L'argent virtuel n'a pas d'odeur | Mars 2008


Fiches techniques - Argent virtuel

Les monnaies virtuelles sensées circuler en circuit fermé font leur entrée sur le marché des changes. Des réglementations ont d'ailleurs été mises en place dans certains pays pour parer à toute éventualité de perturbation.

De l’hybridité des monnaies virtuelles

Les monnaies non officielles émergent à une vitesse folle. Elles ne peuvent cependant entrer en concurrence avec les devises nationales sous peine d’être interdites. Les monnaies virtuelles ne sauraient en effet être convertibles en monnaie nationale. Elles ne peuvent être ainsi utilisées que dans l’univers virtuel où elles sont nées.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la réalité est tout autre! Certes, le principe de non affectation est pour l’instant respecté, chaque monnaie étant rattachée à un univers persistant donné. Cependant, il n’en est pas de même du principe de convertibilité qui ne cesse d’être bafoué. Les sites de ventes aux enchères spécialisés ont d’ailleurs entraîné une transgression indirecte du principe de non convertibilité. De la vente de biens virtuels découle un taux de change entre monnaie virtuelle et officielle. En effet, dans leurs univers persistants respectifs, ces objets sont libellés en monnaie virtuelle.

Dans le même ordre d’idée, l’exemple le plus flagrant est celui de Second Life dans lequel un marché de change a été instauré. Du Linden Dollars peut y être acheté ou vendu et une politique monétaire est mis en œuvre par l’éditeur Linden Lab pour garantir aux utilisateurs une stabilité des cours. Par ces interventions ponctuelles sur le marché, cette société joue le rôle d’une banque centrale en créant un climat de confiance. Il s’agit de maîtriser le volume de Linden Dollars en circulation pour éviter la formation de bulles spéculatives susceptibles de perturber des économies nationales. Le montant des opérations de change est donc limité, des frais sont appliqués à chaque transaction et bien entendu le recours à la « planche à billet » est monnaie courante.

Des réglementations en émergence

Pour l’instant, la plupart des acteurs des mondes persistants ne se livrent pas à des activités lucratives. Mais si ce type d’activités continue à se développer, les opérations d’achat et de vente, portant sur de l’argent virtuel, pourraient faire peser un risque d’inflation ou de déflation sur les monnaies nationales. Tel serait le cas si une crise de confiance par rapport aux monnaies virtuelles survenait entraînant par la même une conversion massive en $ ou en €.

Ce type de scénario a déjà été anticipé par les législateurs de certains pays. En Corée, les transactions portant sur des monnaies virtuelles ont été interdites suite à certains précédents impliquant indirectement des sociétés de courtage comme Item Mania et Item Bay. Ces sociétés qui fournissent notamment de la monnaie et des biens virtuels ont profité de la multiplication des jeux de hasards dans les univers virtuels et de la pratique des vols massifs d’identité. Désormais, les sociétés de courtage procédant à des opérations de change monnaie réelle/monnaie virtuelle sont passibles d’amende. Ayant une contre valeur en devises virtuelles, les biens virtuels (personnage, armes, potion magique…) ont le même régime juridique. Cependant cette réglementation peut facilement être contournée par les intéressés qui peuvent toujours domicilier leur activité dans un pays étranger.

Pour gérer au mieux le risque de déflation que constituent les monnaies virtuelles à taux de change variable, la Chine a décidé de réglementer le fonctionnement des monnaies virtuelles. Le principe de taux de change fixe entre les devises virtuelles et la monnaie officielle a été instauré. Le règlement interdit également d’utiliser de l’argent virtuel pour acheter des biens n’appartenant pas à l’éditeur. Le succès de la société Tencent, leader des systèmes de messagerie instantanée en Chine, est à l’origine de cette réglementation. En lançant le Qcoin, monnaie virtuelle facilitant les paiements en ligne, cette société a indirectement alimenté toute une spéculation. Cette devise était disponible auprès des vendeurs en ligne à un cours inférieur à celui pratiqué par la Qbanque.

Sources :
http://www.vnunet.fr/fr/news/2006/11/27/vers-une-interdiction-commerce
http://grit-transversales.org/dossier_article.php3?id_article=237

Réalisé par Nicolas Candolfi


dossier préparé par:


Nicolas Candolfi, Christina Kitsos, Grégoire Pennone, Bao Thong On