Le médecin 2.0 est né ! | Janvier 2011


Mon médecin se forme en ligne

Le monde médical regorge de connaissances et sa gestion connaît aujourd’hui une approche nouvelle. Dans sa quête perpétuelle du savoir et de l’information, le praticien peut aujourd’hui recourir à Internet et accéder à un certain nombre de ressources et d’outils pédagogiques. Le Web 2.0 ouvre des perspectives intéressantes en "Formation Médicale Continue" et permet aux médecins d’apprendre à distance.

 

http://didac2b.files.wordpress.com/2009/01/chirurgien.png?w=450&h=399Il existe aujourd’hui des outils de e-learning – des outils de formation en ligne – qui peuvent servir au monde médical. Ils suivent les progrès technologiques en offrant des options de formation médicale continue (FMC) qui n’existaient pas auparavant, qu’il s’agisse d’un visionnage d’une vidéo HD d’une opération à cœur ouvert  ou encore d’une présentation scientifique donnée lors d’un symposium de spécialistes du foie. La connaissance générée par la médecine se doit d’être à disposition du praticien sans limite géographique ou temporelle. Grâce à l’avènement du Web 2.0, cela est devenu possible.

 

Smartphone et iPad

L’accès à l’information et au contenu est facilité et disponible via des canaux différents de ceux traditionnellement connus, comme les congrès médicaux ou les ateliers pratiques en salle d’opération. 

L’apparition du e-learning médical est un véritable progrès. Dopé par l’utilisation aujourd’hui banalisée de l’ordinateur, mais aussi par de nouveaux outils comme le "smartphone" ou les tablettes numériques, le savoir médical en perpétuelle mutation est accessible à tout moment: lorsque le praticien est de garde, en voyage ou dans son cabinet – "entre deux patients" par exemple. Pour le praticien technophile, l’information et, plus particulièrement, les sources de formation continue sont maintenant transportables, ce qui rend leur accès illimité. Le médecin 2.0 est né!

Le webcast, précurseur du e-learning

Les médecins doivent rester connectés à leur métier en permanence. Ils le font majoritairement grâce à leur réseau de collègues, à des lectures régulières de revues médicales spécialisées ou encore en suivant des cours de formation continue (Formation Médicale Continue ou FMC).

Webcasts, opérations chirurgicales virtuelles ou encore forums de discussion en ligne, le Web 2.0 modifie l’aspect traditionnel du métier et ses habitudes. L’approche de la formation continue s’en trouve changée. Mais dans quelle mesure ?

Véritable rupture, le Web 2.0 entre en jeu en offrant de nouvelles possibilités de FMC. Le webcast a ouvert les portes du e-learning à beaucoup de médecins et représente un chemin d’accès privilégié à la FMC en ligne. Les praticiens peuvent même faire valider leur visionnage sur le Web en répondant à un quiz qui les créditera de points FMC obligatoires.

Le site internet mdconsult.com du grand éditeur scientifique américain Elsevier propose des ressources et de nombreux programmes FMC. Selon Hervé Maisonneuve, Professeur associé Santé publique à la Faculté de Médecine Paris-Sud, ce site regroupe plus de 280’000 utilisateurs et 8 millions de pages vues par mois.

Certains sites proposent des vidéos HD montrant des techniques innovantes ou encore des e-meetings ou forums en ligne qui connaissent un intérêt grandissant auprès de la jeune génération (les moins de 40 ans), car ils permettent aux professionnels de se «rencontrer» et de débattre sous la conduite d’un modérateur.

Un business cher, mais rentable

C’est une question qu’il faut se poser: qui sont les distributeurs d’outils e-learning ? Il existe actuellement peu de partenaires ayant les fonds suffisants pour développer et avaliser de tels outils pédagogiques. Le développement et les ressources nécessaires sont importants. Toutefois, le retour sur investissement est intéressant. Même si les nouveaux outils de formation médicale en ligne  sont apparus il y a dix ans en Amérique du Nord (Source : Kenes International), nous en sommes aux balbutiements en Europe : l’importation de ces méthodes d’apprentissage date seulement de deux ans.

Les pharmas, mammouths du e-learning

http://bisaka.org/Pharma/pharma.phpLes compagnies pharmaceutiques sont les vrais poids lourds du e-learning et de la médecine en général. Au regard de leurs moyens, elles seules peuvent consentir à de tels investissements. Rappelez-vous de votre médecin qui partait une à deux fois par année en voyage "éducatif" aux Caraïbes, avec femme et enfants aux frais de son fournisseur de médicaments. Cela n’est (heureusement) légalement plus possible, mais l’influence des pharmas reste une réalité, même si aujourd’hui elle se manifeste plus indirectement.

Dans le but de fidéliser les praticiens, les pharmas proposent aujourd’hui des outils e-learning  de haute qualité. L’approche est évidemment commerciale et le matériel proposé souvent en lien avec les produits de l’entreprise. Cependant, par un souci d’image et de crédibilité, ces plates-formes se doivent d’utiliser les dernières technologies et d’offrir des ressources de qualité. L’accès à ces ressources est majoritairement gratuit. En contre partie, les données du médecin seront, par la suite, utilisées à des fins commerciales.

Exemples: www.univadis.fr, www.radioifm.com

Associations médicales, alternative aux pharmas

Le plus souvent européennes ou internationales, les associations médicales à but non lucratif offrent une palette de ressources auxquelles peuvent accéder les professionnels contre paiement d’une cotisation annuelle. Outre l’abonnement à la revue médicale de l’association, certaines sociétés offrent depuis peu un accès à des outils de e-learning tels que webcasts, forums ou vidéos. Ces associations, dont la principale source de revenus provient des recettes liées aux congrès médicaux qu’elles organisent, sont suffisamment riches pour développer de tels services. Les volontaires qui constituent les comités de direction de ces associations sont motivés et jouent de leur réputation et de leurs relations afin d’obtenir du matériel pédagogique pour les publier en ligne. La qualité est en général optimale et les sources sûres, car ces médecins et professeurs se doivent de fournir des ressources utiles et à jour. D’ailleurs, ce sont elles qui, aujourd’hui, sont les premières à faire des démarches auprès des instances européennes afin de faire accréditer leurs examens en ligne par des points de FMC.

Le site de la European Society for Regional Anaesthesia & Pain Therapy, une société médicale belge pour les anesthésistes, propose une "Learning Zone" gratuite.

D’autres sites de formation en ligne sont proposés par des sociétés médicales européennes comme la Société Européenne du cancer gynécologique basée à Genève.

Les indépendants à but lucratif

Il existe de très bons sites indépendants offrant du matériel de e-learning médical parfois reconnu pour les crédits FMC. Le principe est le même que ceux cités précédemment. Ils offrent un contenu souvent plus riche, mais le prix d’accès est plus élevé. Le fait que de telles entreprises existent depuis une décennie aux Etats-Unis et leur apparition en Europe prouve que la connaissance rapporte. Le e-learning médical représente un business aux possibilités non négligeables.

Il faut citer un site français, leader mondial dans la chirurgie laparoscopique, qui offre une palette extrêmement intéressante d’outils en ligne dont certains sont crédités par des points FMC reconnus par la EACCME (European Accreditation Council for CME) - www.websurg.com.
MedScape regroupe des enregistrements de conférences et des animations. Consultez aussi son pendant français sur www.theheart.org.
D’autres sites de références sont www.imaios.com en neuf langues ou encore www.dokeos.com disponible en quatre langues et comptant plus de 3 millions d’utilisateurs.

Les universités suisses à la traîne

Nous ne pouvons pas dire que les universités suivent le mouvement, sauf aux Etats Unis ou dans quelques pays d’Europe comme la Grande-Bretagne. En Suisse, il n’existe pas de plate-forme e-learning à proprement parler adressée aux étudiants et aux jeunes diplômés. La formation continue proposée par les universités helvètes reste traditionnelle, même si, selon l’article du journal Le Temps publié le 16 novembre 2010, la Haute Ecole Spécialisée de Suisse Occidentale pilote le projet Européen Khresmoi visant à organiser et à harmoniser l’accès à l’information médicale sur internet en Europe. Espérons que cela  éveillera les consciences de nos institutions sur l’importance d’offrir des outils d’e-learning à nos professionnels de la santé.

L'e-solitude, ça n'existe pas

La connaissance médicale s’acquiert d’abord pendant de longues années sur les bancs de l’université, pendant des stages pratiques, des ateliers ou encore durant les interminables semaines, peu rémunérées, que les jeunes apprentis-médecins passent en tant qu’internistes. Ainsi, ils évoluent dans une sorte de huis clos, entourés de collègues tous liés par le même dénominateur commun: la médecine, le désir de progresser dans un métier complexe, d’acquérir une certaine reconnaissance, voire un certain niveau de revenu.

Cette proximité physique influencera les mentalités durant toute la carrière des médecins. En effet,  se rencontrer physiquement et régulièrement entre pairs est un besoin propre à cette profession et représente la première cause de participation aux congrès médicaux (source : Kenes International).

Fort de ce constat et bien que les médecins soient en général assez réticents à la e-solitude, ils abordent quand même le Web comme étant une source utile d’informations, de formation et surtout un moyen d’échanger et de "réseauter". Toutefois, même si le e-learning médical est un outil intéressant et riche en ressources, il représente un nouvel acteur dans la vie professionnelle d’un médecin. Il sera abordé comme un élément complémentaire et non de substitution à une approche traditionnelle de la médecine. Le e-learning ne remplacera probablement jamais la manière traditionnelle de se tenir à jour, ni l’approche concrète d’apprentissage de nouvelles techniques. Il en va de même pour le réseautage traditionnel entre collègues qui ne sera jamais annihilé par les fonctionnalités du web.

La FMC: c'est obligatoire!

La formation continue est obligatoire pour les médecins en Suisse. Ils doivent obtenir au total 80 crédits de formation dont 50 sont attestés par les 47 sociétés de disciplines médicales. Les 30 crédits restants sont réservés aux études personnelles, sous forme de lectures par exemple, dans des domaines à choix, dans la mesure où ils ont un rapport avec l'activité professionnelle du praticien.

La formation médicale continue est, pour chaque médecin, un devoir d'ordre éthique et une obligation légale au sens de l’art. 40 let. b LPMéd de la loi fédérale.

Comme nous l’avons vu, ces formations continues se suivent aujourd’hui surtout en assistant à des congrès, à l’issue desquels est délivré un certificat. Ce certificat représente 20 à 30 crédits. Le médecin peut obtenir ces points de formation dans le monde entier pour autant qu’ils soient reconnus par les sociétés de disciplines médicales suisses.

En Europe, la reconnaissance de points de FMC en ligne va assurément, comme aux Etats-Unis, doper l’accès d’outils e-learning, car cela représente un moyen peu contraignant de remplir son quota de crédits. En effet, selon Hervé Maisonneuve et Olivier Chabot "Les données de 2008 ont montré que plus de 30 % des médecins américains se formaient en ligne, que bientôt 10 % des crédits obtenus l’étaient avec des outils d’e-learning".

La Suisse n’aura pas le choix et devra faire des efforts pour reconnaître la valeur du e-learning médical et offrir une accréditation plus élargie au médecin 2.0.

Références:

Source images:


dossier préparé par:


Zian Kighelman, Gilles Laforge, Florian Locatelli, Cristina Späni, Emmanuel Wicht