e-voting: recherche cyber-électeurs désespérément | Fevrier 2010


E-voting: deux cantons, deux approches, un objectif

Neuchâtel et Genève proposent deux approches distinctes pour influencer la courbe du taux de participation aux votations. Le 1er offre une solution intégrée à leur e-Administration, quant au second, il dispose d’une solution indépendante. Tous deux lancent un pari ambitieux et osé mais indispensable pour nos citoyens en devenir.

Nos interviewés :

Michel Warynski, directeur des Systèmes d’information, Chancellerie d’Etat – Genève

Danilo Rota, Chef du développement, Service informatique Entité Neuchâteloise (SIEN)

Boris Huguenin – Chef de projet – Service informatique Entité Neuchâteloise (SIEN)

Jérôme Darbellay, Chief Research , Strategy Officer , WIS@Key 

Carlos Moreno, VP Business Development Counterfeiting, WIS@Key


Quelles étaient les motivations et objectifs du projet e-voting ?

MW : Avec la mise en place du projet e-voting, le canton de Genève a ainsi pu offrir un nouveau canal de vote supplémentaire. Celui-ci permet aux Suisses de l’étranger de voter sereinement dans les délais impartis. Les malvoyants peuvent pour la première fois participer à un scrutin sans devoir solliciter de l’aide.

Dans nos démocraties européennes où le taux de participation s’érode avec le temps, ce projet d’e-voting a relevé à nouveau le taux de participation. Pour l’internaute, voter par Internet lui assure avec certitude que son vote est considéré comme valable.
Pour notre administration, il est évident que les votes issus d’Internet sont dépouillés automatiquement et instantanément.

Quels ont été (sont) les freins, problèmes, challenges d’un tel projet ?

MW : Les freins ont été à 80% d’ordre organisationnel et légal et seulement 20% d’ordre technique. Un tel projet requiert la prise de mesures complexes sur les plans organisationnel, technique et juridique. Le fossé – que l’on appelle communément «fracture numérique» – qui sépare les personnes qui ont accès à Internet de celles qui n’y ont pas accès pourrait accentuer les inégalités en termes de participation à la vie politique. Les risques d’abus, de nature technique, nécessitent un contrôle et un développement permanents des mesures de sécurité. Un abus – réel ou présumé – ou une panne technique serait une source d’inquiétude qui saperait la confiance du corps électoral dans la démocratie directe.

Quels sont les différences majeures de votre solution comparativement à celles adoptées par d’autres cantons?

DR : Notre projet d’e-voting s’inscrit dans le programme e-administration débuté en 2003 à l’aide des subventions de la Confédération. Cette plateforme consiste en un portail d’accès unique pour les personnes physiques et morales. Notre but est d’offrir plus de 250 prestations dans la deuxième phase en cours de développement. L’e-voting n’est qu’une prestation parmi d’autres. Les autres prestations basées sur des rôles (personne physique / morale, chef d’entreprise, notaire) sont très diverses comme le paiement en ligne de prestations ou les demandes de documents officiels.

Nous sommes fiers de cette réalisation basée sur une seule infrastructure.
Chaque citoyen souhaitant bénéficier de ce portail doit signer un contrat avec notre administration. Il se voit alors recevoir une carte imprimée avec une grille dont le contenu des cellules (lettres / chiffres) constitue le «challenge» demandé lors d’une connexion. Le contenu de chaque cellule n’est demandé qu’une seule fois constituant ainsi ce que l’on appelle en informatique un «OTP» (One Time Password). Le principe est similaire au e-Banking pratiqué par certaines banques.

Considérez-vous Internet comme un facteur de risque important?

Wise@key: Le fait qu’Internet ne soit pas sécurisé semblait être un inconvénient, mais s’est  finalement révélé comme un avantage. Dans les projets traditionnels, l’homme et l’infrastructure sont souvent le maillon faible. Dans le projet e-voting, ce sont les données qui ont été protégées et la confiance ne réside ni sur l’homme, ni sur l’infrastructure.

Quelle solution technique avez-vous choisi pour sécuriser le processus de vote et pourquoi?

DR : Nous avons sélectionné le produit de la société espagnole Scytl. Cette société offrait une solution de cryptage de bout en bout. En clair, cela signifie que non seulement la transaction est cryptée, mais le contenu l’est également et il est stocké tel quel dans une base de données. Ce sera uniquement lors de l’opération très sécurisée de dépouillement que ces données seront décryptées pour exploitation.

Considérez-vous l’e-voting comme un succès?

MW : Oui, ceci particulièrement lors des premiers scrutins.
DR : Nos statistiques parlent d’elles-mêmes. Plus de 60% des personnes disposant d’un accès à notre portail votent par Internet!

Planifiez-vous d’introduire le processus d’élection au travers du e-voting?

DR : Nous allons planifier un test les prochaines années.
MW : Oui, pour les élections municipales en 2011, cantonales en 2013 et fédérales en 2015.
Avez-vous une stratégie pour motiver et augmenter le nombre de votants par Internet?
DR : Puisque plus de 60% des personnes disposant d’un accès au portail votent par Internet, nous continuons le développement de nombreuses prestations de manière à séduire un nombre toujours plus important de citoyens. Pour renforcer le processus, nous allons mettre l’accent sur la communication et le marketing.

MW : De façon régulière, il faut apporter de la nouveauté pour dynamiser le taux de participation. Nous espérons y parvenir en permettant à nos citoyens, lors des prochaines échéances électorales, de pouvoir élire leurs représentants par Internet.
En septembre 2009, le peuple Genevois a plébiscité le vote par Internet permettant ainsi au canton de s’affranchir des limites imposées par la Confédération (pas plus de 10% de votants potentiels pour une votation simple et pas plus de 20% de votants potentiels lors d’une votation à double majorité).


dossier préparé par:


Eric Balossier, Bernard Jaccard, Nhat Tuan Lam, André Pache, Sophie Pellet, Christian Ter Pelle