Des objets qui bavardent en continu | Mai 2009


La puce RFID est du voyage!

Tandis que les puces RFID se glissent partout pour identifier et suivre à la trace, l’Internet des objets est le nouveau bagage des touristes. M. Alimi, Directeur de Solid SA nous livre sa vision d’intégrateur de solutions en identification et Roland Schegg professeur à l’Institut du Tourisme HES SO Valais nous sert de guide à la découverte du tourisme de demain.

Des solutions d’identification smartissime

Interview avec M. Alimi, directeur de Solid Solutions en Identification SA - Genève


Qui est Solid SA?
L’entreprise est née en 1998. Elle opère dans le domaine de la technologie d’identification en proposant des solutions avec codes-barres, puces RFID ou encre intelligente qui permettent une gestion et une traçabilité optimales dans plusieurs champs d’application.

Nous fournissons également des services de consulting, d’analyse, des études de faisabilité. Nous appuyons le client dans le choix de la technologie la plus adaptée à ses besoins. Nous mettons en œuvre les solutions retenues, offrons de la formation et de la maintenance.
Notre siège est à Genève. Le staff est composé de dix personnes qui s’occupent de production, de recherche et de développement. Nous sommes présents au Brésil via notre filiale qui occupe cinq personnes.
Nous travaillons avec plusieurs fabricants de puces RFID et avons développé nos propres applications IT pour lesquelles des explications détaillées sont disponibles sur notre site Web.



Quels sont les champs d’application développés?

En tant qu’intégrateur de solutions en identification, les secteurs d’activités économiques dans lesquels nous sommes actifs sont la logistique (gestion d’entrepôts, des stocks, traçabilité), la haute joaillerie, l’industrie alimentaire, l’industrie horlogère, la santé et la gestion des déchets.


Quels sont les bénéfices qu’un client peut attendre de l’application de cette technologie et des solutions que vous proposez?
L’identification, le suivi, la traçabilité des produits ou encore l’optimisation de la chaîne logistique comportent avant tout des avantages en termes de gain de temps et de connaissances. En temps réel, vous disposez des données sur les stocks ou sur les opérations en cours. Cela permet une optimisation générale de vos activités avec une diminution importante du risque d’erreur généré par les opérations et/ou procédés manuels. Un autre avantage important, est le retour sur investissement qui, dans des cas tels que ceux que je vous décris, se fait sur le court ou le moyen terme. 


Quels sont les inconvénients liés à ces technologies?
Il n’y a pas vraiment d’inconvénients. En revanche, des améliorations peuvent être apportées, comme par exemple:
• mettre en place une solution qui assure la suppression de la fonction du conducteur à l’intérieur de la puce RFID une fois que l’objet a quitté un lieu afin d’éviter une relecture par d’autres appareils;
• améliorer la caractéristique de non-lecture à distance des puces qui actuellement sont lisibles de loin, aspect non négligeable en ce qui concerne les passeports biométriques et donc la protection des données personnelles.


Avec quels organismes et/ou quelles institutions collaborez-vous?
Nous sommes affiliés à l’Association Alliance, un des cinq consortiums nationaux financés par la Confédération. Le rôle de cette association est de mettre en réseau les ressources académiques, celles développées par des entreprises et des institutions économiques et de soutenir le transfert des technologies.
Par ailleurs, je suis membre du Comité Romand de GS1 Suisse, le centre de compétence suisse de l’économie pour tout ce qui a trait aux standards, à la logistique, à la chaîne d’approvisionnement et à la gestion de la demande.


Pourriez-vous nous parler de « success stories » qui vous paraissent significatives?
Plusieurs exemples d’application de la puce RFID peuvent être mentionnés: ils vont du secteur hospitalier (consulter, dans ce même dossier Le cas pratique «Une blanchisserie sous haute surveillance»), à la haute joaillerie et à la gestion de déchets.

Dans le premier cas, nous sommes dans le monde de la haute joaillerie. De Grisogono SA a fait appel aux technologies que nous  promouvons et à nos systèmes pour tout ce qui concerne le contrôle physique quotidien de toutes ses pièces de joaillerie en boutique. En l’occurrence, trois composants assurent la traçabilité: une étiquette d’identification RFID (pour des raisons esthétiques l’étiquette RFID est incorporée dans les étiquettes cartonnées de la maison), un lecteur (une antenne/un décodeur de type plateau ou présentoir) et un logiciel dédié.

Le deuxième exemple fait référence au monde de la gestion des déchets. Une grande communauté urbaine du nord de la France s’est dotée d’un Centre de Valorisation Organique afin de transformer les bio-déchets en compost et en biocarburant pour alimenter 150 bus et transférer les autres déchets incinérables par voie d’eau. Des puces RFID ont été fixées sur les conteneurs de ce centre. «Taggés», ces conteneurs sont tracés tout au long de leur parcours (pesage, compactage, lavage) et cela, 365 jours sur 365. Un logiciel développé par Solid pilote l’infrastructure (automate, balance et lecteurs). Ceci permet de connaître en tout temps l’état de ces objets. Il va de soi qu’une telle solution optimise les opérations, aide à la réduction des coûts de fonctionnement et améliore la traçabilité des déchets.

Comment voyez-vous le futur en termes d’évolution des produits et des applications?
L’évolution dans ce domaine est constante. La puce RFID prendra sans doute davantage de place dans différents champs d’application. Je pense par exemple, à l’identification des personnes (notamment, le passeport biométrique) ou à des étiquettes RFID plus intelligentes capables d’identifier, de capturer une température, une pression ou, plus généralement, une donnée environnementale.

Afin de réduire les coûts de fabrication, la recherche et le développement évoluent vers des solutions de type «antennes à encre spéciale» pour remplacer les actuels conducteurs en métal.


Quels sont vos réalisations les plus récentes?
Nous venons de mettre en place un projet, toujours dans le domaine de la haute joaillerie, qui concerne cinq boutiques à New York. Pour les projets futurs, je ne peux pas en ce moment m’exprimer mais, en visitant prochainement notre site, www.solid.ch, vous en saurez plus.  



Pas de vacances pour l’Internet des objets! 

Grâce à l’usage conjoint de l’Internet mobile et des technologies issues de la RFID, les services disponibles sur la toile pourront dorénavant accompagner les touristes tout au long de leur voyage, n'importe où, n'importe quand: géolocalisation, services de proximité, Mobile Ticketing, accès «main-libre» sont les mots-clefs qui font les beaux jours des marketeurs en la matière. Roland Schegg, professeur à l‘Ecole suisse de Tourisme et auprès de l’Institut Economie & Tourisme HES-SO Valais nous livre sa vision de l’Internet des objets dans le domaine du tourisme.


Quels sont les objets communicants les plus utilisés dans le tourisme?
Les technologies issues de la RFID permettent d’offrir des services main-libre. L’exemple le plus typique est leur utilisation, depuis plusieurs années, par des sociétés de remontées mécaniques qui offrent ainsi l’avantage de charger sur Internet le forfait de ski. Sur les pistes, la détection et le contrôle automatique de ce forfait sont très pratiques pour le skieur. 

Dans le même registre, les téléphones portables ont permis l’émergence du Mobile Ticketing. C’est le cas à Davos–Kloster où, après s’être enregistré en ligne, le skieur peut acheter son abonnement par SMS alors qu’il est en chemin vers la station de ski. Il gagne ainsi beaucoup en flexibilité et en efficacité.

D’autres applications RFID sont orientées vers la mesure des performances. Les sportifs peuvent retracer leurs entraînements de la journée et opérer des comparaisons. Dans le cadre de compétitions de parapente, par exemple, l’enregistrement des données GPS permet ensuite, grâce à des outils de cartographie, de visualiser le parcours effectué.

 

Quelles sont les opportunités de l’Internet des objets pour l’industrie du tourisme?

Jusqu’à aujourd’hui, la technologie Internet classique permettait de bien couvrir tout ce qui précédait l’acte d’achat, avec les possibilités offertes de réservation et d’information via Internet. Après l’utilisation du service, Internet, grâce au CRM, s’est avéré être précieux pour entretenir des relations avec la clientèle. Désormais, avec l’Internet des objets, le contact avec le client peut avoir lieu au moment même où il a un besoin de service.

L’offre de services de proximité va se développer. Avec un téléphone mobile et un accès WIFI, le touriste peut être localisé, il peut accéder à des services de proximité et trouver ainsi toutes les informations relatives à son séjour au fur et à mesure de ses besoins. La qualité du service s’en trouve améliorée.
Ce type de service va se développer davantage à l’avenir, étant donné la diffusion rapide des plateformes mobiles équipées de GPS. Les possibilités offertes par des applications comme Google Earth ou Google Street View donnent déjà aujourd’hui un aperçu du potentiel de l’Internet des objets pour le tourisme. 



Pourriez-vous évoquer quelques exemples d’application parmi les plus innovantes?
Je pense d’abord aux Bee Taggs, ces codes bidimensionnels qui peuvent être lus par les appareils photos des téléphones portables et qui transforment tout objet en un lien Internet sur lequel on peut accéder précisément grâce à son téléphone. En Appenzell, par exemple, des Bee Taggs sont placés sur des arrêts de car postal. Ils permettent de prendre connaissance des horaires des trois prochains départs, ainsi que du nom de l’arrêt. SwissMobile, la plateforme pour la mobilité douce, utilise également du Mobile Tagging. Cette innovation permet à l’utilisateur d’accéder aux sites Internet des hôtels, restaurants et autres services disponibles sur le parcours qu’il a choisi.
Le Géocaching est un loisir qui consiste à utiliser la technologie de géopositionnement par satellite pour rechercher ou dissimuler un « cache ». Ces jeux de piste pourraient représenter un véritable atout pour certaines stations touristiques. Toujours dans l’univers ludique, le Handy Safari est un jeu de découverte interactif par téléphone mobile proposé dans une quinzaine de destinations touristiques en Suisse, en collaboration avec la Coop.

Il faut également mentionner des applications qui vont se développer à partir de la convergence entre l’identification automatique d’objets ou de lieux et les services mobiles. Il y a l’exemple du Wikitude Travel Guide qui, basé sur un téléphone mobile équipé d’un GPS et d’une connexion Internet, permet de fournir, d’une manière automatique, une information contextuelle sous forme d’étiquette sur l’écran vidéo de l’appareil. Cette information apparaît en relation avec un point d’intérêt que l’utilisateur est en train de visionner et que l’application sait identifier. C’est un exemple de «réalité augmentée».



Comment  ces nouvelles applications ont-elles modifié les attitudes des acteurs du tourisme?
Les changements de comportement des clients qui utilisent de plus en plus Internet, respectivement les technologies mobiles, ont poussé quelques acteurs du tourisme à revoir leur organisation interne pour apporter des réponses plus rapides aux demandes.
Certaines stations de ski, comme Flims ou Gstaad, utilisent des systèmes d’alerte par SMS pour informer les skieurs de l’état de la neige On peut imaginer ultérieurement de les coupler à une tarification dynamique en fonction de la météo.
Mais, la majorité des PME touristiques peine à suivre l’évolution rapide de la technologie, à identifier les potentialités offertes et à les réaliser.


En quoi les nouvelles technologies ont-elles changé le comportement des touristes?
Ce qu’on a pu expérimenter avec Internet, en général, c’est que les réservations se font de plus en plus tard parce qu’on a gagné en transparence et en flexibilité.
Les technologies liées à l’Internet des objets sont destinées avant tout aux touristes très mobiles qui recherchent de l’information au fur et à mesure de leurs déplacements.


Comment ces technologies révolutionnent-elles le marketing dans le tourisme?
On assiste aujourd’hui à un changement de paradigme du marketing touristique qui va avoir des conséquences pour la stratégie de communication et de vente des acteurs touristiques. Ces changements sont la conséquence des nombreuses possibilités offertes par le Web pour les entreprises et les clients, notamment via le développement des réseaux sociaux, mais aussi, via le potentiel du marketing basé sur la localisation.
Désormais, le producteur ne maîtrise plus le message et les informations diffusés autour de son produit, son service ou l’événement qu’il met en oeuvre. Les prestataires touristiques n’échappent pas à la règle. Ils doivent se rendre compte qu’ils ne sont plus les seuls émetteurs de l’information. Ils modèrent un processus permettant la génération de contenu ainsi que la transmission de messages et d’informations entre tous les acteurs du système (entreprises touristiques, médias traditionnels, info-médiateurs, clients).
L’Internet des objets va certainement ouvrir des pistes intéressantes au niveau du marketing contextuel. Le challenge pour le marketing est similaire à celui d’un moteur de recherche performant: fournir au touriste une information qui est réellement pertinente par rapport à une situation ou un besoin donné. Toutefois, mon avis est que le touriste ne souhaite pas être envahi par des messages lui offrant des services à tout bout de champ. Le marketing pratiqué via les objets intelligents doit être basé sur le principe de l’Opt-in: le client doit pouvoir donner son accord et ce avec une limitation dans le temps et dans l’espace.


Quels sont les business modèles générés par ces nouvelles technologies?
Les services offerts par l’Internet des objets à la clientèle sont souvent gratuits dans un premier temps. Il s’agit de créer des besoins et de montrer leur valeur ajoutée. J’imagine que la plupart de ces services vont rester gratuits et que le modèle d’affaire va plutôt se tourner vers un commissionnement du prestataire de service sur le chiffre d’affaire généré par l’application.


Comment voyez-vous évoluer l’Internet des objets?
Vu l’engouement du grand public pour l’Internet mobile et pour des objets comme le iPhone, on assistera au développement d’une multitude d’applications et d’outils basés sur la communication entre les objets et les êtres humains. Le tourisme, secteur où l’échange d’informations entre les acteurs du système est essentiel, sera certainement un champ d’application de prédilection. Le fait qu’un touriste se trouve souvent dans une situation où les besoins d’informations sont élevés renforce cette tendance.

Sources Images:
Interview  M. Alimi Solid SA (www.solid.ch)
Cartographie parapente (www.xcontest.org/switzerland/en/)
Wikitude Travel guide (http://www.mobilizy.com/wikitude.php)


dossier préparé par:


Barbara Baracchi, Lucienne Gaillard, Ella Nkanagu, Sophie Rouquette Studer, Véronique Sieber