Smartphones: Le monde au creux de la main | Decembre 2008


Les opérateurs français et suisses sont d'attaque

Les opérateurs en France et en Suisse ont tiré une expérience enrichissante de l’arrivée de l’iPhone. Désormais ils peuvent se préparer en vue du lancement du G1 de Google. D’autant que le futur de ce nouvel appareil est détonnant.

L’iPhone, un bouleversement? Le G1, une menace? La smartphone community se tribalise? Quelles réactions de la part des opérateurs mobiles?
Questions posées à 5 spécialistes du monde des smartphones:

  • Anthony House [AH], Google, porte-parole
  • Alexandre Itzkowitch [AI], SFR/Neuf Cegetel France, directeur Ile de France (responsable Division Entreprises)
  • Khadija Fadili [KF], Orange Business Services France, Senior Manager & Head of Operations
  • Christian Neuhaus [CN], Swisscom, porte-parole
  • Olivier Felder [OF], Swisscom, Strategy Manager

L’iPhone, un bouleversement?

[AI/SFR] L’arrivée de l’iPhone a relancé l’innovation et mis une pression terrible sur les autres fabricants de téléphone qui s’en tenaient à un rythme d’environ une nouveauté par an. Nous avons dû repenser d’urgence notre offre en donnant la priorité au grand public, alors que notre cœur de cible était jusqu’alors le milieu professionnel.

[CN/Swisscom] Nous avons été agréablement surpris par l'effervescence et le succès rencontrés par cet appareil. Pour la première fois, un appareil, simple d'utilisation, est parfaitement en adéquation avec le réseau très performant de Swisscom. Ceci n'est pas un classement, mais les appareils les plus demandés sont l’iPhone, le Nokia N96, le BlackBerry Bold, le Sony Ericsson X1 et le Samsung F480.

Etes-vous en train d’inventer une nouvelle façon de communiquer?

[AH/Google] Il y a aujourd’hui plus de 3 milliards d’abonnés qui possèdent un téléphone mobile. Ces derniers sont des ordinateurs sophistiqués qui ont un accès à Internet. Toutefois, la plupart des innovations pour des applications concernant le web sont destinés aux ordinateurs. Android – notre système mobile –  a l’intention de changer tout cela. En mettant ce logiciel à disposition, nous désirons «booster» l’innovation pour le seul bénéfice de l’utilisateur d’un téléphone mobile. Plus simplement, notre rêve c’est que la prochaine grande application – le futur YouTube ou FaceBook – soit élaborée pour des téléphones mobiles et non plus pour les ordinateurs.

Le G1, une menace?

[KF/Orange] Le G1 est à la fois un concurrent de l'iPhone et un complément, une sorte de petit frère, permettant, comme tout élément de concurrence sur un marché, de dynamiser l'innovation et le développement. Pour nous, il est une formidable opportunité de croissance: cet appareil dispose d'un énorme potentiel, rendant plus accessibles les services proposés et offrant également, à terme, grâce à Android, des accès plus libres à la programmation de nouvelles applications De nouveaux services, jusqu'ici inexistants, verront le jour pour le grand public. Plusieurs acteurs et types d'acteurs économiques tireront profit de la gratuité du G1. Il s'agit d'un nouveau modèle d’affaires, basé sur les services offerts, à des prix attractifs pour le grand public et les professionnels, mais dont des royalties sont perçues par les opérateurs, à savoir nous.

[CN/Swisscom] Dans un marché hétérogène tel que celui-ci, ces appareils ont certainement leur place dans le marché. Il n’empêche, couvrir toutes les attentes des clients avec un seul appareil est impossible.
 
[OF/Swisscom] Le G1 est un concurrent de l’iPhone de par ses fonctions multiples (téléphone, multimédia) et son utilisation (écran tactile). Il va toutefois se différencier par rapport à l’iPhone en offrant une plus grande souplesse pour intégrer des applications - hors Apple - et les besoins particuliers des clients. Google s’appuie également sur des partenariats pour le développement de ces applications avec des producteurs de téléphone portable (Samsung, LG, Motorola) et opérateur (T-Mobile, Telefonica).
 
[AH/Google] T-Mobile vend le G1 en Angleterre depuis le 30 octobre et devrait le commercialiser en Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas et en République tchèque en 2009. Le G1 est commercialisé uniquement par T-Mobile. D’autres fabricants dans l’Alliance Open Handset lanceront prochainement des produits basés sur le logiciel Android. 

La smartphone community se tribalise?

[KF/Orange] Nous ne voyons pas de «tribus» basées sur les appareils eux mêmes, mais sur les familles d'appareils. Il y a avant tout une segmentation à faire entre les PDA, smartphones, et «simples» appareils. Certes les utilisateurs de BlackBerry sont avant tout des professionnels mais les récentes modifications apportées à la gamme BlackBerry rapprochent ces utilisateurs des «addicts» de l'iPhone. La segmentation se fait plus d'un point de vue générationnel et financier que selon les catégories socio-professionnelles.  Ainsi, pour les  «jeunes» utilisateurs au fort pouvoir d'achat, le choix se porte sur des forfaits haut débit et autres services. A l'inverse, les seniors utilisent plus fortement les cartes prépayées ou de petits forfaits sans service additionnel.

Je pense que l'année qui va suivre sera une année charnière, notamment en raison de l'utilisation d'Android par d’autres constructeurs mais aussi du développement des services et applications rendus disponibles par ce système. Il demeure évident que le design de l'iPhone est un élément clef pour le cœur de sa «tribu». Le BlackBerry lui, tend à être avant tout un produit professionnel, tandis que le G1 risque d'être orienté essentiellement grand public, avec des innovations sur le plan des applications et des services offerts. Si l’on considère les points que je viens de mentionner, c’est le G1 qui devrait remporter la palme du meilleur produit... Quant à savoir si les utilisateurs vont en faire un objet culte, seul l’avenir nous le dira…

[AI/SFR] Attention! on a créé beaucoup de buzz autour de l’iPhone, mais ce n’est pas le best-seller. Certes, il a fait une belle percée rapidement, mais je vous rappelle que notre «flotte» est essentiellement professionnelle. Dans cette configuration, c’est le BlackBerry qui mène le bal, suivi par HTC. Le BlackBerry est aussi un outil de «loisir» facilement synchronisable. Il combine parfaitement l’utilisation professionnelle à une approche grand public. Par contre et d’après moi, l’iPhone n’a pas cet avenir pro: notre parc de PC français est essentiellement Windows, et les bugs de synchronisation de l’iPhone sur PC poseront forcément la limite de son utilisation professionnelle.

[OF/Swisscom] Pour l’iPhone, les fans d’Apple - et de ses produits - sont des consommateurs sensibles à la marque et aux innovations. Ils attachant de l’importance à l’utilisation multifonctionnelle du produit. Toutefois, l’iPhone, comme tous les produits d’ Apple, est basé sur un système «fermé». Seules les applications développées par Apple sont proposées sur l’iPhone. Ce qui ne permet aucune «customisation» plus poussée de son utilisation. La tribu des G1 est composée de fans de technologies, plus experts que les utilisateurs de l’iPhone. Ce sont des clients cherchant à intégrer et utiliser d’autres applications que celles proposées par Apple (celles offertes par les opérateurs par exemple). Quant au BlackBerry, ce sont des utilisateurs professionnels qui s'y intéressent, focalisés sur des fonctions comme la synchronisation d’agenda ou la fonction e-mail. Ces clients ne recherchent pas une utilisation de l’appareil pour surfer ou écouter de la musique.

Tendons-nous vers une globalisation ou une scission entre tribus?

[OF/Swisscom] Il est encore trop tôt pour le dire … A court et moyen terme, l’iPhone profitera toujours de son image de marque et le BlackBerry restera bien implémenté dans le monde professionnel. Comme tendance, il y aura les clients acceptant de consommer les standards imposés par Apple et d’autres recherchant plus de flexibilité qui s’orienteront vers d’autres systèmes ouverts, comme ceux proposés par Google. Le développement technique de la solution Google est déterminant dans l’évolution de cette tribu.

 

Quelles réactions de la part des opérateurs mobiles?

[AI/SFR] Il a fallu retravailler sur les forfaits «Tout illimité DATA», c'est-à-dire la réception de données telles que l’accès illimité à Internet, la TV en 3G, etc. Les clients iPhone n’étaient tout à coup plus intéressés par les forfaits téléphonie, seule la réception DATA importait.
 
[CN/Swisscom] L'introduction de l'iPhone correspond également au lancement de nouveaux plans tarifaires. La structure tarifaire évolue de voice, vers voice/data. La fonctionnalité la plus utilisée étant l’Internet mobile.


dossier préparé par:


Leila Bernasconi Zgheib, Tanja Bilanovic, Robin Bleeker, David Raphoz, Nicole Zamar Wild