La vente de médicaments en ligne... | Mai 2006


Vente de médicaments et nouvelles technologies qu?en est-il?

Questions posées à des internautes et interview d'Aurélia Horisberger Pharmacienne diplômée à Genève.

Afin de découvrir ce que pensent les Internautes à ce sujet, un « micro trottoir » a été réalisé via e-mail. De plus, nous avons interviewé une pharmacienne à Genève.

Résultat du "micro trottoir"

Contexte

Ce questionnaire a été envoyé par e-mail à des Internautes n'étant pas actifs dans le milieu médical. Les résultats qui suivent n’ont pas pour ambition d’être des données statistiques représentatives. Le but est de prendre le pouls de ce que pensent ces quelques Internautes sur cette thématique.

Au total nous avons obtenu 23 réponses à nos questions. Nous vous présentons ci-dessous les résultats pour chacune d’elles.

Pensez-vous que la vente de médicaments sur Internet soit une bonne chose ou une mauvaise chose?

18 personnes pensent que c’est une mauvaise chose.

5 personnes pensent que c’est une bonne chose.

Saviez-vous que l’on peut déjà acheter des médicaments qui ne nécessitent pas d’ordonnance sur Internet et si oui avez-vous déjà utilisé ce service?

8 personnes le savaient et sur ces 8 personnes une seule a déjà utilisé ce service.

Analyse et synthèse des justifications à la question «pensez-vous que la vente de médicaments sur Internet soit une bonne chose ou une mauvaise chose»:

Lors de l'analyse les réponses, 2 groupes d’idées se distinguent.

Le premier groupe

Le plus important fait ressortir les éléments suivants: la peur pour sa santé, le manque de contrôle et les risques d’abus sur la qualité des médicaments, ainsi qu’un manque de crédibilité et de confiance sur les conseils d’utilisation, les principes actifs et les posologies décrites sur internet.

Exemple de quelques réponses de ce premier groupe:

  • Pas assez de transparence quant à la provenance, impersonnalité sur un sujet qui touche à sa santé. Risque de trafic.
  • Pas de contact direct avec le pharmacien, risques d’erreurs dans la posologie.
  • Une mauvaise chose car je pense que les contrôles indispensables à la prise de certains médicaments ne pourraient plus être effectués; partant du principe que tout médicament peut devenir une drogue alors des abus conscients ou inconscients pourraient avoir lieu et une dérive sans fin verrait le jour. Ceci se passe déjà actuellement avec la possibilité de commander des produits dopants (interdits par différentes fédérations sportives) sur certains sites internet principalement américains.
  • Dangereux, risque pour la santé.

Le deuxième groupe

Il est plus positif il fait ressortir: L’accessibilité aux médicaments pour les personnes à mobilité réduite ou pour les personnes habitant dans des endroits reculés. Le prix pourrait via ce canal de distribution baisser. La commande sur le net offrirait une disponibilité et un service 24h/sur 24h.

Exemple de quelques réponses du deuxième groupe:

  • Je pense que les gens qui en auraient besoin sont les personnes agées qui ne peuvent pas bien se déplacer.
  • C'est une bonne chose pour autant que le prix de vente soit réduit et que l'ordonnance du médecin puisse être validée sur le net.
  • Avantage service 24h./sur 24h.

Résumé

Les questions principales que font ressortir cette analyse: comment gérer Internet comme nouveau système de distribution de médicament? Comment en repousser les réticences et les peurs tout en incluant des contrôles qui répondent aux mêmes critères que nous connaissons aujourd'hui. C'est dans ce sens que nous avons posé des questions à une pharmacienne active sur la place de Genève.

Interview d'Aurélia Horisberger pharmacienne diplômée à Genève

Que pensez-vous de la vente de médicaments par Internet?

La position de l’ensemble de la profession est claire sur ce sujet: La délivrance de médicament nécessite le contrôle du dosage, des interactions et le conseil d’un spécialiste. Sur internet, ce contrôle n’est pas assuré. N’importe qui peut prétendre vendre un médicament sans licence ni connaissance aucune. La vision du commerce sur le net est, à l’heure actuelle, en notre faveur puisque le consommateur n’y accorde que peu de confiance.

En pharmacie parle-t-on avec les clients régulièrement d’Internet ? Sur quels sujets le plus souvent?

Non, le sujet est peu abordé. S’il l’est c’est pour fournir aux patients des sites permettant de leur apporter des informations complémentaires sur leur pathologie ou leur traitement. On ne les pousse pas à naviguer seuls sur le net à la recherche d’infos qui pourraient s’avérer erronées. Certains patients ayant reçu de la publicité sur la vente de médicament, nous interrogent sur les concepts proposés (ex: Zur Rose) et écoutent, pour la plupart, les mises en gardes que nous délivrons à ce sujet. La conversation s’engage par curiosité et se termine souvent par le type de réactions récoltées lors du micro trottoir.

Vous demande-t-on des adresses de sites pour commander des médicaments?

Non, le client qui rentre dans une officine choisit le conseil personnalisé. S’il recherche ce genre de prestation, c’est que ce consommateur ne désire pas d’information particulière sur son traitement. Il choisira donc d’avoir recours au net pour ses recherches ou aux divers supports publicitaires lui ayant fait connaître ce concept de vente. Le pharmacien, quant à lui, ne peut qu’inciter celui-ci à changer d’avis plutôt que de le conforter dans cette démarche. Il devra lui démontrer par ses conseils avisés et ses informations que les prestations de service qu’il propose sont primordiales pour sa sécurité et sa santé future.

Les réponses à notre « Micro trottoir » font ressortir quelques tendances par rapport à l’utilisation d’Internet pour l’achat de médicaments, pouvez-vous nous donner votre point de vue?

Je suis ravie de voir que la population a conscience de l’importance de l’acte de prescription et de délivrance des médicaments. On ne fait pas que de la vente spécialisée mais nous pratiquons un contrôle rigoureux des produits que nous vendons. Plusieurs personnes interrogées soulignent l’importance du contact direct avec le pharmacien, point qui prouve que la communication reste une qualification indispensable dans notre métier. Pouvez-vous imaginer d’aller chez un médecin virtuel? Dans ce sens, le pharmacien ne fait pas que d’honorer des prescriptions médicales, il utilise la plupart de son temps à diagnostiquer bon nombre de maux, ce qui évite une consultation. Il y remédie souvent en prodiguant des conseils avisés. Sans voir son client, sans l’exposé de ses symptômes (cas sur le net) peut-on le soulager correctement?

Pourquoi l'acquisition de médicaments sur Internet a une si mauvaise image?

Le client a besoin d’être rassuré. En venant dans une officine, il ne vient pas seulement chercher son traitement, c’est un lieu d’écoute. Il pose des questions, s’informe et attend des réponses simples. Il sait d’où vient le médicament qu’il va prendre et qui le lui a donné… Il a confiance en son pharmacien. Prenons le cas d’une urgence, le dimanche, la nuit, le net peut-il fournir cette prestation ? Dans ce cas, le pharmacien de garde peut délivrer un médicament sans délai, ou conseiller un client immédiatement, l’orienter et souvent le soulager. Que dire du net? En est-il capable?

Le manque de confiance est régulièrement cité. Il y a cependant une volonté des pharmaciens de créer de la confiance sur ce thème?

Créer de la confiance sur le net, pas de la part des pharmaciens! Ce métier reste un métier de contact, de relations humaines, où la sécurité des délivrances reste primordiale. Zur Rose, par exemple, ne prend absolument pas en compte les principes éthiques de notre profession.

Très peu de personnes avaient connaissance que l’on peut déjà aujourd’hui acheter des médicaments sur Internet (sites étrangers) comment évaluez-vous ce résultat?

Ce n’est que le début de ce marché et les habitudes des clients sont bien ancrées. Certains produits (Viagra, Anabolisants) se vendent déjà très bien sur le net, le tout est de savoir s’ils contiennent les bons principes actifs et le bon dosage…Le fait que ce concept ne soit pas très connu découle du fait que la culture en matière de santé dans notre pays est très particulière: En effet, les changements se font lentement, on n’aime pas changer l’ordre des choses, en particulier lorsque l’individu lui-même et sa santé sont touchés.

A votre connaissance comment se prépare le milieu de la pharmacie à ce nouveau phénomène?

Il cherche à mettre en garde le client de tous les dangers que représente la vente de médicaments sur le net. Certaines pharmacies prennent les devants en créant leur propre site. Elles assurent leur crédibilité sur le fait qu’elles ont déjà pignon sur rue et que leur principal métier est la délivrance et le conseil de médicaments en officine. Elles jouent la carte de la relation déjà établie, de la bonne réputation de l’établissement. Les sites se profilent comme des cartes de visites et non comme des lieux de ventes

A votre avis dans un proche avenir comment la vente de médicament sur Internet pourrait-elle évoluer?

L’évolution du net étant ce qu’elle est, je doute fort que la dispensation des médicaments ne soit plus régie à l’avenir exclusivement par les officines. Les assurances par exemple, cherchent d’ores et déjà à s’implanter dans ce marché prometteur. La question se posera alors de savoir si nous sommes prêts à accepter que notre système de santé soit entièrement régit par celles-ci. Elles détiendront le pouvoir de rembourser ou non, de délivrer un médicament ou pas par exemple… Elles attribuent déjà, pour certains assurés, les médecins traitants. Après le contrôle de la vente de médicaments par les assurances, où se situera le contrôle du consommateur sur sa santé?

Vous dites que l’évolution du net pourrait abolir l’exclusivité de la dispensation des médicaments par les officines, alors il me reste une question à vous posez: Comment gérer Internet comme nouveau système de distribution de médicament?

En le contrôlant au maximum, en lui imposant les mêmes lois : éthiques et économiques que celles en vigueur pour les pharmacies officinales et hospitalières. Mais aujourd’hui il semblerait qu’aucun modèle satisfaisant n’ait été défini à ce jour c’est donc une affaire à suivre!



Réalisé par Stephan Buchser


dossier préparé par:


Stephan Buchser, Francis Grosjean, Catherine Monney