Les nouveaux moyens de diffusion de la musique | Juin 2007


Trucs et astuces pour «star» en devenir

Si tu veux devenir une star, ces règles tu respecteras ! Suivez le guide dans cette nouvelle fabrique à succès et devenez l’idole des jeunes…

Premier commandement : qualité plutôt que quantité privilégieras

Grands amateurs de Rythm’n Yodle, les E-sens Five se réunissent tous les week-ends dans un garage pour faire vibrer à l’unisson leurs cordes vocales et leurs cors des Alpes. Après quelques mois d’entrainement, leur répertoire comporte maintenant deux morceaux qui les remplissent de fierté, «YoutzeTube» et «AlpenMule».

Nos compères savent qu’ils peuvent dès à présent affronter le monde sans avoir à composer péniblement dix titres supplémentaires.

Grâce à l’Internet, ils pourront présenter leurs créations sans avoir à respecter impérativement les contraintes de volume liées à la gravure d’un album, ce qui leur laissera le temps de peaufiner leurs nouvelles créations. En effet, ils savent qu’un seul titre a suffi à faire connaître de nombreux groupes découverts sur Internet. Ils savent aussi que les consommateurs privilégient de plus en plus le téléchargement de morceaux et non plus des albums entiers sur les grands sites de vente en ligne de musique et non plus un album entier.

Deuxième commandement: de la compression, largement useras

Les E-Sens Five disposent d’un studio d’enregistrement à la pointe de la technique : quelques micros et un pc ! Ce qui, il y a à peine 20 ans, nécessitait des investissements colossaux se résume aujourd’hui à l’usage de microphones de qualité, d’un ordinateur équipé d’une table de mixage virtuelle et d’un système d’enregistrement numérique. Après enregistrement et mixage, nos compères disposent maintenant de fichiers informatiques lourds mais parfaitement fidèles aux moindres nuances de leur œuvre.

Un premier compromis s’impose alors : comme la graine de pissenlit se dépouille de tout le superflu pour s’envoler et essaimer, nos deux futurs tubes planétaires vont devoir subir une cure d’amaigrissement pour s’envoler à travers le réseau des réseaux et conquérir les oreilles des mélomanes.

Depuis la fin des années 90, la méthode de référence s'appelle le MP3. Ce format de compression est toujours le plus en vogue, même si nombreux sont les puristes qui lui reprochent de détruire certains éléments peu perceptibles du son. Un débat déjà amorcé lorsque le CD avait supplanté le vinyle, et qui prend aujourd’hui une actualité nouvelle avec l’augmentation permanente de la capacité des bandes passantes et du stockage. Pourtant, alors que la compression d’images et de vidéos profite chaque jour des nouvelles technologies de compression, le MP3 poursuit sa domination, preuve s’il en faut que nos oreilles sont moins sensibles que nos yeux.

Bien sûr, les E-Sens Five pourraient choisir de compresser leurs deux tubes en d’autres formats. Si les formats propriétaires de Windows Media Player ou d’Apple (AAC) font à peine mieux sur le plan qualitatif, il existe des alternatives peu ou pas destructives, telles le format FLAC (Free Lossless Audio Codec), Vogg Orbis ou Monkeys Audio (APE) qui bénéficient de licences GPL.

Reste que nos musiciens recherchent avant tout la notoriété. Des fichiers techniquement parfaits mais illisibles par la plupart des lecteurs ou nécessitant des heures de téléchargement ne contribueraient pas à l’atteinte de leurs objectifs. Le MP3, même imparfait, est léger et compatible avec l’immense majorité des lecteurs musicaux. De plus, l’encodage en MP3 peut être réalisé gratuitement au moyen d’un logiciel tel que LAME, considéré comme l’un des meilleurs du genre.

Troisième commandement: tes droits d’auteurs garantiras

Nos musiciens savent parfaitement que la loi sur les droits d’auteur protège leur création jusqu’à 70 ans après leur décès et ceci sans aucune procédure d’enregistrement.

Néanmoins, ils choisissent de s’enregistrer auprès de la SUISA qui, pour une participation unique de CHF 100, se chargera de récolter les droits sur la diffusion de leurs œuvres, en Suisse et à l’étranger.

Ils bénéficieront ainsi d’un service complet sous forme d’un contrat de gestion de leurs droits et s’épargneront dès lors de longues et pénibles tracasseries.

Quatrième commandement: tes titres généreusement distribueras

Voici donc nos deux productions musicales réduites à l’état de fichiers de quelques mégaoctets, prêts à être disséminés aux quatre vents. A l’instar du pissenlit qui répand généreusement ses graines, ils savent que leur musique doit être diffusée le plus largement possible pour avoir une chance d’atteindre les oreilles de ceux qui leur amèneront la gloire.

Nos E-Sens Five vont placer judicieusement leurs morceaux sur quelques sites de référence, se souvenant que leur idole, la chanteuse Lorie, connut la gloire en 2001 grâce à une chanson déposée sur un site musical.

Commençons par Myspace, l’espace de partage de référence, le premier site du Web avec 90 millions d’utilisateurs en 2006, 187 millions aujourd'hui selon la publicité du site. Une zone du site est entièrement consacrée à la musique. Myspace permet de construire un véritable mini site personnalisé. Les E-Sens Five peuvent décrire leur historique, leur actualité, poster des photos de leurs membres, annoncer leurs concerts.

Un lecteur intégré assure la diffusion de 4 clips musicaux au maximum, soit en streaming, soit en téléchargement, si nos amis souhaitent favoriser la diffusion maximale de leurs premiers titres. 

Cinquième commandement: ton site soigneusement entretiendras

Il peut sembler inutile de le rappeler tellement ce réflexe semble aujourd’hui évident, mais un bon site constitue le cœur de toute stratégie de communication. Pour nos jeunes musiciens, le site Internet sera aussi le premier moyen de diffusion musicale, puisqu’ils pourront y placer leurs fichiers MP3 fraîchement créés, mais aussi les vidéos de leurs répétitions, un forum de fans et, bien sûr, les liens vers les sites de leurs amis, en échange d’une réciprocité de bon aloi.

Le site du groupe sera aussi le lieu où il annoncera ses concerts et où un forum hébergera les commentaires laudatifs de ses fans. Son contenu servira de matière première pour les mini sites, tels que celui de Myspace.

Sixième commandement: de la vidéo t’accompagneras

Depuis l’invention du clip vidéo, la musique et l’image sont devenues indissociables. Youtube offre une plateforme d’une puissance inouïe, avec ses 30 millions de visiteurs uniques mensuels.

Les E-Sens Five ont tout intérêt à en profiter, en y postant le film de leurs premières répétitions, un document émouvant dont le caractère historique déclenchera, avec un peu de chance, des millions de visionnements. Pour augmenter leurs chances d’accéder à la gloire, ils peuvent aussi uploader un clip vidéo original de leurs deux titres phares. S’ils font preuve de suffisamment de créativité, leur clip sera peut-être importé sur des blogs personnels et  rendu disponible depuis de nombreuses pages Internet .

Septième commandement: de bons amis t’entoureras

Comme dans la vie professionnelle, le réseautage prend tout son sens dans la construction de la carrière musicale d’E-Sens Five. Youtube, dont nous avons parlé ci-dessus, dispose d’un système de friends. Celui-ci permet de construire un réseau d’amis musiciens particulièrement utile pour nos jeunes artistes qui pourront, peut-être, compter dans leurs friends des noms de groupes ou de musiciens prestigieux.

De fil en aiguille, certains bloggeurs musicaux célèbres, tels que Dan Beirne ou Ryan Schreiber pourront tomber sur les œuvres de nos musiciens et en vanter les mérites dans leurs colonnes virtuelles. Il est aussi possible pour nos musiciens de forcer le destin en leur envoyant leurs œuvres par e-mail, tout simplement.

Ils peuvent et doivent aussi ne pas hésiter à tenter leur chance sur le site mx3.ch, une plate-forme musicale de DRS3, Virus, Couleur3, Rete3 et Radio Rumantsch. Selon le site, « es musiciens y présentent leurs morceaux aux rédactions musicales et au reste du monde. Les fans, organisateurs et labels peuvent aussi s’y inscrire et partir à la découverte de la création musicale suisse. ». Chaque mois, plus de 100'000 personnes en moyenne consultent ce site.

Enfin, afin de mettre toutes les chances de leur côté, les E-Sens Five consacreront toute leur énergie à attirer l’attention des rédacteurs musicaux de la presse écrite, telle les Inrockuptibles, qui consacrent de plus en plus régulièrement des rubriques entières aux découvertes du Web.

Huitième commandement: les concerts privilégieras et une petite rondelle graveras

Les E-Sens Five n’oublient pas qu’avec la chute des revenus de l’industrie discographique, les concerts représentent la plus grande source de rentrées des musiciens, mais aussi une formidable source de notoriété. Ils ont donc organisé une grande tournée, annoncée sur leur site Internet et sur MySpace. Ils y déposeront régulièrement les vidéos de leurs concerts, tandis que leurs fans posteront leurs reportages amateurs des coulisses des spectacles sur YouTube.

Les concerts seront aussi l’occasion de vendre quelques CD de leurs nouveaux morceaux, CD qu’ils auront gravés eux-mêmes en attendant qu’un label prenne conscience de leur immense potentiel. Les E-Sens Five savent qu’une grande partie de leurs ventes d’albums passera toujours par les concerts.

Neuvième commandement: Les labels ne snoberas pas

Nos jeunes musiciens ne font pas l’erreur de penser qu’ils peuvent rester indépendants et devenir célèbres. L’appui d’un label sera indispensable pour leur ouvrir les portes de la gloire, même si celui-ci prélèvera une bonne partie de leurs revenus, sur les ventes d’albums comme sur les téléchargements légaux.

A défaut de ceux des grandes Majors, d’innombrables labels indépendants peuvent leur ouvrir les portes de leurs réseaux commerciaux et artistiques. Etre « signé » par un label reste une des clefs du succès, même à l’heure de l’Internet.

Dixième commandement: radin, progressivement deviendras

Ca y est, les E-Sens Five ont signé avec un label prestigieux, qui va produire leur premier album ! Il est temps de devenir productif. Le succès arrivant, il faut progressivement renoncer à distribuer ses chansons gratuitement sur le Web. De nombreux sites commerciaux vont se charger de proposer les tubes de notre groupe en téléchargement payant. Le CD du groupe sera vendu en ligne, mais aussi par les enseignes de la distribution. Il faudra surveiller attentivement certains distributeurs, dont la politique en matière de vente et de reprise de disque donne à penser à certains spécialistes qu’il s’agit plus d’une manière de générer du trafic en magasin que de réaliser du chiffre d’affaire sur la vente des albums.

Il faudra également supprimer les possibilités de téléchargement sur Myspace, en se contentant de proposer du streaming audio sur tout ou partie des nouveaux morceaux.

Il faudra se préoccuper de la montée en puissance des Blogs Radios qui génèrent des playlists en streaming, profitant du flou juridique qui entoure la question.

Il faudra enfin considérer le support CD comme une œuvre à part entière, dont le contenu musical n’est qu’une composante, afin de générer une nouvelle dynamique d’achat. Le CD des E-Sens Five sera une oeuvre artistique complète, de la pochette au contenu multimédia, en passant par un incontournable booklet de présentation.

Finalement, il faudra accepter avec une saine distance les téléchargements pirates sur les logiciels de Peer to Peer, en se disant que c’est là une forme de rançon de la gloire, un phénomène probablement impossible à juguler et, surtout, le fait d’individus qui, de toute façon, n’achèteraient pas de musique s’ils devaient la payer!

 

Réalisé par François-Xavier Mousin.


dossier préparé par:


François Longchamp, François Xavier Mousin, Pierre Nicolas, Emmanuel Tamchès, Vladimir Velebit