Communiquer sans débourser: le grand défi de la téléphonie par Internet | Mars 2007


Skypons-nous les uns les autres

Skype, l’enfant terrible des télécommunications, gagne en maturité et ouvre le chemin de la gratuité. Depuis février 2007, l’Europe téléphone des heures durant pour quelques kopeks. France Telecom, BT et les autres opérateurs historiques en pâlissent. Un miracle dû au développement fulgurant d’une nouvelle technologie: le Voice over IP – c’est-à-dire la téléphonie via Internet.

Skype, vous connaissez. Il y a un an, votre compagne ou votre compagnon avait lourdement insisté: vous deviez absolument télécharger le logiciel sur le disque dur de votre ordinateur – ou, pour être plus précis, sur l’ordinateur que vous utilisez professionnellement. Au début, vous aviez rechigné. Mais la possibilité de rester en contact avec l’élu-e de votre cœur durant les heures de bureau, de converser de PC à PC, a fini par vous séduire.

A cette époque, on ne se téléphonait pas via le Net, on se «skypait». Cette fois-ci, en proposant «Skype Pro», la bouillonnante entreprise cesse de donner dans de gadget et va jouer dans la cour des grands.

Les contraintes? Un accès à Internet haut débit, un appareil téléphonique compatible, deux euros et une résidence secondaire à Juan-les-Pins (l’offre n’est malheureusement pas encore disponible sur le territoire helvétique). Vous voilà équipé-e pour communiquer sans limitation de temps avec tous les abonnés au téléphone de France et de Navarre pendant un mois.

skype

Clavardage amoureux

Vous vous rappelez? Pour ne pas vous couvrir de ridicule devant vos collègues – parler tout seul devant son écran n’est pas encore admis culturellement – vous utilisiez la fonction «chat» de l’application offerte par Skype. Vous bourriez vos messages instantanés d’émoticones animés.

Et puis un jour, vous avez dévoilé votre secret à votre voisin, à votre concierge. L’air de rien, vous avez ainsi constitué au fil des semaines une petite communauté virtuelle que vous n’hésitez pas à appeler, aujourd’hui encore, via votre ordinateur.

Le coût de l’opération? 0 franc et 0 centime. Le logiciel est gratuit, les communications sont gratuites. Le protocole IP – c’est-à-dire l’ensemble des procédures permettant le routage de données sur le réseau Internet – appartient à tout le monde. Que les câbles transportent du texte, des images ou de la voix, peu importe. Personne ne vous demande un droit de passage lors du transit des paquets d’information que vous lâchez sur le Net.

Pourtant, loin de vous l’idée d’abandonner votre ligne téléphonique «traditionnelle». Et même si vous pestiez régulièrement contre vos factures téléphoniques qui viennent inutilement gonfler celles de vos communications «mobiles», vous n’imaginiez pas un seul instant que le protocole employé par Skype rejoignait la technologie en pleine expansion adoptée par de grands groupes tels que Migros ou même le canton de Vaud.

Aujourd’hui, vous vous interrogez. L’ordinateur reste éteint et l’appareil téléphonique proposé par les aficionados de la gratuité ressemble fort à votre téléphone conventionnel.

En Europe on dégroupe

La plupart des citoyens européens profitent déjà du «dégroupage» dans certaines régions – les derniers mètres de fils de cuivre reliant le «réseau téléphonique commuté» aux habitations n’appartiennent plus à l’Etat. En clair, une offre telle que «Skype Pro» devient extrêmement intéressante pour les Français, les Allemands ou d’autres. Il est entendu que la libéralisation du «dernier kilomètre» ne les libère pas de l’obligation de contracter un abonnement auprès d’un fournisseur d’accès à l’Internet. Mais – pour ce qui est de la téléphonie – le service devient pour ainsi dire gratuit.

Les mastodontes suisses gardent la ligne

Dans un article paru en décembre 2006, «Swissinfo» précise que, d'ici 5 à 10 ans, «la téléphonie traditionnelle commutée aura quasiment disparu, la majeure partie des appels téléphoniques passera par le Net». Pour l’utilisateur, cela signifie que le prix des communications chutera d’une manière vertigineuse.

Pourtant, la Suisse semble encore frileuse, attachée affectivement à son réseau national. Il est vrai que, dans notre pays, la «boucle locale» n’est pas encore dégroupée. Swisscom – l’opérateur historique – profite de ce quasi-monopole pour prélever une dîme auprès de ses concurrents.

Malgré cela, le Géant Bleu flirte aussi avec la téléphonie par Internet – et propose un nouvel abonnement depuis fin janvier 2007. Nom de code: «Bluewin Phone». Une prestation qui, a priori, ne va pas susciter l’enthousiasme général: pourquoi payer un nouvel abonnement tout aussi cher que l’abonnement normal dès lors qu’il est impossible de se départir de son téléphone classique?

Plus étonnant encore: Sunrise, l’un des leaders de la téléphonie IP en Suisse pour les entreprises, a tout bonnement biffé de son catalogue son très intéressant «Webphone». Aucune lueur d’espoir non plus du côté des câblo-opérateurs helvétiques. Si le VoIP a récemment fait son apparition sur CityCable, le réseau lausannois, les prix pratiqués ne sont guère agressifs.

Une vision différente

Eric van der Vlist, sur le site www.xmlfr.org, explique que la nouvelle façon de penser le Web représente une avancée dans l'utilisation des technologies. Le Web 2.0 – puisqu’il convient le nommer ainsi – porte une dimension sociale «qui transforme le Web en média à double sens dans lequel une part importante du contenu est produit par les utilisateurs». Dans cette mouvance, nous trouvons aussi bien les blogs, les sites Web au contenu évolutif que des projets plus commerciaux comme Google ou le chat en 3D SecondLife.

En suscitant la création d’une communauté virtuelle autour de son produit, le Suédois Niklas Zennström, le père de Skype, participe pleinement à la construction de l’édifice. Le modèle d’entreprise adopté par le «Gutenberg des télécoms» s’appuie sur cette communauté toujours grandissante d’utilisateurs qui, pour la plupart, ne dépenseront jamais un centime. Mais Zennström raisonne à l’échelon planétaire et l’entreprise est florissante. Si vous ne payez rien, il est fort à parier que votre voisin – qui a un cousin en Amérique – dépensera quelques sous pour doter son système d’un répondeur virtuel ou pour acquérir un «vrai» numéro de téléphone afin que des gens n’appartenant pas à la communauté puissent le joindre.

Comment Skype génère-t-il alors des revenus? Tant que vous communiquez à l’intérieur du Réseau, de PC à PC, tout ira bien dans le meilleur des mondes: vous ne débourserez rien. Les choses se gâteront dès le moment où vous ferez mine d’en sortir. Il vous faudra alors une panoplie de nouveaux outils pour vous connecter au réseau téléphonique traditionnel – par exemple un numéro attribué par une instance nationale, ou encore un appareil acceptant le protocole IP. Le business model adopté par Skype est ingénieux: lorsque vous passez à la vitesse supérieure, lorsque vous désirez accéder à des services connexes, vous devrez payer… Si Skype prend une petite commission au passage, les sommes réclamées restent en revanche ridicules comparées aux tarifs pratiqués par les «anciens» opérateurs.

Echange de talents

La société concurrente Wengo, établie en France, se base quant à elle sur un modèle d’entreprise quelque peu différent mais se réclamant aussi du Web 2.0: la création d’une «communauté virtuelle d’échanges de talents». A l’instar de sa grande sœur, elle offre gratuitement son logiciel disponible en téléchargement. Pour téléphoner, vous ne sortirez pas votre porte-monnaie… sauf si vous contactez des membres qui proposent leurs services: cours de langue, astrologie, rencontres. Les appels sont alors surtaxés.

Alternatives

Lors d’une étude que nous avons récemment menée auprès de 200 utilisateurs, nous nous sommes aperçus que les modèles empruntés au Web 2.0 ne répondaient pas vraiment à un besoin (cf. le dossier «Comportement des consommateurs»). Si la plupart des gens interrogés connaissent les turpitudes du Suédois, ils n’empruntent cette voie qu’épisodiquement pour téléphoner et considèrent bien souvent ce nouveau moyen comme un joujou technologique qui ne va pas bouleverser leurs habitudes. Communiquer de PC à PC via un logiciel installable gratuit, c’est sympa. Mais pas de quoi débrancher le vieux téléphone noir en bakélite trônant sur le buffet Louis Philippe.

Les gens veulent téléphoner normalement, le plus simplement du monde «comme ils l’ont toujours fait par le passé». Par contre toutes les personnes ayant participé à l’enquête tombent d’accord quand il s’agit de délier sa bourse. C’est la raison pour laquelle la nouvelle offre de Skype – passer des appels pour ainsi dire gratuitement sur tout le réseau national depuis un téléphone «normal» – peut séduire. C’est la raison pour laquelle des entreprises locales, s’appuyant sur des modèles économiques plus classiques mais proposant des abonnements ou des conversations à prix cassés ont toutes les chances de percer. Citons la société alémanique Sipcall ou encore Switzernet, une start-up vaudoise qui propose un abonnement à 9 francs par mois. Le prix des conversations téléphoniques en Suisse, en Allemagne en Grande-Bretagne ou aux USA? C’est gratuit. A ce prix-là, on peut même s’octroyer le luxe de contracter un abonnement chez Swisscom…

Tableaux comparatifs des offres

La guerre des prix est déclarée et e-sens se trouve de nouveau au coeur de l'actualité. Lors du bouclage, le vendredi 16 mars 2007, CableCom n'avait pas encore dévoilé sa nouvelle offre… Les tableaux comparatifs que nous avons publiés ne sont donc plus à jour. Le but de du site e-sens n'est pas de se substituer à des plates-formes telles que comparis.ch mais de mettre en exergue certaines technologies innovantes qui bouleversent le monde de l'économie. Seuls les prix «affichés» par les opérateurs eux-mêmes dans les pages de leur site Web officiel ont valeur contractuelle. Nous invitons nos lecteurs à les consulter.

Les modèles «Web 2.0»

web

Les opérateurs traditionnels (Swisscom et Sunrise)

sunrise

Les câblo-opérateurs (CityCable et CableCom)

cables

Les opérateurs alternatifs (Switzernet et Sipcall)

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Réalisé par Erwan Burkhart


dossier préparé par:


Eva Ackermann, Silvia Blattner, Erwan Burkhart, Daniela Hoegger, Christine Roduit