e-croire ou pas, telle est la question | Mai 2010


Le journalisme à l'heure du Web

Sur le Net, les informations sont pléthoriques, de nouveaux canaux de diffusions arrivent et bousculent les habitudes, les acteurs changent. Tout le monde a maintenant la possibilité de produire de l’information (ou de la désinformation) et de la diffuser à un niveau mondial. Les professionnels doivent constamment intégrer ces nouvelles donnes pour les exploiter au mieux.

Internet n’est pas forcément le facilitateur que l’on croit. Passons en revue outils et techniques utilisés à l’heure d’une information mondialisée et plus foisonnante que jamais. La tendance aujourd’hui est à pousser ou gonfler l’information et à jouer au maximum sur l’émotion. Cela n’est pas vraiment nouveau et n’a qu’un lien indirect avec le développement d’Internet, mais la crédibilité du journaliste se trouve de ce fait entamée.

Pourtant, le métier est encadré par un code de déontologie que chacun se doit d’appliquer. Il en existe plusieurs versions: celui du Syndicat national des journalistes (SNJ), élaboré en 1918 et dont la profession s'inspire encore, ou celui de Munich de 1971, adopté par la Fédération internationale des journalistes. Il y a aussi des codes plus récents. Mais aucun n'a de valeur légale. ( Droits et devoirs du journaliste en Suisse )

L’arrivée d’Internet

«On explique la baisse des ventes des journaux par la concurrence des sites Internet, mais la désaffection du public est aussi liée à la qualité des médias et au manque de confiance des lecteurs» a déclaré à l'AFP François Malye, président du Forum des SDJ (30 sociétés de journalistes).

La course à l’information

La mise en ligne de l’information a provoqué une accélération certaine de la circulation de l’information. Une des conséquences notoires de cet état de fait est que le journaliste dispose de moins en moins de temps pour vérifier ses sources. La tendance est à prendre chaque info pour argent comptant. Cela est valable aussi bien pour le Web que pour les médias classiques. En conséquence, l’information n’est pas toujours «blindée» comme elle devrait l’être.

En théorie, la validation de l’information et des sources devraient consister à:

  • connaître l'identité de l’auteur des données informationnelles proposées
  • s'assurer de son aptitude à assumer la responsabilité des données et idées publiées
  • estimer la notoriété et rendre compte, le cas échéant, de la caution dont il bénéficie


Processus de valorisation de l'information, ou accréditation par le sujet d'une valeur à une donnée informationnelle

Les sources de l’information

Personne inconnue
Il s’agit souvent d’un contact personnel, d’une connaissance, d’un article dont on se souvient qui nous permet de recroiser l’information avec d’autres sources pour en déterminer la pertinence. La réputation d’une source est essentielle. Au niveau des documents reçus ou trouvés, il faut être très prudent car tout peut être retouché, retravaillé relativement facilement, texte comme photos. D’une manière générale, plus l’information est «une bombe» plus la vérification s’impose.

Sources officielles classiques
Celles-ci n’ont pas beaucoup changé avec l’apparition du Web: services de presse, police, Etats, universités, Associations importantes, etc...C’est l’accès aux données qui est plus aisé aujourd’hui.

Sources Web, Wikipedia par exemple
Nous savons comment ce site fonctionne. Le taux de crédibilité est relativement important. Malgré tout, l’information est parfois partielle.

Réseaux sociaux
Les forums de discussions peuvent être un moyen utile de se faire rapidement une opinion globale sur une question ou une thématique donnée. Les réseaux sociaux, tels que facebook, servent aussi de colporteur ou de passerelle permettant de répandre les rumeurs. Jusqu’alors, la rumeur provenait du bistrot du coin. Aujourd’hui elles arrivent très vite via les divers réseaux sociaux. On l’a vu avec l’affaire Carla/Sarkozy. Cela dit, la rumeur est un fait, on peut donc l’exploiter.



Les techniques de vérification

Rechercher la source opposée à celle dont on dispose dans le cas d’un sujet polémique. Faire corréler une source par une autre, croiser ses sources: ce sont là des moyens éprouvés qui se pratiquent encore et toujours.

Avenir des métiers de l'information

Sans être journalistes, beaucoup sont auteurs et participent ainsi au développement d’un savoir au travers de l’information et de son partage. Garantir une certaine crédibilité de l’information est un défi qui devrait être relevé par tout internaute «actif». De grands enquêteurs comme Denis Robert ou Pierre Péan ont ainsi signé une tribune publiée par le site d’information Rue89 qui dénonce «une dérive de ce métier» et souligne que «le journalisme doit rester une activité sans lien avec quelque pouvoir que ce soit: politique, policier, judiciaire, religieux. Au risque de disparaître».

Le plus grand changement apporté par le Web provient de la disponibilité et de la profusion d’images à disposition. Entre production d’images et publication, il ne faut parfois pas plus d’une minute.

La vérification de l’information n’a quant à elle pas vraiment changé. Elle dépend toujours de la capacité et de la bonne foi de l’homme.

Comme le dit Alexandre Serres, Maître de conférences en Sciences de l’Information et de la Communication et co-responsable de l’URFIST de Rennes, Il est nécessaire de mobiliser peu à peu quatre cultures

  • Une culture générale du doute (pas du soupçon) et de la vigilance critique contre les dangers: désinformation, invasion publicitaire… Cette culture ne concerne pas que l’information, c’est une attitude intellectuelle et citoyenne plus large.
  • Une culture méthodologique de la recherche d’information, qui combatte l’illusion techniciste que les outils peuvent à eux seuls résoudre les difficultés. L’évaluation sera toujours humaine au final. Cela signifie aussi prendre le temps lent de l’analyse et de la lecture, malgré la rapidité de la navigation Web. Une culture informatique large, qui ne consiste pas seulement en la maîtrise de savoir-faire. Il s’agit d’une culture technique large, qui fasse comprendre comment et pourquoi les outils fonctionnent ainsi; car la culture technique est trop souvent réduite à la simple maîtrise d’outils.
  • Une culture informationnelle qui forme à la déconstruction de l’information. C’est un travail sur les notions-clé : source, auteur, information, pertinence… Il faut poursuivre la définition de ce corpus théorique et utiliser des méthodes variées, y compris ludiques, pour le diffuser.

dossier préparé par:


Fabien Arévalo, Pierre Jean Duvivier, Lucia Fesselet-Comina, Loïck Mariette, Henry Martelet, Patrick Tharin