Le Web révolutionne la télévision | Mai 2007


Quatre experts, quatre interviews!

Quatre personnalités se confient: Philippe Mottaz, expert indépendant, Alberto Chollet de SRG SSR idée suisse, Bernard Rappaz de tsr.ch et Arthur Mayrand de France Télévisions Interactif. Quelles sont les technologiques de la Web TV? Comment la Web TV va nous changer? Que deviendra la télévision traditionnelle? A la lecture de leurs réflexions projetez-vous dans l’univers de la Web TV. Rien de tel pour commencer à apprivoiser ce nouveau média.

Interview de Philippe Mottaz sur les nouvelles formes de télévision sur Internet (Web TV)

Philippe Mottaz est fondateur et directeur de anyscreen sàrl, une entreprise spécialisée dans la production et le conseil dans le domaine des médias et du multimédia. En parallèle, il poursuit une activité de journaliste, conférencier et chroniqueur. Au sein de la TSR, il a occupé la fonction de directeur de l’Information et de rédacteur en chef du téléjournal avant de prendre la direction de i-tsr, pôle des nouveaux médias de la TSR.

Que faut-il comprendre par web tv ?

La Web TV est aujourd’hui assurément encore un laboratoire qui correspond au développement que nous observons dans le domaine des média. Plus spécifiquement, la Web TV fait l’objet d’une recherche portant sur la distribution de contenu, amateur ou professionnel, traditionnel ou moins traditionnel, à travers des plateformes qui offrent l’avantage de pouvoir accéder à ce contenu de la manière dont j’ai envie et au moment ou j’en ai envie. Il est possible de naviguer à travers ce contenu en consultant que l’un ou l’autre des segments tout en disposant de la faculté d’interagir avec ceux qui le regardent avec moi.

Quelle répercussion sur la diffusion?

La télévision est en train de basculer dans le monde de l’Internet, de l’interactivité et de l’IP. Ce basculement fait que la télévision s’éloigne des schémas de distribution traditionnels avec des diffuseurs qui avaient jusqu’à ce jour l’habitude de diffuser un contenu à une heure donnée. Désormais il est possible d’accéder à du contenu au moment voulu indépendamment de l’endroit où l’on se trouve tout en partageant ce plaisir avec d’autres à travers une communauté sur le réseau.

Quels sont les business modèles de ces nouvelles formes de télévision sur le web?

Pour commencer, il faut dire que le business modèle de la télévision traditionnelle est assez exceptionnel. Il est exceptionnel parce qu’il se construit autour d’un contenu très fédérateur qui draine par définition une audience importante. Je fais référence à ce fameux prime-time télévisuel qui est très séduisant pour les annonceurs. Cela a pris 50 ans pour mettre en place ce système, mais on y est arrivé. Le modèle d’affaires de la télévision repose aujourd’hui donc sur un principe relativement simple, mais qui s’est totalement sophistiqué. On le voit aujourd’hui notamment avec les grands événements mondiaux, notamment sportifs, qui marchent très fort. La grande force du modèle de télévision traditionnel, qui a prévalu jusqu’à ce jour, consiste dans le fait qu’il est possible d’ajouter des téléspectateurs sans coûts supplémentaires au niveau de l’infrastructure. Autrement dit, plus il y a de téléspectateurs, plus il y a de revenu généré par la publicité et moins la charge des coûts est importante.

Ce modèle est en train de disparaître parce que la télévision traditionnelle n’offre pas cette souplesse du réseau Internet dont les téléspectateurs sont de plus en plus demandeurs.

La grande difficulté du modèle d’affaires qui finira par émerger de la télévision sur IP consiste dans le coût qui croît en fonction du nombre de consommateurs. Il est nécessaire d’ajouter des serveurs, de la bande passante et une infrastructure supplémentaire avec chaque consommateur additionnel. Ceci est un modèle économique complètement différent qui appelle un modèle d’affaires complètement différent. Il y a plusieurs tentatives pour répondre à ces nouveaux schémas économiques. Prenons pour exemple deux modèles bien distincts qui sont YouTube et Joost. YouTube c’est le modèle relativement traditionnel du web avec une infrastructure très chère puisqu’on offre à l’utilisateur la bande passante quand simultanément il visionne les clips qui sont sur le serveur. YouTube devra par conséquent mettre de la publicité sans vraiment savoir comment les utilisateurs vont apprécier cette intrusion. Il y a le risque en effet que cela leur rappelle très singulièrement le modèle de la télévision traditionnelle. Malgré ces mesures, il apparaît pour certains que ce modèle est intenable dans la durée parce que cela va coûter beaucoup d’argent de devoir distribuer ce contenu gratuitement. De l’autre côté il y a le modèle de Joost qui cherche à éviter ce problème du coût de la bande passante. Joost utilise une technologie peer-to-peer comme le font Skype, Kaaza, Napster et BitTorrent. Dans ce cas, il n’y a pas de coût de distribution et il est possible de mettre du contenu fédérateur et de qualité sans problème d’illégalité en ajoutant de surcroît une interface interactive. Ainsi, on a le meilleur de tous les mondes en évitant le grand obstacle du départ qui est celui du coût de distribution.

Comment faut-il envisager la confrontation de ces modèles?

Nous ne nous trouvons plus dans un monde dans lequel on gagne ou on perd. Il est possible d’avoir pendant un moment la suprématie et puis soudainement on ne la plus. Les modèles peuvent par la suite se mélanger. La règle de jeu aujourd’hui consiste effectivement à dire que la durée de vie d’un produit ou d’une technologie est tellement brève qu’on ne peut procéder que par aménagement successif. Je ne pense pas qu’il y aura un acteur majoritaire parce que, encore une fois, ces phénomènes durent autant qu’ils durent. On constate que par exemple Google qui est un acteur singulièrement majoritaire commence gentiment à se remettre en question dans certains domaines. C’est la même chose pour Microsoft qui commence à avoir de très grands problèmes notamment face à Apple sur le marché de la télévision. Ceci dit, il y a certainement des entreprises qui vont devenir influentes et importantes. Mais si je devais aujourd’hui miser soit sur YouTube soit sur Joost, je m’engagerais de préférence au côté de Joost.

Quels devraient être les stratégies des télévisions traditionnelles?

Les télévisions traditionnelles doivent comprendre ce monde. Elles commencent à le comprendre en investissant ces plateformes de distribution avec leurs contenus qui valent tout de même très cher. Finalement, on a toujours le même nombre de contenu qui sont produits par les professionnels. Fondamentalement, il n’y a pas beaucoup plus de studios et de créateurs qui font des films, mais par contre il y a une explosion des plateformes de distribution. Ceux qui font du contenu de qualité se retrouvent plutôt dans une situation favorable. Qui ne veut pas diffuser la série « Desperate Housewives » ? Les producteurs et réalisateurs de « Desperate Housewives » se retrouvent indéniablement dans une position confortable. Si les télévisions traditionnelles en tant que diffuseur jouent bien leurs cartes dans le cadre des accords qu’ils concluent avec leurs partenaires pour être sur ces nouvelles plateformes, c’est une bonne chose.

D’autre part la nature même de la télévision traditionnelle est en train de changer. Les événements diffusés en direct qui sont très fédérateurs tels que les Jeux Olympiques et la Coupe du monde de football, vont rester très prescripteurs sur les écrans de télévision, de surcroît s’ils passent à la haute définition. Cette technologie de la haute définition n’est d’ailleurs pas faisable sur l’IP. De plus, les télévisions traditionnelles devront mettre l’accent sur les thématiques et les contenus de proximité. N’oublions pas que malgré la globalisation de ce monde, le téléspectateur a finalement besoin d’un contenu qui parle de lui, de son histoire et de la société dans laquelle il évolue.

Quel sera dans l’avenir le business modèle des télévisions traditionnelles?

Le business modèle sera le même qu’avant. Il sera basé sur le modèle publicitaire avec certainement une augmentation des coûts du spot publicitaire sur l’événement sportif. Il suffit de prendre l’exemple du fameux spot publicitaire du Super Bowl, la finale du championnat de football américain, avec le bloc publicitaire télévisuel le plus cher au monde. Donc il y a aura une augmentation des coûts autour de tels événements publicitaires parce qu’elles garantissent une forte audience. Ce modèle continuera donc à exister, mais sera décliné sur plusieurs plateformes. Les télévisions ont en effet des droits et des contenus qui sont intéressants à exploiter. Il suffit de penser en Suisse à l’opérateur Bluewin TV qui va acheter à la SSR du contenu dans le cadre d’une négociation et d'un acte de vente qui devraient satisfaire les deux parties, mais très certainement la SSR. Il y a donc pour les télévisions traditionnelles une capacité de générer du revenu par la vente, la distribution et le licensing de produits sur d’autres plateformes.



Réalisé par André Brice

Interview d'Alberto Chollet concernant la position de la TV traditionnelle face à la Web TV

Alberto Chollet est né en Suisse, à Lugano, où il a suivi ses études. Après avoir terminé une formation supérieure à l’université de Bologne (Italie), il a travaillé comme journaliste indépendant pour la presse et par la suite, pour la TSI (Televisione svizzera di lingua italiana). Il fut ensuite nommé responsable de la production de fiction pour la TSI. Actuellement, il est responsable des Affaires générales TV pour la SRG SSR idée suisse à Berne.

Avec l’évolution des technologies et l’émergence des nouvelles TV à travers le Web, quelles menaces pèsent actuellement sur les TV dites «classiques»?

Il faut probablement commencer avec ce mot «menace», en le prennant en tant que tel, on pourrait s’attendre au pire. Je suis plutôt optimiste, et en travaillant à la télévision, on ne peut pas parler de «menace», mais plutôt d’évolution.

Quant on parle de contenu et de technologie de distribution, les personnes s’occupant de «télévision» seront toujours en mesure de gérer ce qui évolue avec le temps. Il y a quand même une chose à laquelle il faut faire attention. Ces dernières années, les progrès sont rapides et se font de plus en plus vite dans le domaine des médias.

Quels progrès sont donc envisagés?

On doit se concentrer sur l’importance de la qualité – nous sommes actuellement en préparation du lancement d’un satellite haute définition (HD) - et on voit que même avec les possibilités technologiques utilisées par la concurrence, l’offre n’y répond pas encore.

Donc, d’un côté on a cette évolution vers la WEB TV, la TV sur mobile, etc., qui sont de bonne qualité mais sur de «petits» écrans, et de l’autre, il y a la HD avec le plaisir de regarder un spectacle à la maison, dans son canapé, en famille, tous ensemble. Cet aspect là restera et il sera donc nécessaire de différencier les offres selon les horaires et selon les envies, donc selon l’utilisateur. Il faudra aussi permettre une diffusion plus individuelle, mobile, «always connected», mais aussi offrir d’autres possibilités, telles que celles du «rendez-vous», des horaires précis et du rassemblement avec d’autres personnes autour d’un événement télévisuel.

Quelle évolution préconisez-vous pour la télévision classique dans ce nouveau paysage technologique à court, voir moyen terme?

La télévision classique ne sera plus la même évidemment. Elle évolue aussi avec son temps. C’est un système en soi et si on y change un élément, par exemple technologique, il faut adapter son offre avec les autres éléments restants. Par exemple, si on prend la grille des programmes, à savoir que quelqu’un établit à quelle heure et comment nous devons regarder les programmes, on pense surtout au spectacle et à l’information classique que l’on offre. Le contenu de la télévision classique sera toujours dans « l’entertainment », dans l’information, l’accompagnement, la formation et à des horaires et des formats différents. Je pense par exemple qu’une bonne possibilité d’offrir de la fiction est seulement possible à la télévision. On peut s’amuser à regarder un film sur un téléphone portable, mais je ne sais pas combien de fois on répétera cette expérience.

Nous pouvons parler de révolution ou de crise pour la TV?

On a parlé par le passé, de grosse crise dans le cinéma, mais on voit aujourd’hui qu’il résiste. Car il y a cette dimension spéciale qui en fait un spectacle meilleur que ce qui est offert par la télévision en terme de format, de qualité d’image et de bande sonore.

Donc comme toutes les choses qu’on a vues, non seulement avec l’évolution des technologies, mais de l’art aussi, il y aura toujours quelque chose de nouveau qui arrivera et ceci, sans pour autant effacer ce qui précède. La télévision évoluera selon ces mêmes mécanismes. C’est le cas pour le théâtre face au cinéma, mais aussi face à la télévision par exemple. On voit qu’il y a eu des intégrations : la télévision à réinventé le théâtre en faisant de la sitcom. Il y a des évolutions et des formes qu’on ne peut pas encore imaginer, mais qui résisteront et qui seront toujours présentes, si l’utilisateur en veut évidemment. Et ceci sera à vérifier avec le temps.

Comment se positionne la SSR face à la WEB TV?

Pour le moment nous sommes clairement dans une position d’offre de service « added value » (valeur ajoutée). C’est-à-dire qu’au delà de la télévision et de la radio classique, nous avons commencé à faire évoluer cette offre grâce à l’utilisation du Web. Cependant, notre priorité reste sur une diffusion de contenu à travers des antennes ou d’autres moyens à disposition, mais toujours sur la télévision.

En même temps, ce que nous avons diffusé sur la télévision passe maintenant aussi on-line, c'est-à-dire que l’on peut récupérer du contenu sur Internet. Nous considérons ceci comme un service « added value ». Il y a aussi d’autres possibilités, comme par exemple la consultation d’archives et la création de contenu particulier. Nous offrons la possibilité d’interagir avec nos unités d’entreprise telles que TSR (télévision suisse romande), TSI et SF (Schweizer Fernsehen) et d’avoir un rapport différent entre le spectateur et la chaîne. Ce sont des choses intéressantes, qui concernent et le Web et la télévision. C’est en complémentarité à ce que les chaînes de télévision offrent déjà.

Quel rôle tiendra la SSR dans la diffusion de contenu par le net, sans plus avoir besoin d’un intermédiaire en «producteur» et «diffuseur»?

Il y a toujours une question de responsabilité et de ligne éditoriale, c’est clair. Nous discutons beaucoup de cet aspect que nous appelons « citizen journalism », c’est-à-dire la possibilité à chacun de filmer et de publier des contenus sur le Web. Il est évident que c’est une offre intéressante.

Mais les gens cherchent aussi à avoir un point de vue, une interprétation, une certitude qu’un service est fait correctement, un certain équilibre ainsi que l’avis de gens que l’on « connaît » et dont on respecte le travail. Dans ce sens, le rôle de la SSR et de toutes les télévisions de services publiques est de donner de plus en plus un aspect de confiance et de véracité. Et ceci est une grosse responsabilité qu’il ne faut pas sous-estimer.

Sur le Web, il y a beaucoup d’information, mais la difficulté est de savoir comment peut-on la contrôler, et comment savoir si l’information reçue est correcte ou non ? C’est un rôle important pour nous, comme service public, de pouvoir donner ces garanties sur la qualité de l’information que nous diffusons.

Et la VOD ou Video on Demand?

Si on veut faire la différence entre ce que l’on considère « on-line » et VoD telle qu’elle était définie au départ, on pourrait dire que l’on-line est ce qui est mis à disposition gratuitement à travers Internet et la VOD (lien sur fichier explicatif), classiquement, était du contenu que l’on mettait à disposition contre paiement. Aujourd’hui, les choses ont changé. On parle même de VOD, sans être un service payant.

Si vous regardez les sites de TSR, TSI et SF, vous trouvez beaucoup de programmes « propres » qui sont disponibles gratuitement on-line. Il est évident que nous ne pouvons pas offrir du contenu dont nous ne sommes pas propriétaires, pour lesquels nous n’avons pas les droits. Par exemple, en prenant les grandes productions de fictions américaines, il y a des droits qui sont liés exclusivement à la diffusion. Nous ne pouvons pas les proposer comme bon nous semble.

Qu’en est-il des films suisses?

La même chose règle les films suisses, mais nous sommes coproducteurs avec des indépendants suisses et nous avons signé avec eux un accord la semaine dernière (ndlr : 26.04.2007) pour nous permettre de passer « on demand » ces films suisses, contre paiement. La chose devient donc intéressante car nous sommes coproducteurs sur ces films, nous avons tous les deux des droits, nous mettons à disposition une plateforme et l’utilisateur paie pour regarder. Ce qu’il a payé est partagé avec l’ayant droit. Il est donc important pour nous d’offrir ce service, mais contre paiement. Il faut savoir qu’il y a des gens qui vivent de ça et qui sont en dehors de la redevance TV habituelle. Il est donc indispensable que le contenu sur le net soit rétribué.

Et ce, malgré l’effervescence de contenu partagée et non payant sur le Net?

On fait croire aux jeunes que l’on peut se servir et que tout est gratuit sur Internet. Mais c’est un concept très dangereux. Il y a bien des gens qui proposent du contenu pour le plaisir, pour partager, comme par exemple des photos et mêmes des vidéos. On connaît le phénomène actuellement. Mais il faut faire attention au monde professionnel. Il y a des gens qui veulent évoluer dans la profession de l’information et des médias et pas uniquement par hobby.

Donc, je pense que dans le futur aussi, l’évolution sera une VoD toujours plus payante. On peut penser par exemple qu’à un moment donné, les choses peuvent être gratuites. Mais, quand une information est passée, il faut la chercher et penser à donner quelque chose pour un service qui est rendu. Je considère ceci comme l’évolution logique de la VoD.

Comment s’organisera la SSR dans ce nouvel environnement ? Prenons l’exemple de la TSI.

L’évolution du monde du multimédia crée des changements. A la TSI, le nouveau directeur essaie de se donner une structure qui est dans l’ère du temps où tous les collaborateurs travaillent pour la télévision, la radio et le département multimédia. Celui-ci est mis en place avec une structure plus nourrie et plus complète. L’idée est que le passage d’un format à l’autre se fasse plus facilement et automatiquement. Dès leur conception, les programmes permettent d’être disponibles pour une diffusion dans les trois formats précités. Il y reste encore bien d’autres synergies possibles.

Comment l’évolution dans la programmation des contenus se fera-t-elle?

Je suis content de cette question car on met l’accent sur le contenu, et c’est dans ce domaine que la SSR, depuis qu’elle existe, est forte et expérimentée. Faire du contenu qui a de la valeur n’est pas facile. Il faut avoir certaines compétences et être capable, et c’est surtout dans ce domaine que nos collaborateurs sont forts et préparés.

Pour ce qui est de la proposition pour l’utilisateur, il est vrai que la télévision classique devait se baser sur une grille de programmes, on ne pouvait pas s’en passer. C’était l’outil de gestion de la programmation de contenu. On parlait même de « dictature de la grille » car la télévision imposait une programmation au téléspectateur: à 19h tu regardes ceci, après cela ! Ta soirée est organisée comme ci et comme ça!

C’était une dictature qui avait des conséquences sur le taux d’écoute. L’utilisateur n’était pas sensé subir, car il pouvait faire ses choix et changer de chaîne. Le taux d’écoute nous donnait une réponse sur la satisfaction ou l’insatisfaction du téléspectateur. Ceci nous faisait beaucoup changer les grilles afin d’offrir une programmation de qualité.

WEB TV donnera plus de liberté?

Si on parle de WEB TV et de possibilité de prendre « on demand » ce que l’on a envie de voir, de se faire une programmation en cherchant le contenu sur le Web, cette dictature de programmation n’existera plus. Ce sera un monde très ouvert, à la disposition de l’utilisateur pour se programmer la soirée dont il a envie. Mais il y aura probablement une certaine résistance. Il y aura encore des gens qui préfèreront se faire dicter ce qu’il faut regarder le soir. Moi par exemple, je serai un de ceux là certains soirs, ça dépend la soirée (rire).

Et quelle sera l’évolution de la diffusion, plutôt locale ou alors mondiale?

On peut penser, en étant sur le Web, donc à disposition de tout le monde, qu’il faut absolument avoir un contenu international, mondial ou globalisé. Mais les expériences faites par le passé, déjà avec la télévision, ont montré que non, et que c’était plutôt le contraire. Lorsque que l’on est attaché à son territoire, à son public et qu’on devient des experts des problèmes qui nous concernent, c’est une force en soi. Si quelqu’un est à Sydney et qu’il se connecte avec quelque chose ayant à faire avec la TSR, c’est qu’il cherche à savoir ce qui se passe à Lausanne, à Fribourg ou connaître mieux quelque chose de local. De plus, être expert à Genève sur un sujet se passant à Sydney est beaucoup plus difficile. Ce n’est pas notre métier.

Je pense donc que le rapport qu’il y a toujours entre «global» et «local» ira dans une nouvelle déclinaison. En fait, il sera intéressant d’être performant au niveau global en partant de ce que l’on connaît et que l’on sait apprécier au niveau local.



Réalisé par Yann Ehmann

Interview de Bernard Rappaz sur les relations entre la Web TV et la télévision traditionnelle

Bernard Rappaz est rédacteur en chef de TSR multimédia depuis septembre 2001. Le service multimédia de la Télévision suisse romande développe les activités interactives de la TSR, anime les différents sites web de la chaîne et fonctionne comme vieille technologique et programmatique dans le domaine des nouveaux médias. De 1997 à 2001 Bernard Rappaz était correspondant de la TSR aux Etats-Unis et auparavant de 1994 à 1997 chef de la rubrique économique de la TSR.

tsr.ch est la cellule web de la TSR. Son succès est indéniable puisqu’aujourd’hui vous comptabilisez en moyenne 80'000 visiteurs par jour. Quel rôle joue tsr.ch (site internet) au sein de la Télévision Suisse Romande (TSR)?

La télévision traditionnelle est depuis 40 ans du broadcast, donc de la diffusion d’images via un réseau qui lui est propre. Avec l’arrivée d’Internet et des écrans interactifs, la télévision s’est posée la question de savoir si elle devait se préoccuper de ces nouveaux écrans ou considérer que cela ne faisait pas partie de son métier. Rapidement la TSR est arrivée à la conclusion que cela représentait un prolongement naturel de son activité première de diffuser des images sur d’autres écrans, d’abord sur le web, puis sur des mobiles, sur des écrans et des espaces publics et demain sur l’ensemble des réseaux qui seront connectés. Par ailleurs, puisque ces écrans permettent une voie de retour, l’interactivité, la télévision a développé des concepts d’enrichissement et d’interaction à travers ces nouvelles plateformes.

Comment ces deux technologies, nouvelles et traditionnelles, vont-elles évoluer l’une par rapport à l’autre?

Il y aura une évolution qui porte principalement sur deux points. D’une part, les modes de diffusion vont se développer à l’infini. Il y a Internet à haut débit, la WIFI, l’UMTS (Universal Mobile Telecommunications System), le HSDPA (High Speed Downlink Packet Acces), la TNT (Télévision Numérique Terrestre) qui constituent un ensemble de canaux qui va contribuer à diffuser de la vidéo. La télévision va donc être distribuée partout où il y a les moyens technologiques qui permettent cette diffusion. Il s’agit dans ce cas d’un phénomène naturel.

Comment se positionne la télévision par rapport à son offre?

Il est vrai que ces canaux et ces écrans ont tous leurs spécificités auxquelles la télévision va devoir s’adapter, selon que l’écran est petit, moyen ou grand, selon qu’il s’agit d’une image à haute définition, selon le type d’interactivité disponible. Pour chacune de ces spécificités la télévision doit réfléchir comment elle peut faire une offre de qualité.

Peut-on s’imaginer que la télévision traditionnelle et la télévision sur Internet vont fusionner et faire émerger un nouveau modèle de télévision ?

Cette fusion existe déjà d’une certaine manière, puisque la totalité de ce que la TSR produit est disponible sur le web. Donc au fond le web a déjà fusionné avec la télévision traditionnelle et inversement la télévision traditionnelle, et plus particulièrement ses émissions, jouent de plus en plus souvent la carte de l’interaction, de la complémentarité, de l’enrichissement sur les autres écrans. A mesure que la technologie évolue cette fusion va s’intensifier. On voit depuis quelques mois des plateformes qui prennent le meilleur de la télévision et le meilleur du web avec l’utilisation d’une interface intelligente qui permet d’enrichir le signal télévision, dont un des acteurs en Suisse est Bluewin TV. Mais dans un proche avenir il y aura de plus en plus de plateformes qui vont développer ce concept sous une forme ou une autre.

Quelle est la position de la TSR par rapport à d’autres chaînes de télévision en ce qui concerne le développement de ces nouvelles technologies du web?

Il existe évidemment des télévisions qui mettent à disposition des moyens qui sont bien plus importants que ce dont dispose tsr.ch. Ces télévisions ont de ce fait une offre plus étendue. Si nous prenons l’exemple de la BBC, cette chaîne dispose de 300 personnes qui gèrent l’information sur le web en plus des équipes traditionnelles. En comparaison, notre équipe qui travaille dans le cadre de tsr.ch est composée d’une trentaine de personnes. Par contre, la TSR a probablement une des offres les plus riches en matière de vidéo à la demande (VOD) puisque nous réalisons nous-mêmes ces différentes productions vidéo.

Il s’agit là d’un réel avantage compétitif de la TSR?

Effectivement, beaucoup de chaînes de télévisions achètent ces produits vidéo et ne disposent donc pas nécessairement du droit de les diffuser sur le web. Si elles ont de tels droits, souvent ils sont limités dans le temps et sont soumis à d’autres conditions restrictives. Etant donné que nous produisons nous-mêmes du contenu, nous sommes libres d’en disposer et de diffuser de la vidéo en ligne quotidiennement pendant 4 heures. Nous disposons aujourd’hui sur notre plateforme de plusieurs milliers d’heures de vidéo, ce qui en fait une des plus riches d’Europe.

Comment doit-on comprendre l’émergence de ce qu’on appelle la TV 2.0?

Si nous observons le prolongement naturel du web historique, nous constatons que dans un premier temps nous avons mis les ordinateurs en lien, on a ajouté du texte, de l’image, du son et de la vidéo. Puis sont venus se greffer des outils d’interactivité, d’échange et de partage tels que des blogues, la possibilité d’échanger des fichiers notamment vidéo, de les produire et de les uploader. Il y a également la réalité virtuelle qui donne à ces évolutions une dimension supplémentaire. Ce développement du web concerne évidemment aussi la télévision. Nous nous trouvons de ce fait au tout début d’un important changement du paysage télévisuel. Ce changement entraîne une convergence des médias dans le sens d’une interaction accrue non seulement entre elles, mais également avec les récepteurs finaux.

Quelle importance prend l’interactivité dans le développement de la télévision aujourd’hui, notamment à travers la webcam?

L’interaction avec le téléspectateur à traves la webcam est encore modeste. Il n’y a que peu de personnes qui font le pas de communiquer en vidéo avec leur télévision. Mais venant du monde des images, il était important pour nous de ne pas nous contenter de proposer une forme d’interaction limitée au SMS et à l’email, mais aussi de proposer aux gens d’interagir au moyen de la vidéo. L’étape suivante consistera d’ailleurs à inviter les personnes à envoyer des vidéos à la télévision pour participer à la fabrication du programme.



Réalisé par André Brice

Interview d'Arthur Mayrand sur les technologies de la Web TV

Arthur Mayrand est ingénieur en innovations et nouvelles technologies au sein de France Télévision Interactive. Il s’occupe des recherches et expérimentations sur la télévision: HD, télévision sur mobile, télévision interactive, télévision sur ADSL.

Comment fonctionne la TV online?

Chez France Télévisions, ce sont des serveurs, des ordinateurs très puissants qui stockent les informations et qui, après encodage, sont redistribuées sur internet. L’encodage consiste en un changement de format suivi d’une compression. Ceci permet un meilleur flux de la bande passante sur le Net.

Qu’existe t-il comme moyen de diffusion et quelles sont leurs caractéristiques et leurs différences?

Il en existe deux sortes: La diffusion sur box ADSL et la diffusion sur le Web. La distribution sur ADSL est un opérateur (le fournisseur d’accès internet) qui s’occupe de l’encodage et qui diffuse sur son réseau interne. Quel que soit le nombre de chaînes et de téléspectateurs, chaque chaîne va être envoyée une seule fois sur le réseau de l’opérateur. C’est ce qu’on appelle du « multicast ». Ceci permet de faire des économies très intéressantes de bandes passantes (même qualité que la TNT). La diffusion streaming, quant à elle, fonctionne en « unicast » : à chaque fois qu’un téléspectateur se connecte il consomme de la bande passante. La bande passante est alors diminuée. Celle-ci réagit en fonction du nombre de téléspectateurs. C’est un système de vidéo à la demande : les chaînes sont mises à disposition. Ce système est connu de toutes les Web TV classiques et coûte très cher.

Quelles contraintes techniques existent-elles pour la TV online?

La contrainte technique concerne la bande passante. Il faut trouver le meilleur compromis: plus la qualité est bonne et moins on a de téléspectateurs potentiels. L'arrivée du FTTH ("Fiber To The Home"), et de la compression MPEG-4 va permettre un gain en taille des flux. La solution mise en place par FTV est la suivante. Le débit est bas et gratuit pour les vidéos en streaming. Par contre pour les vidéos en VOD, elle est payante. FTV teste que les utilisateurs ont un débit plus important que les utilisateurs lambda, puis on encode à un débit plus important.

Pourquoi France Télévisions s’est lancée dans un projet de TV online?

Pour toucher à tous les supports, et être présente sur un maximum de média possible. Son but est de toucher une grande quantité de personnes.

Qu’est-ce que FTV offre précisément comme catégorie de prestations, services, produits?

FTV est présente sur tous les supports numériques: le cable, ADSL, fibres optiques, satellite, en 3G …

Quel est le positionnement de France Télévisions face à la concurrence?

Je ne peux pas me prononcer sur le positionnement de France Télévisions, par contre je peux vous dire que FTV assure une mission de service public. L'avantage est de pouvoir travailler avec tout le monde sans arrière pensée et sans être taxé de prendre parti ou d'avoir une stratégie négative.

Pourquoi ce partenariat avec le 9 Télécom / Cegetel?

Ce partenariat nous permet de toucher plus de monde, c’est une nouvelle utilisation technologique… Il s’agit de toucher le plus de personnes par le maximum de supports disponibles. Grâce à eux nous élargissons notre diffusion.

Comment France Télévision a t-elle financé le projet?

Elle n’a pas financé le projet, ce sont les opérateurs qui viennent nous voir afin de répandre nos chaînes sur leurs réseaux ADSL. Ils prennent tout en charge. (encodage et diffusion)

Quel est l’avenir de la TV online? Quelle sera son évolution?

Je vous renvoie à cet article du monde:

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-651865,36-901806,0.html?xtor=RSS-651865

“Des centaines de milliers de personnes n'utilisent plus de râteau ou de parabole pour alimenter leur lucarne, mais passent par le brin de cuivre téléphonique, et bientôt par la fibre optique.” LEMONDE.FR | 25.04.07 | 14h08. A priori, je pense que ça va être amené à se développer. Il y’a beaucoup à faire et à expérimenter.

Qu’est ce que la TMP?

La Télévision Mobile Personnelle permet au spectateur, où qu’il se trouve, de regarder la télévision sur son téléphone (ou autre terminal de poche).

Quelle est la différence entre la technoloqie 3G et la TMP?

La technologie 3G (SFR, Orange, Bouygues) s’apparente un peu au streaming sur internet (Unicast). Le problème est que cela coûte cher, et que les antennes ne peuvent recevoir qu’un nombre très limité de téléspectateurs. Il ne peut y avoir beaucoup de personnes connectées sur une même zone (dépendamment des limites fixées). La TMP en France, se caractérise par la technologie DVB-H (Digital Video Broadcasting Handheld). Elle peut être assimilée à la TNT mobile car elle a une bonne qualité d’image et un flux de bande passante intéressante. Nous prévoyons de sortir la TMP d’ici 2008 (après 4 années de recherches et d’expérimentations).

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Fig. : Evolution de la diffusion 3G vers une diffusion DVB-H

Quelles sont les prévisions à venir quant à la TMP?

Selon un sondage récent, les gens seraient prêts à payer 7 Euros par mois pour recevoir la TV sur le téléphone. C’est encourageant!

Les ambitions pour France Télévisions?

Notre but est de diffuser France Télévisions à un plus large public. Nous souhaitons continuer à être présents sur un maximum de médias numériques possibles, chez un maximum d’opérateurs. Si un opérateur vient nous voir pour nous demander de diffuser nos chaînes de télévision, et si nous estimons que la qualité des prestations est bonne, et que le signal n‘est pas dégradé, alors nous acceptons!

Quelques actualités (Source: http://forum-tv-mobile.com):

 

  • 25 avril 2007 - Japon: Une TV de poche qui capte les chaînes hertziennes et par satellite
    La société japonaise de services de TV mobile par satellite Mobaho! va commercialiser, fin mai, au Japon, une mini-TV / baladeur audio-vidéo capable de recevoir directement des canaux TV et radio par satellite ainsi que la TNT mobile.
  • 19 avril 2007 – Canal+ / SFR: Lancement de la chaîne pour mobile Canal+ Chaîne Mobile
    Canal+ et l’opérateur SFR ont annoncé le lancement de Canal+ Chaîne Mobile, une chaîne mêlant à la fois des programmes de Canal+ en clair et en direct et des programmes conçus spécialement pour le mobile.
  • 18 avril 2007 – SFR: 140 000 abonnés à la 3G au 31 mars 2007.
    En trois mois, SFR a doublé le nombre de ses abonnés 3G. En décembre 2006, ils étaient 70 000 à souscrire à l’offre 3G une offre composée de plus de 80 chaînes réparties sur trois bouquets accessibles via le portail Vodafone live! FR couvre actuellement plus de 65% de la population en 3G / 3G+ et prévoit de couvrir 70% de la population fin 2007.
  • 5 avril 2007- RDDV: Déterminé pour un lancement rapide de la TMP. Lors de sa visite au salon du numérique, le Ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres a rappelé les grands enjeux de la loi relative à la modernisation de l’audiovisuel et de la TV du futur (loi du 5 mars 2007).



Réalisé par Marguerin Raillard


dossier préparé par:


Vanessa Arnaud, André Brice, Céline Briod, Yann Ehmann, Alexandre Heinrichs, Marguerin Raillard