La Troisième Dimension du Net | Avril 2009


La 3D repart à la conquête du grand public

Robes de soirées, smokings et lunettes polarisantes seront les accessoires indispensables pour regarder « UP », le film en 3D des studios Pixar, qui ouvrira cette année le festival de Cannes. Le regain général d’intérêt pour cette technologie, née de la photographie, enflamme producteurs et spectateurs. Mais l’industrie du cinéma n’est pas la seule en effervescence devant ces nouvelles possibilités. Tour d’horizon.

C’est le grand retour de la 3D. Et pas seulement au cinéma. La médecine, l’archéologie, l’architecture, l’industrie, les jeux vidéo et bien d’autres encore en font grand usage. Grâce à la 3D, l’information donnée à chaque œil est modifiée pour recréer mentalement une impression de réalisme tridimensionnel. Une simple image plate prend ainsi le volume du réel. Techniquement, si un effet de perspective ne peut être vu que par un œil, il faut que les 2 yeux soient parallèles pour visualiser la profondeur et dissocier les plans dans l’espace. Ainsi, tout réside dans la vision stéréoscopique, le cerveau se chargeant de recréer l’effet de volume en superposant deux images. 

De Léonard de Vinci…

Déjà, Leonard de Vinci enrageait de ne pas trouver la clef du relief. Mais le savant avait noté la nécessité de reproduire en parallèle la vision de chaque œil. C’est en 1838 que l’anglais Charles Wheatstone invente un appareil avec un jeu de miroirs permettant de réunir deux images en une : la 3D est née. La photographie, qui s’apprête à révolutionner le monde, s’empare de cette découverte. Ainsi des stéréographes vont devenir les témoins, au travers de leurs photos, de la vie du XXème siècle.

  …aux lunettes polarisantes

Les tentatives de créer l'illustion du relief se multiplient dès l'origine du cinéma. Edwin Porter est l'un de ces pionniers. En 1934, il propose un remake en 3D de « L'Arrivée d'un train en gare de la Ciotat ». La sortie aux Etats-Unis, en 1952, de « Bwana Devil », ouvre le premier Age d'Or de la 3D. La technologie utilisée ne survivra pas aux mauvaises conditions de visionnage et à l’équipement complexe requis pour la projection.
La Technologie IMAX 3D créée en 2000 sortira définitivement la 3D du marasme. Les spectateurs découvrent pour la première fois une image de qualité avec lunettes polarisantes.

Application

La 3D, sous forme virtuelle (modélisation, imagerie d’animation) ou stéréoscopique, est présente dans différents domaines et il est fréquent que l’une vienne côtoyer l’autre. Aujourd’hui, les trois axes de référence s’articulent autour de la science, l’industrie et la création.
Tableau 3D
La 3D a fait ses premiers pas dans la catégorie des sciences puis son centre de gravité s’est naturellement déplacé vers la création. Des ordinateurs toujours plus performants ainsi que l’ère du Web ont rendu incontournables les interfaces animées, colorées mais aussi personnalisées.

Blocs opératoires

La 3D a trouvé ses lettres de noblesses dans la pratique médicale. L’arrivée de cette technique dans les blocs opératoire, permet aujourd’hui d’effectuer des opérations très complexes en réduisant les risques (voir Article Libération).
Depuis peu, la possibilité d’étendre la visualisation de l’opération du seul chirurgien, armé de ses lunettes, à l’ensemble du groupe en salle permet une réactivité plus rapide voire anticipative, comme c'est le cas à la Clinique Beaulieu de Genève.
Cette technologie est également utilisée en médecine pour la pratique et la pédagogie. Elle sert à donner une meilleure vue d’ensemble ainsi qu’un apprentissage des gestes à accomplir lors d’une opération réelle.

Modélisation

Lorsque l’on parle de 3D dans l’industrie, il est surtout question de modélisation dite géométrique que l’on retrouve dans des logiciels tels que DAO et CAO. Les industriels n’ont donc plus besoin de construire une maquette. C’est un gain de temps et une économie de coûts. Avantage principal : le modèle peut être examiné et observé sans angle de restriction (donc à 360 degrés).
Parallèlement, et en exploitant la technologie au maximum, l’industrie peut procéder à des simulations très appréciées notamment dans des secteurs d’activité tels que l’aviation ou la marine.
Boeing a choisi le virtu-réel comme outil de préconception réduisant le risque en augmentant la productivité. La NASA a, de son côté, pu piloter la sonde Mars ROVER en conditions quasi réelles, grâce au procédé de visualisation développé par RealD PRO.

Visite virtuelle

Autrefois on faisait des plans avec des mesures au dixième de millimètre près. Aujourd’hui, des logiciels permettent de conceptualiser un établissement ou un objet en ayant un rendement volumétrique et également de le tester. La « 1 mile Tower », érigée actuellement à Dubaï, a fait l’objet de nombreuses modélisations et visualisations afin de tester ses propriétés mécaniques face aux tempêtes de vent et de sable du désert.
La personnalisation est aussi possible ! Il est si facile de changer d’habillage sur un ordinateur ! Grâce à ces moyens technologiques vous pouvez, non seulement choisir vos propres finitions – s’il s’agit d’une maison – mais en plus la visiter virtuellement comme si vous étiez déjà à l’intérieur !

En archéologie, la 3D virtuelle permet la reconstruction de sites selon plans. S'il s'agit de stéréoscopie, cela permet de montrer aux gens les profondeurs des bas reliefs par exemple. Effet qu'ils ne verraient pas en 2D.

Les sciences environnementales utilisent beaucoup ce procédé. La visualisation permet une compréhension rapide et aisée. A titre d’exemple citons les photos satellites du fond des océans ainsi que les mesures de fonte de la banquise.

Nausées et migraines   

C’est dans son application au cinéma que la 3D atteint son maximum de popularité en exploitant ce moyen pour toucher le grand public à un prix raisonnable. Les « Majors » ont flairé le filon en programmant un grand nombre de films utilisant cette technologie. Toutefois, les exploitants des salles de cinéma doivent s’équiper d’écrans stéréoscopiques, de deux projecteurs latéraux et fournir les lunettes stéréoscopiques aux visiteurs. L’équipement est élevé et la fourchette se situe entre 120'000 et 250'000 francs. Une somme que le Cinéthéâtre IMAX du Musée des Transports de Lucerne n’a pas eu peur d’investir. Malgré l’existence de tels films depuis plusieurs années, les exploitants tardent encore à faire le pas. Il a fallu qu’Hollywood réussisse à générer une demande du public pour que davantage d’exploitants s’y mettent. Ainsi, en Suisse romande, Fribourg a été la première ville à avoir inauguré une salle de cinéma en 3D. Lausanne et Genève ont suivi le mouvement depuis peu.



Depuis la projection de « Monsters vs Aliens » les jeunes apprécient la nouvelle technologie. D’autres films d’animation en 3D sont prévus sur la lancée. Ce n’est qu’avec « Avatar » de Cameron à fin 2009 que l’on pourra vérifier si la 3D ouvrira une niche importante dans le 7e art. Déjà, les premiers effets se font cependant sentir : une projection en 3D peut causer des nausées et des migraines. Et les personnes souffrant de toute forme de pathologie oculaire, excepté la myopie, ne peuvent visionner des films en stéréoscopie...

Mais c’est sur le net que la 3D voit de nombreux nouveaux débouchés dont la publicité. BMW et Mercedes ont conçu des spots permettant de découvrir le modèle de ses rêves en conduisant la voiture en virtuel. Enfin, les sociétés ont de plus en plus recours à la 3D pour se présenter et se démarquer.


Sources
Heritage-Virtuel
La 3D dans les systèmes interactifs
Les techniques de visualisation
NVP3D
Clinique Beaulieu
Article Libération

Illustrations
3dglassesonline
Cinema3D

Heritage-Virtuel
Zahlmann Tech


dossier préparé par:


Leila Bernasconi Zgheib, Tanja Bilanovic, Robin Bleeker, David Raphoz, Nicole Zamar Wild