e-Réputation: prisonniers de la Toile | Novembre 2009


Miroir, ô miroir, dis-moi quel est mon reflet numérique!

Le Web 2.0 a mis les individus au centre de la Toile. Avec l'utilisation croissante des médias sociaux et les nombreuses possibilités de générer du contenu, nous nous exposons de plus en plus. Pouvons-nous maîtriser notre image virtuelle?

De manière volontaire ou involontaire, nous sommes tous présents sur la Toile. En tapant notre nom dans un moteur de recherche, nous découvrons le reflet de notre moi numérique: profils sur des réseaux sociaux, commentaires laissés sur un blog, extraits de registre foncier, etc. Toutes ces traces représentent les différentes facettes de notre identité numérique et construisent notre e-réputation.

Comment savoir tout ce qui se dit sur nous et gérer notre présence sur le Web? Nous avions oublié ce commentaire engagé, posté il y a cinq ans sur un forum, et les photos de ce week-end inoubliable à la fête de la bière publiées par notre meilleur ami? La Toile, elle, ne nous as pas oubliés.

Construire et gérer son identité numérique, veiller à son e-réputation sont ainsi devenus une nécessité. Mais comment faire? Pouvons-nous maîtriser notre identité numérique ou nettoyer une mauvaise e-réputation? Existe-t-il des outils? Sommes-nous suffisamment éduqués et connaissons-nous les bonnes pratiques pour ne pas souffrir d’une mauvaise image sur le Web?

Contributions volontaires

Selon breek.fr, «l’identité numérique est constituée de l’ensemble des contributions et des traces qu’un individu ou une entreprise laisse en ligne, volontairement ou non.» Cette carte d’identité virtuelle est ainsi formée à partir de deux types de données:
     • les données formelles, venant d’organismes officiels
     • les données informelles, qui sont des contributions volontaires

identité numériqueAvec la mise en ligne des archives d’Etat, des registres d’Etat Civil, et autres documents officiels, nous sommes désormais tous présents sur la Toile, que nous le voulions ou non.

En publiant des informations volontairement – dépose d’un CV sur un site de recrutement, achats en ligne, avis donné sur un forum – nous laissons nous-mêmes des traces. Mais il ne faut pas négliger les contributions des autres internautes: tout ce qu’ils disent de nous ou publient comme photos ou vidéos en nous «taguant». Et il y a aussi la mise en ligne de nos résultats sportifs, la liste des présences à la dernière Assemblée Générale, etc. Toutes ces traces permettent, une fois rassemblées, de déterminer les caractéristiques globales d’un individu à un moment donné. En effet, notre identité numérique est dynamique, et peut se modifier avec le temps.

Le mot réputation tire son origine du verbe latin «reputare» qui signifie évaluer, compter. C’est l’opinion d’une personne sur une autre personne, un jugement de valeur tout à fait subjectif, bien qu’il puisse se baser sur des faits observables.

Sur la Toile comme dans la «vraie vie», nous avons tous une réputation. L’e-réputation est construite par les autres sur la base de notre identité numérique et de l’interprétation subjective qu’ils en font.

Une absence perçue négativement

Nous pouvons aussi choisir de ne pas être présent volontairement sur le Web, mais cela peut aussi générer des problèmes de réputation numérique. Dans le domaine du recrutement par exemple, la non-présence sur la Toile est généralement perçue négativement: personne technophobe, refusant de partager l’information, etc. C’est aussi prendre le risque de se faire usurper son identité numérique ou que notre nom se fasse squatter. En effet, sur le Web, il n’y a pas d’autorité publique qui contrôle l’identité numérique et il est difficile de faire supprimer un faux profil.

A la vitesse de l’éclair

Se moquer, humilier ou dire publiquement du mal d’autrui fait partie des comportements humains depuis toujours. Avec Internet, la rumeur a trouvé un support très puissant. Le Web 2.0 avec ses blogs, forums et réseaux sociaux lui offre des plateformes de diffusion instantanées et mondiales. Le buzz peut, en effet, être repris par des milliers de sites, et à une vitesse dépassant l’imagination. Entre désinformation, fausse information, canular, diffamation, attaque sur la réputation, il peut être difficile de savoir qui et quoi croire. Et comme le dit l’adage: «les paroles s’envolent, les écrits restent». Tout ce qui tombe rapidement dans l’oubli dans la vie non-virtuelle reste figé sur la Toile.

Une nouvelle manière de concevoir un CV

Un nouveau verbe est né «googeliser»: il signifie «effectuer une recherche sur le Net» Lorsque nous googelisons quelqu’un, les moteurs de recherche traitent les informations au moyen d’algorithmes complexes. Les résultats qu’ils nous livrent – sous forme de liste de liens – comprennent des informations sur la personne recherchée, mais également sur ses homonymes et leurs activités sur le Web. Ce n’est pas forcément l’information que nous cherchons, mais une information qui en a les mêmes caractéristiques. «Google» a engendré une nouvelle manière de concevoir le CV d’une personne.

Le droit à l’oubli n’existe pas

Espion clavierNous n’avons pas d’influence sur les informations formelles publiées sur Internet. Le registre d’Etat civil, notre casier judiciaire sont mis en ligne par des organismes officiels, qui ne retireront pas l’information, même suite à une demande. Tous les individus ont droit au respect de leur vie privée, mais dans le cas d’informations officielles ou judiciaires, ce droit «ne peut être invoqué» (source). Ainsi le droit à l’oubli n’existe pas sur Internet.
Nous n’avons pas non plus de contrôle sur les données récoltées lors de nos achats en ligne. Il n’y a pas de règles internationales stipulant que ce type d’informations doit être effacé immédiatement après la transaction ou définitivement après 6 ou 12 mois.

Nous n’avons que peu d’influence sur les informations nous concernant publiées par d’autres personnes. Nous ne pouvons que leur demander de retirer les photos, documents, citations de nous qu’elles auraient mis en ligne. Ces démarches prennent du temps et ne sont pas assurées d’aboutir. En effet, rien ne garantit qu'avant ces démarches, le fichier contesté n'ait déjà été copié et republié ailleurs sur la Toile. Identifier l'ensemble des sites ayant relayé les informations devient alors «mission impossible».

Les seules informations que nous pouvons gérer sont celles que nous publions nous-mêmes. Ainsi, «mieux vaut prévenir que guérir» et ne pas publier quelque chose que nous pourrions regretter plus tard.

 

Agir rapidement

Notre image numérique dépend également de ce qui se dit sur nous. Pour le savoir, il faut contrôler nous-mêmes notre identité afin d’avoir une vision à 360° de notre e-réputation. En effet, face à la rumeur, au dénigrement ou aux déstabilisations volontaires, il faut agir vite.

De nombreux outils sont disponibles sur le Web pour faire de la veille. Il existe des logiciels de veille payants tels que «Reputation Defender» ou «Digimind», mais également des services gratuits comme par exemple, «Google Alertes». Ce dernier nous averti par e-mail ou flux RSS quand il est fait mention de notre nom sur un site Web, blog, dans un document, etc. Il existe également des entreprises qui font de la veille à votre place. Malheureusement, aucune de ces méthodes ne peut garantir à 100% de contrôler toutes les informations qui circulent.

 

Publier des contenus valorisants

Une identité numérique forte, permet d’être moins affaibli par une attaque portée à notre réputation numérique en agissant sur le référencement naturel. Nous pouvons aussi agir de manière positive sur notre e-réputation en faisant des actions de «baronnage». Il s’agit de publier des contenus valorisants, ajouter des tags, des mots-clés à nos photos ou documents, etc. Ces pratiques ne font pas l’unanimité, mais elles permettent de manipuler d’une certaine manière les résultats des moteurs de recherche. En effet, une information néfaste est moins préjudiciable quand elle n'est référencée qu'à la vingtième page d’un moteur de recherche.

Si nous sommes la cible d’une attaque, nous devons agir vite. Le droit de réponse et la plainte pour diffamation ont généralement un délai de prescription de trois mois (Union Européenne) dès la première parution de l’information. Mais le caractère planétaire du Web oppose de nombreux obstacles aux actions judiciaires. En effet, c’est la législation du pays qui héberge le serveur qui s’applique, et de nombreux pays n’en ont pas La voie judiciaire se révèle donc très complexe et souvent inapplicable dans le Web.

 

Se comporter de manière responsable

Si de nombreux internautes ont maintenant conscience de laisser des traces sur Internet, il faut aussi qu’ils adoptent des «bonnes pratiques» et se comportent de manière responsable. Publier des informations sur la Toile n’est pas un acte innocent et peut avoir des conséquences. En mettant des informations privées sur le Web, elles deviennent publiques, visibles par tous et partout. Nous avons déjà pu lire des «portraits Google» établis uniquement grâce informations trouvées par les moteurs de recherche. Un anonyme, par exemple Marc L (source), est choisi au hasard sur Internet, et sa vie est ensuite racontée grâce à toutes les traces qu’il a laissées volontairement ou non sur Internet.

Les internautes de tous âges doivent comprendre ce qu’est une information, être capables d’analyser de manière critique et d’interpréter une liste de résultats d’un moteur de recherche. Tout ce qui est écrit sur la Toile n’est pas la vérité. Un travail d’éducation est à mettre en place dès le plus jeune âge, à l’école comme dans le cercle familial. La notion de sphère privée doit être comprise: il appartient en définitive aux internautes de discerner les informations qu’ils peuvent mettre en ligne et celles qu’ils ne devraient pas publier.

 

Références:

Qu'est-ce que l'identité numérique
http://www.fredcavazza.net/2006/10/22/qu-est-ce-que-l-identite-numerique/

Gestion de l'identité numérique: bas les masques !
http://www.documental.fr/v2/artprt_5585.php

e-réputation: Ecoutez et analysez le buzz digital
http://www.digimind.fr/publications/white-papers/501-reputation-Internet-ecoutez-et-analysez-le-buzz-digital.htm

Des nettoyeurs du Web pour redorer votre blason numérique
http://www.rue89.com/2008/04/30/des-nettoyeurs-du-Web-pour-redorer-votre-blason-numerique 

La bonne et la mauvaise e-réputation
http://www.archimag.com/fr/accueil-archimag/magazines/archimag-n225/outils/la-bonne-et-la-mauvaise-e-reputation.html

Marc L. Genèse d’un buzz médiatique
http://www.le-tigre.net/Marc-L.html

Sources images:

http://www.flickr.com/photos/fondationinternetnouvellegeneration/2626970973/sizes/o/
http://pics.nerdnirvana.org/v/technology/spy-keyboard-n-key.jpg.html


dossier préparé par:


Rosa Garrido, Italo Goyzueta, Gabriel Hussy, Manojlo Jelic, Patricia Jordan