Son crédo: «la démocratie pour tous». Le nom choisi par l’organisation n’est pas dû au hasard. Aavaz  signifie «voix» dans plusieurs langues d’Asie, du Moyen-Orient et de l’Europe de l’Est.

Agir ensemble

Le concept d’Avaaz est de s’appuyer sur une communauté repartie sur les quatre continents qui  «agit en signant des pétitions, en finançant des encarts dans les médias, en envoyant des messages et des appels téléphoniques aux dirigeants, en organisant des manifestations et des événements — pour faire en sorte que l’opinion et les valeurs des citoyens du monde influent sur les décisions qui nous concernent tous.»
En seulement 3 ans d’existence, l’équipe d’Avaaz – basée à Londres, New-York, Paris, Washington, Genève ou encore Rio de Janeiro — a mené plus de 30 millions d’actions individuelles et a organisé plusieurs milliers de rassemblements (flashmobs, veillées, marches, et autres événements publics).
Les actions d’Avaaz portent sur des questions telles que le changement climatique, la pauvreté, la corruption, les droits humains, la paix, la crise au Moyen Orient. Et la liste n’est pas exhaustive. 
Avaaz ne reçoit aucun financement de gouvernement ou d’entreprise. Son indépendance financière est garantie par ses membres et leurs dons. 

La pétition réinventée

Dans un monde où les problèmes auxquels nous sommes confrontés sont internationaux, la réponse est une action démocratique mondiale. Avaaz a su réinventer la pétition et lui donner une dimension mondiale.
«Voir des nouveaux membres qui prennent parti dans une campagne et qui participent à la suivante est une formidable source d’espoir: tous nos rêves s’accordent et ensemble nous pouvons construire le pont entre le monde que nous avons et le monde que tous, nous voulons.»

Un monde meilleur

Grace à l’Internet, Avaaz est capable d’organiser très rapidement une mobilisation de masse et  de fédérer une campagne démocratique coordonnée dans une centaine de pays en 24 heures.
Le rêve d’Avaaz: on peut contribuer à l’amélioration de la planète en s’engageant pour un avenir meilleur  en un seul clic. Sauver la terre, s’investir dans des causes justes est à la portée de notre souris. Et n’est-ce pas la mobilisation qui fait changer le monde? 7 millions d’êtres humains rêvent ensemble d’un monde meilleur!

dossier préparé par:


Madiha Favre, Janick Konishi-Bétrisey, Marzena Lapka, David Melviez, Alexandre Nickbarte