La Troisième Dimension du Net | Avril 2009


La 3D, un outil évolutif

La Suisse se retrouve également dans le tourbillon de la 3D. Quel sera son avenir ? Table ronde avec Nicolas Bideau (NB) et Christian Ströhle (CS) de l’Office fédéral de la culture, avec Nadia Magnenat-Thalmann (NMT), spécialiste de la 3D virtuelle et professeure à l’Université de Genève, avec Stéphane Loutan (SL), directeur technique de Cap’Ciné à Fribourg et Samuel Guillaume (SG), co-réalisateur du film Max & Co.

Quels sont les développements futurs envisagés pour la 3D ?

(SG) Le relief repose des questions fondamentales sur la manière d’écrire et de réaliser un film. Le relief questionne également le rapport au spectateur et son implication dans un récit. L’image de synthèse est très appropriée au relief. La plupart des films qui sortent cette année en relief sont en image de synthèse car cela pose moins de problèmes techniques à la prise de vue.

(NMT) La recherche mise beaucoup sur l’interaction. On ne va pas seulement voir des jeux ou des films, mais nous allons aussi interagir avec les mondes virtuels et plus particulièrement avec des humains virtuels qui vont nous reconnaître, se souvenir de ce que l’on fait. Il y aura aussi des jeux plus intelligents (serious games) ainsi que l’utilisation de personnages qui vont nous voir, répondre à nous questions, et se souvenir à notre place d’un tas de choses… Les développements sont immenses mais prennent du temps car il est difficile de simuler l’intelligence, le bons sens et les modèles de personnalités.
Dans l’industrie, l’avenir de la 3D est scellé dans le domaine de la définition et de la conception de scènes sur ordinateur 3D pour une visualisation en 3D. Ce développement sera fulgurant.

La 3D est-elle une menace pour le cinéma traditionnel ?

(NB, CS) Le cinéma fait à nouveau face à une concurrence qui le met en danger. La 3D stéréoscopique représente une nouveauté pour fidéliser et générer une clientèle. Pour l’instant tous les films programmés en 3D sont des dessins animés. Il faudra attendre « Avatar » de Cameron à la fin de l’année pour vérifier si les adultes seront également captivés par la technologie.
En Suisse aussi, des créateurs commencent à s’occuper de la réalisation de films 3D. Cependant, l’avenir de la 3D en Suisse n’est pas encore défini clairement. Tout dépendra de l’acceptation au niveau de la clientèle jeune et surtout de la variété de l’offre disponible.

(SG) La 3D est un moyen de diffusion supplémentaire qui ne remplacera pas le cinéma 2D . Il y aura quelques salles équipées pour le relief dans les multiplexes et on y montrera certains types de films (animation, aventure, science-fiction) ; il y aura toujours des salles traditionnelles. Le relief peut par contre attirer un nouveau public, plus jeune !
L’animation nous (lui-même et son frère Guillaume) passionne car elle nous permet de créer de toutes pièces un univers qui nous est proche. Depuis toujours, nous avons construit des mondes miniatures, le cinéma est une continuité logique qui nous permet de leur donner vie. Le relief nous intéresse car il est bien adapté à l’animation. Aussi, après la visite du tournage de Coraline de Henri Sellick à Portland, nous avons vu pour la première fois des images de Stop-Motion (marionnettes) en relief. Cette magie nous a poussés à explorer ce nouvel outil.

(NMT) La 3D va être utilisée de plus en plus fréquemment. Mais on aura toujours besoin d’acteurs parce que c’est plus naturel et finalement moins cher…

(SL) La 3D va plutôt rester dans un marché de niche accessible à une catégorie d’adeptes. Je ne vois pas la 3D prendre le dessus du cinéma. Ils vont plutôt grandir en parallèle. Certains films, d’auteur et autres comédies, ne passeront jamais en 3D. Elle est devenue célèbre en raison de sa nouveauté, mais elle devra bientôt se standardiser. Néanmoins, le public a réagi au-delà des espérances. La médiatisation autour du dernier né « Monsters vs Aliens » a sans doute beaucoup aidé. Ce film raconte une histoire assez simple en soit mais l’effet 3D et toute la science fiction ajoutée lui donne une dimension nouvelle. Les salles ne se désemplissent pas malgré le surcoût de 4 francs par rapport au tarif normal.


Qu’apporte la 3D au cinéma du futur ?

(NB, CS) L’enjeu porte clairement sur le numérique : il est possible que le 3D accélère le phénomène de digitalisation des salles de cinéma. Un groupe de travail chargé d’étudier la question a calculé une enveloppe de plus de 10 millions pour la digitalisation des salles, car seules 20 salles sur 500 en Suisse sont équipées du numérique. Si la projection numérique et la projection de films 3D continue à croître, certains cinémas risqueront de devoir fermer leur porte, car le matériel requis pour projeter les films au format numérique est très cher.

(NMT) Je suis très contente de voir l’évolution du cinéma. Au début des années 1990, il n’y avait pas de film commercial en 3D. Le premier film à avoir utilisé cette technologie a été Jurassic Park et c’est lui qui a fait connaître la 3D. A l’époque, peu de laboratoires travaillaient sur la 3D. Maintenant tout le monde s’y met.

(SL) Pour le moment, la 3D est tellement normée et sécurisée que le piratage est impossible. Une clef de codage invisible, transmise lors du téléchargement des films sur le serveur 3D, permet de retracer tout dérèglement jusqu’à la source. Souvent, les problèmes de piratage commencent à la post-production !
Par contre, je rejoins la déclaration que les films en 35 mm sont appelés à disparaître. La plupart des films que nous diffusons sont numériques. 80% des films américains sont tournés dans ce format et l’Europe suit la tendance.

Si l’on s’interroge sur les limites éthiques de la 3D, qu’avez-vous envie de nous dire sur l’annonce parue Blog Marketing Web 2.0 et Techno selon qui  le « Porno en 3D: bientôt un classique dans le film adulte »

(SG)
Le porno s’est toujours emparé des nouvelles technologies (VHS, DVD, Internet, …) car c’est une industrie légère et rapide. Concernant le relief, ce n’est pas nouveau, si nous regardons les films réalisés dans les années 50, outre quelques films d’aventures ou d’horreur, la majorité sont des films érotiques… Il est donc naturel que le porno s’intéresse à nouveau au relief qui tend à créer plus de sensations.

Quels sont les outils de projection de la 3D ?

(SL) La projection en 3D nécessite deux éléments indispensables : un projecteur numérique et un serveur. Il faut compter près de 100'000 francs. Et si la salle de cinéma n’est pas déjà conçue à cet effet les coûts engendrés se calculent au triple.
Cap’ciné utilise le Xpand pour les projections 3D. Ce système est le seul sur le marché offrant une qualité optimale de l’image. Les lunettes fournies pour ce système coûtent environ 100 euros la paire. L’avantage de ce système réside dans le fait que l’on peut également l’utiliser pour projeter des films numériques standard.

Il existe sur le marché un autre système de projection assez connu, le RealD peu utilisé, car ce système est dit passif ; en effet, il est plus compliqué dans son application et il nécessite un écran métallisé. Cette toile d’écran ne peut être utilisée que pour la projection 3D. Le coût des lunettes est peut être moins cher, mais on perd sur la qualité de l’image.

Quels sont les principaux inconvénients des projections en 3D ?

(NMT) Certainement le fait de devoir porter des lunettes et le coût de production des films.

(SL) Pour l’avoir expérimenté : la 3D cause des malaises. On peut avoir un peu mal à la tête après 80 minutes de visualisation. Les films en 3D dépassent d’ailleurs rarement ce temps de projection. Je souligne que chaque œil est sollicité 20 à 30 fois par seconde en cours de projection. Il est donc normal qu’un cerveau adulte se fatigue un peu à la longue. Chose étrange, on ne remarque pas ce genre d’effets chez les enfants jusqu’à 7 ans, qui d’ailleurs ne font pas trop la différence entre la 3D et un film normal.

(SG) Techniquement, le relief est plus compliqué à mettre en œuvre. Il faut compter environ 15 à 20% de budget supplémentaire. Par contre il s'adapte très bien aux images virtuelles. Concernant la 3D virtuelle, cela s'améliore de jour en jour... on peut donc difficilement parler d'avantages et d'inconvénients; c'est un outil évolutif de plus en plus performant.


dossier préparé par:


Leila Bernasconi Zgheib, Tanja Bilanovic, Robin Bleeker, David Raphoz, Nicole Zamar Wild