Les nouveaux moyens de diffusion de la musique | Juin 2007


L’Internet, une fabuleuse fabrique de «star»

A travers les expériences de divers groupes, découvrez les coulisses d’une vraie révolution. Aujourd’hui les internautes ont le pouvoir et les Majors ne sont plus surpuissants. Comment le «peuple» élit-il ses nouveaux rois de la musique via le Web?

The Favez

the favez
© The Favez

«Favez représente ce que le vivier rock de la Suisse peut proposer de mieux. La qualité de sa musique, réduisant considérablement le fossé entre les scènes européennes et américaines, fut confirmée par sa signature chez Doghouse il y a maintenant quelques années. Depuis, le groupe suit sa route, s'impose de plus en plus comme une figure incontournable de la scène émo européenne...» Bokson, 2003

Favez, nom tiré du héro du film « Le Mans » avec Steve MacQueen, est un groupe de rock puissant, solide et  expérimenté, de Lausanne. Il est composé de Chris Wicky, chant et guitare, Guy Borel, guitare, Yvan Lechef, basse et Fabrice M. à la batterie.

Initialement formé en 1990 sous le nom de Favez Disciples, ils ont vécu directement l’apparition du Web et la mutation que cela implique.

Ce groupe, parmi les plus doués de Suisse romande, ne s’est jamais laissé dicter ses principes. Il n’hésite pas à se montrer virulent, même à l’égard des puissants organisateurs comme le Paléo où ils se sont produits en 2003 et s’étaient exprimés librement en osant certaines critiques sur le système et la démesure dans un article paru dans la presse grand public. Cet esprit d’indépendance est essentiel pour eux. Ils trouvent leur alter ego sur l’Internet, place de liberté absolue.

D’abord chez Dirty Alternative Beat (label lausannois), ils ont eu l’opportunité de rejoindre dès 1999 un label américain réputé sur ce créneau, Doghouse, et Stickmann pour l’Europe.

Ces labels disposent de sites Internet complets, entre autres avec une rubrique « shop ». Pour tout groupe, figurer au sein de labels réputés multiplie leurs chances de succès et de ventes directes.


Le référencement sur le Web

Une recherche sur le Web nous confirme un excellent référencement, puisque favez.commyspace.com, youtube.com et un certain nombre de «viennent ensuite» comme blogmusik.net, emusic.com, music.yahoo.com, allmusic.com apparaît en tête de liste sur google ou dogpile, est bien positionné sur Ces sites proposent tous de découvrir leur musique, soit par des téléchargements MP3 ou des vidéos. En peu de clics, le public découvre Favez, leur histoire, leur personnalité et leurs créations. Une accessibilité large et prometteuse pour ce type de groupe indépendant.


Les bénéfices que Favez peut tirer du Web:


  • plateforme de diffusion et de distribution hors frontières ;
  • indépendance ;
  • liberté d’expression ;
  • public élargi ;
  • liens créés et démultipliés ;
  • communauté de rockers.

«…Cela fait 13 ans que vous jouez. Quels changements majeurs avez-vous remarqué pendant ce laps de temps? Internet évidemment. La scène est devenue plus forte, plus grande, moins fragmentée, moins snob et citadine. Presque que du positif!»  Bokson, 2003


Quelques chiffres-clés

  • 8 albums.
  • Vente du dernier album : 2'000 exemplaires en Suisse à ce jour.
  • Amis sur myspace.com : 2'084.



Rétribution des groupes

En général, les groupes touchent jusqu’à 8% des produits par disque (avant frais de distribution), stipulé dans les contrats d’artistes, dans le cas où  la maison de disque prend les frais d’enregistrement et autres avances à sa charge. Ou alors, en cas de contrat sous licence, ils peuvent percevoir entre 16 et 20%, mais les frais de production et autres frais (tournée etc.) sont entièrement à la charge du groupe.

Les ventes en concert représentent jusqu’à 30% des ventes totales pour Favez, d’où l’importance des tournées.

A noter que les maisons de disques ont dû adapter leurs contrats, qui ne sont plus seulement basés sur les ventes de vinyles et de CD, mais aussi sur les titres téléchargés indépendamment. Celles-ci revendent leurs droits à des sites comme itunes.com, puis déduction faite des frais de cartes de crédit, versent 70% au label, dont la moitié reviendra au groupe. Ce qui, au final, laisse peu de bénéfices pour des groupes de moyenne dimension.

A en juger par le nombre d’échanges, de recommandations  et de liens qui partent ou viennent sur favez.com, ce groupe a su tisser sa toile et utilise très bien les outils multimédia actuels. Plutôt que de rechigner contre les travers du Web, nous ressentons une forte implication de Favez pour la défense d’une certaine indépendance musicale, ce qu’ils ont revendiqué dès le début. Leur message et leur musique ne font qu’un, tout comme une certaine solidarité qui est générée par la connivence entre ces groupes issus d’une même région et véhiculant des valeurs similaires, comme Chewy, Houston Swing Engine, Pendleton, Magicrays etc.

Avec le Web, la scène rock romande s’exporte au-delà des frontières et des océans. Favez en constitue un bel exemple. Les tournées les ont amenés au Japon, aux Etats-Unis, en Angleterre, Italie, Hollande, Allemagne, Autriche, Danemark, Suède et Norvège, entre autres.

Une longue route qui les a mués en rockers éprouvés, mais sans connaître encore la gloire qui met à l’abri du besoin, d’ailleurs ce qu’ils ne recherchent pas après tout. Indépendants jusqu’au bout.

Nos remerciements à Christian Fighera, Manager du Groupe pour ses compléments d’information.


Clap Your Hands Say Yeah

Impossible de traiter de la musique sur le Web sans s’attarder sur le phénomène « Clap Your Hands Say Yeah » (CYHSY). Ce groupe, désormais connu du grand public, a en effet très largement profité des nouveaux moyens de diffusion de la musique pour se faire connaître. Nous réalisons avec cet exemple toute la puissance de l’Internet. Tout se passe en effet très rapidement (quelques jours) et les auditeurs potentiels sont en nombre conséquent. Il ne manque qu’une étincelle pour lancer le webbuzz (ndlr : effet boule de neige du « bouche à oreille » sur l’Internet).

Le groupe, composé d’Alec Ounsworth, Robbie Guertin, Lee Sargent, Tyler Sargent, Sean Greenhalgh, commence sa carrière en 2003. A cette époque, les membres de CYHSY, basés à New York, vendent quelques albums lors de petits concerts. Leur galette est alors autoproduite et pressée en petite quantité.

C’est en 2005 que tout bascule. En effet, cette année-là, Dan Beirne, blogueur MP3 (ndlr : personne tenant un blog musical, postant sur celui-ci des fichiers MP3) découvre par hasard le groupe. Il fut tout d’abord intrigué par le nom original du groupe, alors qu’il partageait un fichier musical sur Internet. « Le nom de ce groupe m’attirait et me repoussait en même temps, il fallait donc je le découvre » peut-on lire sur son blog. Il tombe sous le charme. Il décide alors de poster, le 9 juin 2005, un des morceaux de CYHSY sur son blog. C’est le buzz immédiat !

Ce sont d’abord d’autres blogs qui parlent de Clap Your Hands Say Yeah, relayant l’information de Dan Beirne. Puis, le 14 Juin 2005, Ryan Schreiber, de pitchforkmedia.com, écrit un article élogieux à propos de CYHSY, s’inspirant lui aussi de l’écho de l’article de Dan Beirne. Il se trouve que c’est pitchfork qui, quelques temps auparavant, lance « The Arcade Fire », groupe mondialement connu et reconnu. Quelques temps plus tard, David Bowie et David Byrne (ndlr : membre de « Talking Heads ») sont repérés à des concerts de CYHSY et cette information circule très rapidement sur le Net. Le succès ne se fait plus attendre.

Toujours en 2005, le groupe reçoit la récompense « Hot New Band » du Rolling Stone Magazine. Les CYHSY signe le 3 octobre 2005 avec Wichita Recordings, label de Bloc Party, Yeah Yeah Yeahs et Saul Williams.

En l’espace de quatre mois, Clap Your Hands Say Yeah passe du statut de parfait inconnu à celui de superstar, des petites salles de concert New-Yorkaises aux tournées internationales, des ventes sous le manteau à la grande distribution. Et tout ça grâce au Net, ses réseaux, son implacable réactivité.

Leur premier album, pressé originalement à 2000 exemplaires, s’est vendu à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Et le deuxième album « Some Loud Thunder », en vente depuis janvier 2007, se vend très bien.

 

Réalisé par François Longchamp et Pierre Nicolas.


dossier préparé par:


François Longchamp, François Xavier Mousin, Pierre Nicolas, Emmanuel Tamchès, Vladimir Velebit