Les modèles pluriels du e-journalisme | Decembre 2010


LesEchos.fr : success story d'une formule rentable et durable

Le groupe de presse français, Les Echos, a su adapter son modèle d’affaire à la demande et assurer la rentabilité de ses éditions, en utilisant les ressources qu’offrent les nouveaux médias.


A l’heure actuelle, le défi du e-journalisme est de trouver la bonne formule pour générer des revenus sans perdre des lecteurs. Assurer l’équilibre entre services gratuits, information de qualité et un lectorat toujours plus exigeant n’est pas une mince affaire.

Premières options payantes

En 1996, Les Echos se dote d’un site Internet et devient le premier quotidien en ligne en France.

Témoin de la baisse des revenus du journalisme et souhaitant s’affranchir, au moins partiellement de sa dépendance à la publicité, Philippe Jannet, directeur de la version électronique des Echos  de 1996 à 2008, réfléchit au développement de services payants en ligne. Dès 1997, le journal, déjà bien réputé, offre des formules payantes pour l’accès à l’édition en ligne. Les Echos propose alors deux options payantes : l’abonnement ou le paiement «à l’acte».

En 2000, le journal lance une nouvelle formule appelée «Gold» qui permet un accès aux nouvelles du jour, à un système d’alertes, un outil de surveillance des mouvements de bourse et un accès privilégié à de nombreux appels d’offre en Europe. Le groupe crée ainsi une plateforme de communication directe entre les clients et l’éditeur. L’abonnement «Gold» coûte 150 FF par mois, soit environ 25 €. En plus de ces revenus, la publicité en ligne a rapporté 42 millions de francs français en 2000, soit 6.5 millions d’euros. Cette stratégie contribue à la bonne performance du groupe. Ces nouveaux services représentent alors une réelle valeur ajoutée pour les clients dont la demande devient de plus en plus importante.

Simultanément, une seconde offre qui couple papier et Internet est mise en place. La version Internet étant vendue au même prix que la version papier.

Mise en place de formules de micro-paiement

En 2002, le journal s’aperçoit de l’intérêt grandissant des abonnés pour les options de micro-paiement. Il met alors en place les nouvelles formules suivantes:

  • Express: accès journalier au journal, à ses archives et aux pages bilans.
  • Compte Les Echos: permet au lecteur d’accéder librement aux contenus grâce à un abonnement mensuel.
  • Une offre à 1.50 € par jour permet à l’abonné de recevoir des nouvelles fraîches tout au long de la journée.
  • Un accès en ligne aux archives numérisées de la version traditionnelle depuis 1991.


Il ne faut toutefois pas oublier de mentionner que Les Echos a toujours permis la consultation gratuite de 60% de ses publications; une excellente manière de gagner de nouveaux adhérents.

En 2006, le chiffre d'affaires du groupe augmente de 4,2% par rapport à 2005 donnant un signe d'optimisme pour le développement de plus de fonctionnalités et de services en ligne.

Fin 2007, le groupe est racheté par LVMH pour un montant de 240 millions d’euros. Les recettes publicitaires accusant une baisse de 25%, le groupe réfléchit à des solutions pour diversifier l’offre et générer de nouveaux revenus. C’est ainsi que le groupe met en place de nouveaux systèmes de diffusion de l’information, l’intégration de nouvelles technologies médias (mise en ligne de vidéos, d’images, de fichiers audio, accès via un smartphone, etc.) et incorpore à l’offre existante de nouvelles formules d’abonnement.

Le groupe annonce en septembre 2007 la version « e-paper » (papier électronique): une nouvelle version du quotidien qui permet au détenteur d’une tablette de lire l’intégralité du journal sur ce support. Les informations financières et boursières y sont actualisées toutes les heures, de 6 heures à 21 heures. Cette version est compatible sur les principaux lecteurs électroniques du moment, notamment sur un reader spécialement développé pour Les Echos. Elle propose également une offre de livres provenant de divers éditeurs et un fil de dépêches AFP. Malgré l’aspect innovant de l’offre, à la fin de l’année suivante il n’y a que 1'000 personnes abonnées à la version e-paper. Les utilisateurs n’étaient probablement pas encore prêts pour cette nouvelle technologie. En conséquence, la version e-paper est stoppée en mars 2009.

Stratégiquement, Les Echos lance le Cercle Les Echos, un espace participatif de débat en ligne qui permet une interaction entre les lecteurs, journalistes, élus, avocats, responsables d’entreprise, etc. De grands noms de l’économie, tels que Paul Krugman ou Nouriel Roubini, interviennent aujourd’hui sur cet espace, lui conférant une excellente crédibilité sur les domaines de prédilection des Echos que sont l’économie et la finance.

Fin 2009, un service pour smartphones voit le jour; il inclut un système d’alerte sur les informations financières et boursières permettant de surveiller les sujets personnels et confidentiels sur le marché que l’utilisateur a sélectionné.

2010: une multiplication des formules d’abonnement

Quatorze ans après sa création, le site propose en plus des informations actualisées, toute une série d’outils pratiques : alertes personnalisables, flux RSS, veille thématique, recherche par mots-clés, accès par smartphone, l’ensemble des archives du journal ainsi que tous les dossiers de la rédaction.

Aujourd’hui, Les Echos propose plusieurs formules d’abonnement. Le client peut choisir le modèle qui convient le mieux à ses besoins et à ses outils d’accès à l’information. Il peut sélectionner un abonnement qui correspond le mieux à ses habitudes de lecture et à la fréquence à laquelle il souhaite être informé.

Les offres sont divisées en deux groupes : abos Journal et Web et Abos numériques.
Ces offres sont conçues pour répondre aux divers modes d’accès à l’information: l’édition papier traditionnelle, l’accès web, mobile ou via iPad.

Les Echos suit un business model très clair que les lecteurs sont prêts à payer à condition de recevoir un service et une information de bonne qualité, actualisée tout au long de la journée et sur n’importe quel support.

Ce qui est remarquable dans le cas des Echos, c’est la complémentarité des offres. Plutôt que de passer au tout numérique, certaines formules continuent de proposer la version papier. Une version étudiante du pack Premium est également proposée pour moitié prix. Le but est clairement de couvrir un lectorat qui soit le plus large possible au niveau générationnel, en ne se privant ni des seniors qui continuent à lire la version papier, ni des jeunes à faibles revenus, tout en ciblant la classe business: hommes d’affaires, banquiers et futurs acteurs du monde économique afin de les fidéliser le plus tôt possible au journal.

Tous les abonnements proposés ont d’autres buts que les revenus qu’ils génèrent: se constituer une audience qualifiée qui intéresse les annonceurs. De nombreuses personnes pensent aujourd’hui que le futur de l’information repose sur un nombre peut-être plus faible de lecteurs mais dont on connaît les centres d’intérêts et d’autres informations détaillées permettant de cibler la publicité qui leur est servie.

Références:


dossier préparé par:


Philippe Barmettler, Rita Louro, Gerardo Rivera Valencia, Stéphanie Sarfati